Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 22:28

Larmes

Notre phrère Sred Sweign nous fit l'immense honneur de participer à cette émission taillée pour lui, puisqu'il connait les larmes pour les avoir toutes versées. Uder Mermouch, absent, faxa ses notes sur les Caroline.

Phrase de la semaine : "C'est le propre de l'esthétique de pouvoir retrouver ces critères de forme, de goût et de vitalité dans toutes les matières." (Sweign)

Link Wray "I'm so lonesome I could cry"

The Mauve "You got me cryin'"

The Gents "I'll cry"

The Gestures "Where does Linda cry"

Chuck Carbo "Tears, tears and more tears"

Alvin Robinson "Cry cry cry"

Irma Thomas "Cry on"

The Unrelated Segments "Cry cry cry"

The Shandels "Stop your cryin"

The Liverpool Set "17 tears to the end"

Action Unlimited "My heart cries out"

The Lazy Eggs "Poor boys always weep at night"

The Psy-Kicks "Summer tears"

The Orioles "Cryin in the chapel"

Eddie Holman "I'll cry 1000 tears"

The Ovations "Don't cry"

The Shangri-la's "He cried"

The Monterays "Why do you cry ?"

The Poor "How many tears"

The Shondells "I cried last night"

Sonny Vilegas "I cry"

The Rationals "Little girls cry"

The Big Guys "Bang my head and cry"

The Alligators "I feel like cryin"

The Guilloteens "Crying all over my time"

Uder Mermouch a attribué aux états des Caroline un indice de 4.5 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 21:50

            En 1976, mon frère Lzlalor exerçait à nouveau pleinement ses talents de cinéaste pour le compte des sociétés slaves de Providence, et je ne tâchais pas de comprendre en quoi l’œuvre de Marvin Marty avait permis cette renaissance, tant les films de mon frère, par leur sujet et leur forme rigoureusement classique, me semblaient en tous points identiques à ceux qu’il avait tournés jadis. Néanmoins, ses relations favorisèrent ma rencontre avec James, de bien fantaisiste manière. Strofsky & Ganesh était une firme puissante et racée de cravates et autres colifichets masculins, qui voulaient investir dans le cinéma. Afin de tâter le terrain d’une industrie qu’ils connaissaient fort peu, ils se lancèrent dans le circuit cinématographique local, et naturellement, ils parièrent sur Lzlalor. On m’invita à la bar-mitsva de la jeune Marge Strofsky. Là, de très rutilants spécimens de la bourgeoisie du Rhode Island piaffaient devant le musicien engagé pour l’occasion, et qui n’avait aucun air de polka dans son répertoire. Compréhensive, une petite dame s’approcha et suggéra qu’on le laissât entonner un air américain, puisqu’après tout, Moscou était loin et oubliée, notamment de ceux qui s’en réclamaient bruyamment. Dans sa jeunesse, elle et son époux avaient dansé de folles heures en écoutant Frankie Valli & The Four Seasons, peut-être ses amies s’en souvenaient-elles, dans cette courte période qui vit l’Italo-Américain suggérer autre chose que le crime organisé, à une époque où l’on pouvait croire que Felix Cavaliere repousserait à jamais l’ombre hideuse de Sam Caggiana, l’idole du swing. Le pianiste (il était pianiste) eut cette réponse : « Madame, je peux jouer pour vous « Wall Street Village Day » ». Certes, il s’agissait bien de The Four Seasons, mais hélas, au bout de quelques mesures qui laissèrent perplexes les convives, ceux-ci vaquèrent à d’autres activités, et je demeurai seule, magnétisée. James joua la chanson sans en omettre un seul élément et pendant tout le temps qu’il la jouait, il ne remarqua pas la dévotion dont je l’entourais. J’attendis qu’il finît, posai seulement mon regard sur ses mains apaisées, et il me dit : « On peut dire que je suis chanceux ». « Pourquoi, je vous prie ? » « Vous vous tenez près de moi, je considère que c’est une chance. » « Je suis Bulgare. » « Qui ne l’est pas ? » Notre union fut alors scellée, et M. Lewis, ce mariage, bâti sur de nobles fondations, s’est révélé fructueux, bon et juste. Je reviens à Lzlalor qui, en 1979, présida une très émouvante rétrospective sur le cinéma slave du Rhode Island. Ses œuvres, anciennes et contemporaines, figuraient en bonne place, au milieu d’autres qui, aux yeux du public, étaient d’une valeur égale : toutes racontaient la geste d’une communauté en Terre Promise, chacune à sa manière. Lzlalor présidait l’événement pour la seule raison qu’il en avait eu lui-même l’idée. C’était un moyen subtil de signifier la valeur et l’efficacité du Bulgare, quoique j’eus remarqué depuis quelques années une certaine sérénité de ce côté-là. Mon frère, sans guère en espérer grand-chose, avait envoyé une invitation au célèbre Marvin Marty. A notre immense surprise, ce dernier accepta. Etait-ce la curiosité, la passion intacte de l’amateur de cinéma, la recherche d’une voie nouvelle, le désoeuvrement, la démence où l’on supposait que le créateur de Sad Was The Wine s’était abîmé, et dans ce cas, il y avait tout à redouter d’une pareille visite, toujours est-il que Marvin Marty assista à la rétrospective et observa une courtoisie et une réserve typiques du convalescent, en chemin vers le bonheur. Nous eûmes le privilège avec James de dîner en compagnie de Marvin et Lzlalor, chez Tarrik qui lui aussi, une fois le menu préparé, se joignit à notre petit groupe, et ferma le restaurant. La discussion roula longtemps sur les particularismes de notre culture hongroise, Marvin ne dissimula pas l’intérêt profond qu’il portait à certaines de nos manies, comme cette histoire de kamikaze caféinophile. Plus tard, il fut question de cinéma. Marvin restait incrédule devant l’influence que Lzlalor revendiquait haut et obstinément, celle du film de cave, dont même Marvin se méfiait, à défaut de la réprouver.

                                          

 

            « Quand on regarde mes films, on a tôt fait de remarquer qu’il n’y a guère de cave, pas de réunion de personnages meurtris autour d’un barbecue, aucune mise en accusation du mythe américain de liberté joyeuse et insouciante. Pourtant, ce qui tisse le fil d’Ariane de toute mon œuvre récente, je peux affirmer que j’en conçus l’idée en découvrant votre premier long-métrage. En effet, le personnage de Benedict Mopath, interprété par Georges Dzundza, m’a appris ce que pouvait être un personnage Bulgare, comment représenter un être humain intéressant, particulier, mais voué à l’indifférence. Il ne me vient pas à l’esprit que Benedict Mopath ait été moins étudié que les autres personnages du film, je préfère penser que son destin est de traîner son propre oubli parmi les siens. Mopath participe de beaucoup de plans, ses répliques sont en quantité suffisante et aucune ne se signale par son ineptie ou simplement sa platitude, il est évident que Mopath ne personnifie pas, comme certains l’ont écrit, le gentil voisin irresponsable, le genre à regarder des matches de base-ball à la télévision ou à écouter des disques folk avec son épouse, ce vague produit d’un Empire repu et matérialiste. Tous ceux qui ont dégurgité cette analyse frauduleuse sont des idiots. Benedict Mopath n’est pas non plus un effort prétentieux vers le réalisme psychologique, cette espèce de vice de la pensée qui nous fait désirer la modestie comme étant plus juste et qui demande au contraire une grande suffisance, cette modestie est tellement abjecte, elle est toujours supposée chez autrui et valorisée, alors qu’intimement tout le monde la refuse pour soi. A mon sens, Benedict Mopath a seulement le malheur de n’être jamais au centre des situations, il n’est pas indistinct de nature ni moins complexe qu’un autre. C’est un Bulgare désespérément à côté de ce qui se joue et jamais désigné par la mise en scène comme le nigaud que l’on ignore. Tous mes films depuis 1972 traitent de tels personnages, ils sont les Bulgares que votre film m’a révélés et à qui j’ai confié la signification et la structure de mon travail. » Marvin Marty leva son verre, proposa un toast et à tous nous donna l’accolade, puis il déclara que les paroles que mon frère avait prononcées faisaient davantage pour lui que n’avait fait sa cohorte d’imitateurs, qu’il était temps pour lui de mettre de côté certaine obsession qu’il nourrissait à l’égard d’un brillant idéologue, qui, malgré la force de sa vision, l’avait peut-être, lui Marvin Marty, amené à la rupture. Il quitta Providence le lendemain. Six mois plus tard, Lzlalor disparaissait dans une explosion au gaz. Il avait 61 ans. Sa mort nous ravagea moins qu’elle n’aurait dû si nous n’avions eu le sentiment et la certitude que mon frère avait employé les dix dernières années de sa vie à créer quelque chose qui lui faisait honneur. Lorsque Marvin l’apprit, il m’offrit de devenir sa secrétaire et de l’assister dans la préparation de son film Have Some More Wine, Suzy Joe, et ainsi James et moi emménageâmes à San Bernardino. L’histoire du tournage de l’œuvre testamentaire de Marvin Marty a été documentée ailleurs, ce fut une période paisible et très amicale. Ce zen californien sudiste, si singulier, semblait étouffer toute tension au sein de l’équipe et même soulager la tristesse rampante de Marvin Marty. Celui-ci s’ouvrait à moi du caractère Bulgare que son film devait revêtir, en souvenir de Lzlalor : « Il n’y a pas d’autre choix pour quelqu’un que le Psycho-Batave a presque terrassé que de tâcher de devenir un bon Bulgare. » Marvin nous quitta à l’automne 1982, son film achevé. Parmi ses dernières volontés, il me revenait d’en exécuter d’eux : consigner les déplacements et les possibles activités de votre ami Randall Webb dans un cahier rouge que Marvin tenait depuis quinze ans, et fonder un lieu qui serait le point de rassemblement de tous les Bulgares, qu’ils fussent nés Bulgares ou spirituellement liés à la Bulgarie.

            J’organisai les funérailles de Marvin, dans sa ville natale, Richmond. Le corps fut déposé dans un caveau en forme de rotonde, car telle était la forme du bâtiment favori de Marvin lorsqu’il était étudiant, et ainsi qu’il le stipula, « ce ne saurait être une cave qui exciterait les gloses des critiques et des journalistes, si la cave fut le signe de mon accomplissement artistique, je ne la désire pour être le lieu de mon ultime séjour terrestre, on ne doit pas me confondre avec ce que j’ai montré ». La rotonde devait être dressée à la lisière d’un bosquet de saules, et comme le cimetière était dépourvu de saules, il fallut les planter. Après toutes ces années, je ne m’explique pas ce souhait délicat et étrange. L’inhumation commença à la tombée du soir, en présence des membres de l’équipe de Have More Wine, Suzy Joe, de quelques chevaliers Psycho-Bataves comme le fidèle Kenji Fukasaku, l’émouvant Warren Oates, Michel Piccoli dont la dignité impressionnait tant, et qui laissa néanmoins  à la veuve de John Cazale le soin de prononcer l’oraison funèbre. Deux groupes manquaient : tous ces médiocres réalisateurs qui, un temps, profitèrent de la vogue du film de cave pour rentrer dans les bonnes grâces des studios, et dont seul Johnny Bo Lafolette émergea, et ces plus obscurs compagnons de jeunesse, avec qui Marvin ne fraya jamais, mais qui composaient la garde du tutélaire Randall Webb : vous-même et Don Creux. La mise en terre effectuée, j’aperçus James qui soutenait un Noir estropié, aux traits fantastiques d’amour et de sagesse. Le nouveau convive installa un synthétiseur et chanta d‘une voix brisée un cantique appelé « Thank Goodness ». L’élévation suggérée par le vers « Until you came my way » gagna nos cœurs : le doux Virginien, Lenis Guess, prêtait son hommage amoureux à Marvin, et dès lors, le destinataire féminin de la chanson s’effaçait devant Dieu, dont la rencontre promettait de rendre nos existences moins vaines. J’avoue qu’à cet instant, Monsieur Lewis, cette religiosité que la plupart du temps nous devons combattre, vainquit mes résistances et m’enveloppa. Voilà mon histoire. »

                                  

            «- Ce récit contient suffisamment d’enseignement pour celui dont les pas inspirés l’amènent à franchir le seuil de notre maison. Nous t’en remercions, Olga. Vous aurez compris que la Bulgarie, en tant qu’attitude mentale, constitue une réponse très pertinente au problème Psycho-Batave. 

-         Je ne sache pas qu’il y ait un problème Psycho-Batave.

-         Enfin, mon ami, ouvrez les yeux sur le désarroi de vos co-missionnaires. De quoi vous parle-t-on depuis la disparition de Randall Webb ? Vous a-t-on suggéré des solutions de vie, ou bien vous a-t-on entretenu des diverses formes de deuil du Psycho-Batave ?

-         Quand j’aurai quitté la forteresse de Jean Pop 2, je reviendrai avec le déni de votre pessimisme. Vous saurez votre erreur.

-         Bien. Mettez-vous en route. Des spectacles cruels vous attendent. »

Lenis Guess - Thank goodness 


Par Boulter Lewis - Publié dans : Notes de Boulter Lewis - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /Oct /2006 21:35

Little

Pour cette émission consacrée à l'emblématique sobriquet Little, on attendait beaucoup d'Uder Mermouch, chargé de la tâche colossale de défrichage Psycho-géographique de la Californie. Il s'en est évidemment tiré avec tous les honneurs, malgré les taquineries d'un M. Poire d'humeur bien coquette.

Phrase de la semaine : "Je me fais fort de terminer très fort." (Uder Mermouch)

Little Frankie "I'm not gonna do it"

Little Richard "Hurry Sundown"

Little M. Lee & The Cherokees "Young lover"

Little Charles & The Sidewinders "You need me"

Little Eva "That's my man"

Little Anthony & The Imperials "Get out of my life"

Little Johnny Truitt "Just the other day"

Little Willie & The Adolescents "Get out of my life"

Little Daddy & The Bachelors "Come on home"

Little John & The Sherwoods "Long hair"

Little Ray "Come swim with me"

Little Beaver "Funkadelic sound"

Little Dooley "You better be ready"

Little Victor & The Vistas "No more"

Little Tommy Brown "Don't leave me"

Little Hooks & The Kings "Jerk train"

Little Stevie & The Easybeats "Baby I'm comin"

Little Phil & The Night Shadows "The way it used to be"

Danny's Reasons "Little Diane"

Little Caesar "Good good lovin"

Little Tony & The Hawks "The Tears"

The Little Foxes "Love made to order"

Uder Mermouch a attribué à l'état de Californie un indice de 8 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 18 octobre 2006 3 18 /10 /Oct /2006 13:38

En 1967, Delmer Daves a 63 ans. Son dernier film, The Battle of The Villa Fiorita, est déjà vieux de trois ans et son oeuvre, autrefois si forte, neuve et déchirante, semble s’être perdue dans le bourbier des productions mélodramatiques médiocrement sentimentales, à la distribution éprouvante. Début juin, il reçoit la visite du jeune Mike Curb, Talent scout infatigable, délégué par la MGM pour lui faire part du projet d’un film qui aurait pour intrigue des conflits raciaux près de la Nouvelle-Angleterre, précisément dans l’état du Delaware, qui compte tant d’enfants historiques de l’esclavagisme. Daves, qui, on le sait depuis, songe alors à abandonner la réalisation, présente peu d’enthousiasme à la proposition de Mike Curb. Cependant, ce dernier le convainc de lire le script original du projet alors appelé The Beaten Innocents.

                     

A la lecture, Daves se laisse finalement séduire et accepte de prendre le projet en main. Ajoutons à cela que le cinéaste, conscient sinon de son déclin, du moins de sa stagnation, compte clore son oeuvre sur un coup d’éclat. Il accepte donc, mais à une condition : aussi bien dans un souci vériste que de virginité recouvrée, il impose que le casting soit presque entièrement composé de comédiens inconnus, à l’exception de l’injustement oublié John Dall, que Daves remarqua dans Gun Crazy de Joseph H. Lewis et à qui il destinait le rôle, central, de Terence Randalson, le professeur compréhensif qui tente de pacifier les deux factions antagonistes. C’est cette lutte  qui constitue le ressort de l’intrigue : deux bandes bourgeoises, l’une blanche, l’autre noire, s’affrontent inlassablement, malgré les efforts conjugués du personnage de John Dall et de celui du jeune Bill Eaton (futur père du hockeyeur Mark Eaton), blanc-bec impartial qui déploie tous les efforts du monde pour le rester malgré les pressions morales omniprésentes.

Mais ce qui reste le plus notable dans le casting, c’est la présence massive de musiciens locaux, dont les chansons furent également employées pour habiller et propulser le film. C’est dans ces conditions qu’eut lieu la déterminante rencontre entre Daves et Ted Mundy, chanteur et compositeur du groupe le plus important du lot, The Enfields. Ce jeune homme, admirateur inconditionnel du cinéaste, avoua à ce dernier avoir écrit le rebondissant « Face to face » dans un abandon euphorique procuré par la vision du sublime plan final de The Hanging Tree, dans lequel Gary Cooper, immense, découpé dans l’horizon ardent, se penche pour recueillir dans ses mains le visage tremblant de Maria Schell, alors que la foule s’abîme au loin. 

L’amitié tisse rapidement ses liens entre les deux hommes, et Daves, fidèle à son credo « Comprendre c’est aimer », fréquente alors les lieux de congrégation des jeunes hipsters de Wilmington, et notamment le Calloway Lounge Room, dans lequel, au cours d’une soirée alcoolisée, il rejoindra le groupe sur scène pour chanter avec lui une reprise délicate du thème de 3.10 to Yuma, naguère popularisé par Frankie Laine.

A la suite de cette pré production de terrain seront choisis pour interpréter la bande des blancs Ted Mundy, le batteur Jerry « Jubal » Monroe, ainsi que divers membres de The Nobles, The State Of Mind ou The Tree. Le clan noir, lui, sera constitué des musiciens du groupe Little T. & The Spoons, dont le 45 tours « Love Moon », aux accents doo-wop, fut un tube local en 1964. Le tournage commence en janvier 1967 à Wilmington. D’après les témoignages de l’équipe technique et des acteurs, qui étaient fréquemment invités à visionner les rushes, Daves développait son film comme une alternance de scènes presque documentaires, telles qu’il prit l’habitude d’en tourner à partir de Cowboy, au cours desquelles le quotidien automnal des adolescents se déroulait tout doucement, et de scènes lyriques violacées à l’image de la mort du personnage de Bill Eaton, qui meurt dans un escalier au sein de la mère de son assassin, alors que s’insinue « In the eyes of the world » par une fenêtre du rez-de-chaussée.

                                          Little T

Malheureusement, la volonté de Daves de gommer toutes les scènes de violence au profit de séquences éclairant les raisons d’agir de ces adolescents, n’était guère du goût des producteurs. Ces derniers jugèrent peu prometteur pour le box-office ce film qui détournait les codes du film d’exploitation pour adolescents. Gageons aussi qu’ils auraient souhaité mettre en vedette un groupe plus célèbre et photogénique que The Enfields.

Quoiqu’il en soit, Daves refusa le compromis et tourna le dos au projet, gardant néanmoins jusqu’à la fin de sa vie des liens forts avec ces adolescents, les derniers desquels il s’était senti proche, lui qui en 1976, un an avant sa mort, disait à propos des « nouvelles générations » : « J’espère recevoir un signe de la part de ces jeunes, rien qu’un signe, avant que je ne les comprenne plus. »

The Enfields - Face to face

The Enfields - In the eyes of the world

The Enfields - You don't have very far

The Nobles - Something else


Par Peter Bogdanovitch - Publié dans : Psycho-Batave perdu - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 12 octobre 2006 4 12 /10 /Oct /2006 20:52

Voies urbaines

Emission encore une fois proche de l'abîme psychédélique, mais néanmoins menée avec une poigne de fer par nos trois connétables. Uder Mermouch, de meilleure humeur, présenta l'Etat de l'Arkansas sur lequel il n'eut pas grand chose à raconter (ignorant qu'il s'agit de l'Etat natal de The Wig/Wags).

Phrase de la semaine : "Mermouch, il n'y aura pas d'escarmouche." (M. Poire) 

The Small Faces "Itchycoo Park"

The Olivers "Beeker Street"

The 17th Avenue exits "I ain't gonna eat out of my heart anymore"

The Shades of blue "Penny Arcade"

The Four Seasons "Wall Street Village day"

The Ugly Ducklings "Postman fancy"

The Impressions "A lover's lane"

The Wheels "Block road"

The Chambers Brothers "Uptown"

The Aztex "The little streets in our town"

Wimple Winch "Rumble on Mersey Square south"

Lincoln St Exit "Who's been driving my little yellow taxi cab ?"

The Jackpots "King of the world"

Little Ann "Going down one way street"

Lee Dorsey "Sneaking Sally through the alley"

The Carnaby "Jump and dance"

Thee Midnighters "Whittier Blvd"

Godfrey & friends "Down Whittier Blvd"

The Tier Park "The way"

The Rysing Suns "A 3rd hour on fourty eleventh street"

The One way streets "We all love peanut butter"

Uder Mermouch a attribué à l'état de l'Arkansas un indice de 2,5 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire

Lundi 9 octobre 2006 1 09 /10 /Oct /2006 21:37

            Dans quelques-unes des meilleures pages de Nick Tosches, on peut lire l’histoire du duo Ming & Ling, dont on ne sait s’il a bel et bien existé sous une forme une et souveraine, tant il est vrai qu’au même moment coexistaient dans des Etats fort éloignés les uns des autres des formations baptisées Ming & Ling. Comme le souligne l’auteur, l’important réside dans le concept de « péquenaud chinois aux costumes bigarrés », racine commune et suffisante de toutes les incarnations du duo. La musique américaine, poursuit Nick Tosches, est ainsi traversée d’un fantastique courant de travestissement qui met en jeu les identités régionales, les tribus et les peuples, et dans cette mascarade, les traits les plus pittoresques étaient bien sûr triomphalement élus entre tous. Or, jamais, et cette condition s’avère providentielle, ce désir de revêtir les frusques mandarines, d’agrémenter les chansons de notations et de sonorités exotiques, ne fit renoncer les musiciens Psycho-Bataves à ce qu’ils avaient inventé. Notre théorie de l’Orgue du Fantôme suggère que le phénomène pourrait désigner une tendance globale des arts narratifs et musicaux britanniques, à savoir une rêverie puérile sur les terreurs étrangères, spécialement orientales, et un attachement puissant aux formes nationales.

                   

 

            L’homme du Maine éprouve-t-il son altérité de manière plus intense au contact du porteur d’eau égyptien qu’à celui de son cousin de Californie du Sud ? Il semble que les sortilèges de l’Orgue du Fantôme aient trouvé une expression saisissante à l’intérieur du territoire américain, dans les limites d’une histoire américaine, les littoraux développant une dynamique légendaire et fabulatrice telle qu’entre l’Empire britannique et ses colonies. Dans une symétrie idéale, l’Ouest américain figure ici la contrée merveilleuse que l’Est révèlera à son mystère inconscient. Et la musique Surf en sera le moyen. En ses terres, le Surf revêt une signification univoque : de n’importe quelle façon, classique comme celui de The Revels, furieux comme celui de Johnny & The Volumes, sophistiqué comme celui de The Beach Boys, le Surf est une manifestation héroïque d’aise, de souplesse et d’ivresse. Il s’agit d’une musique de fête, fondamentalement, même lorsqu’elle sert de support à des évocations nostalgiques. Le Surf célèbre. Pour des raisons climatiques, historiques et esthétiques, l’homme du Maine ne sait pas célébrer, mais sa longue familiarité avec la brume et l’angoisse, avec l’Océan surtout, noue entre lui et le Surf des liens authentiques, puisque le Surf comporte cela qui ne se découvre qu’au seul Surfer et que ne tolère absolument pas la culture californienne : une stase inquiète, détachée de la liesse, de la fête permanente, de la béatitude. Alors le Surf n’atteint à la connaissance de lui-même que par un nécessaire détour par où l’on ne surfe pas, mais où tout de même, le voisinage d’un Océan nous apprend quelque peu ce qu’il est. Dès qu’un embryon de culture lie son destin à une terre particulière, il ne peut engendrer à long terme qu’une création stéréotypée, mais il faut que la culture en question abrite en elle un élément inaperçu du grand nombre, un élément connu des seuls praticiens. Dans le cas du Surf, même cette stase inquiète que nous indiquions ne constitue l’expérience que des seuls Surfeurs, et nul musicien californien ne l’envisage. L’homme du Maine l’a envisagé.

            Ce dernier n’a pas inventé une anti-Surf music, en niant les valeurs qui la définissent, il a plutôt pris en charge sa part négative et intime. Il a renvoyé le Surfeur non pas à son image populaire et épique, mais à son être contrarié, entre suspens et contemplation. Deux compositions (il doit nécessairement en exister davantage) emblématisent ce brusque regain d’intériorité : « Restless Tides » par The Infernos et « Sunset » par The Monterays. Techniquement, toutes les caractéristiques du genre sont inversées, sauf, bien sûr, la référence à l’Océan, et toute une panoplie imitative (mais qui n’est plus la même) : lenteur du rythme, suites d’accords amples, presque planantes, domination des graves, ruptures conçues comme des évanouissements, peu de compacité dans les sons. Loin du Maine et de la Californie du Sud, mais tenant néanmoins plus du premier que de la seconde, la Louisiane, elle aussi, a offert un exemple de ce Surf marginal. Qui d’autre que les plus prodigieux rythmiciens au monde, The Meters, pouvaient paradoxalement donner forme à la quasi-disparition, au murmure, à la dématérialisation, dans « Stormy » ? Cette musique née dans l’Ouest et transfigurée dans le Sud peut légitimement être baptisée Northern Surf.

 

The Infernos - Restless tides

The Monterays - Sunset

The Meters - Stormy           


Par Jean-Pierre Paul Poire - Publié dans : Essais épars - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 5 octobre 2006 4 05 /10 /Oct /2006 22:04

Johnny

Pour cette émission marquée au fer rouge Vieux loup, catalogue de tous les Johnny pesant un poids sur la balance Psycho-Batave, Uder Mermouch fit un retour remarqué et parfois polémique : Ainsi, l'indice qu'il attribua à l'Etat de l'Arizona est encore discuté dans la rédaction.

Phrase de la semaine : "Comprendre c'est aimer" (Delmer Daves, cité par Jeanpop2)

Johnny C. & The Blazes "Inferno"

The Easybeats "Johnny no one"

The Primitives "Johnny no"

Johnny & The Volumes "Blowout"

Larry Williams & Johnny Watson "Ain't gonna move"

Johnnie Taylor "Who's making love"

Johnny Brag "They're talking about me"

Johnny Maestro "Steppin' out of the picture"

Flip & The Dateliners "My Johnny doesn't come round here anymore"

John Leyton "Johnny remember me"

Johnny Horton "Lover's rock"

Johnny Lion "Haunted heart"

Johnny Burnette "Honey hush"

Johnny K. Killens & The Dynamites "I don't need help"

Little Johnny Hamilton & The Soul Pack "The Git down"

Johnny Robinson "Gone but not forgotten"

The Mystery Trend "Johnny was a good boy"

Peter & The Prophets "Johnny of dreams"

Johnny Kendall & The Heralds "Girl"

Johnny Wyatt "I wouldn't change a thing about you"

Johnny's Guitar "Bangsaen '66"

Johnny Rebb & The Atlantics "A girl named Sue"

Johnny Lion & The Jumping Jewels "I wanna dance with you"

Johnny Daye "Stay baby stay"

Uder Mermouch a attribué à l'état de l'Arizona un indice de 6 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 28 septembre 2006 4 28 /09 /Sep /2006 20:05

Cyclothymie

Pour cette émision sur le fil du rasoir (le jaz et le rock dit prog furent évoqués), Jeanpop2 et M. Poire, malgré une baisse de forme et un discours parfois incohérent de ce dernier, s'acquittèrent avec élégance et rigueur de leur mission. Uder Mermouch, absent, faxa néanmoins ses brillantes notes concernant l'état de l'Alaska.

Phrase de la semaine : "La vie est un long film de cave" (Jeanpop2)

The Versatiles "Cyclothymia"

The Nightwalkers "The nightwalker"

Love "7 & 7 is"

The Dearly Beloved "Flight 13"

The Shakers "Tracks remain"

Lincoln St Exit "Paper place"

Kenny & The Kasuals "Come on kid"

Glory Rhodes "Stay out of my way"

The Golden Cups "Love is my life"

Johnny Sayles "I can't get enough (off your love)"

The Regents "Whatcha gonna do"

The Impressions "Love's happening"

Paul Mc Cartney "Long haired lady"

The Beach Boys "Wake the world"

Marvin Gaye "Flyin' high"

The Solid Ground "Sad now"

The Gents "I wonder why"

The Trackers "You are my world"

The Meters "I need more time"

The Moguls "Another day"

The Bare Facts "Bad part of town"

The Cam-Pact "Drawing room"

Uder Mermouch a attribué à l'état de l'Alaska un indice de 2 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 28 septembre 2006 4 28 /09 /Sep /2006 06:16

Par Jeanpop2 - Publié dans : People - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /Sep /2006 19:28

Attitude

Pour cette première émission de l'année consacrée à l'Attitude et ce qui la distingue du Pat et du Macwellback, Jeanpop2 et M. Poire rivalisèrent de facétie et d'enthousiasme, laissant souvent le défrichement théorique à la charge d'Uder Mermouch qui inaugura ce soir là sa rubrique "Psycho-géographie Psycho-Batave" en traitant logiquement de l'Alabama.

Wynfield Parker "Shake that thing"

Link Wray "Walkin' down the street called love"

Mr Clean & The Cleansers "Think"

George Jacks "Rebel Woman"

The Sparkles "Ain't no friend of mine"

The Bruthers "Bad way to go"

Wimple Winch "Save my soul"

Foxy "Trouble"

Morris Chestnut "Too darn soulful"

Bobby Womack "What is this ?"

The Exterminators " Voo-doo"

The Panicks "You're my baby"

Invasion "Do you like what you see ?"

The Sants "Leaving you baby"

The Interns "Hard to get"

The Syndicats "Howling for my baby"

Tony Worsley & The Fabulous Blue-Jays "How can it be"

Harbinger Complex "I think I'm down"

The Guess Who "Don't act so bad"

The Troggs "66-5-4-3-2-1 (I know what you want)"

The Dearly Beloved "I'm not coming back"

The Sunsets "I want love"

Harvey Scales & The Seven Sounds "Get down"

Uder Mermouch a attribué à l'état de l'Alabama un indice de 4.5 sur l'échelle Psycho-Batave 


Par Jeanpop2 - Publié dans : playlists - Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire

Vendredi 15 septembre 2006 5 15 /09 /Sep /2006 20:54

Notes de Randall Webb, probablement écrites fin 1966 :

 

Nouvelle entrevue avec Demetrius. Il est habillé de pied en cap, comme sur le départ. « Je lis toujours les chaussures aux pieds et la fenêtre ouverte, en cas d’urgence » m’a-t-il dit un jour. J’ai apporté quelques disques, il me fait écouter les siens, les mêmes chansons très jeunes auxquels il m’a accoutumé, où il est question de retours terribles, de forêts et de princes veufs. C’est mon tour. J’avance mes trouvailles, au sommet desquelles trône le victorieux It’s time de The Guess Who, dont il n’a curieusement jamais entendu parler. Nous écoutons l’album, et face à mon enthousiasme, il ne présente qu’un sourire contrit. Puis quand arrive le robuste « Gonna search », il s’écrie : « Que voulez-vous que je fasse de ça ? Mon vieux, vous êtes prêt pour le rock dur ! ».

                                               

Je ne peux en vouloir à Demetrius pour ce jugement approximatif. C’est moi qui était dans l’erreur, vouloir confronter l’art hypertrophique de The Guess Who aux aspirations anémiques de mon ami du Wisconsin, lui qui, de son hiver aujourd’hui lointain, ne trouve son soleil que dans les failles. Peu après, dans l’immobilité de la maison maternelle, je songeais à ce face-à-face, et je passais alors la nuit à gigoter le problème dans tous les sens. C’est trempé de sueur, face au visage carré de Walter Huston imprimé sur le plafond concave que je me réveillais tout à fait, en proie à de résonnantes interrogations.

Pourquoi, si les groupes canadiens fouettent le sang, ne le glacent-ils jamais ? Loin d’être anesthésiants, leurs morceaux aspirent cependant à une certaine transparence, une absence de double-fond. Ils sont donnés tel quel avec un bon sens vigoureux. Rien à voir cependant avec l’art pour l’art du New York baroque, ce dernier étant abondamment référentiel, supportant alors les niveaux de lecture.

Chez The Guess Who, tout respire le bon fonctionnement d’une machine lancée à plein régime. Même dans les moments les plus sauvages, rien de trouble, aucune « face cachée » pour satisfaire les appétits obscènes des pédés progressifs. Le hurlement au début de « Gonna search » n’est pas folie ou désespoir mais mise en branle du moteur de cette formidable cylindrée, c’est très précisément le tigre dans le moteur.

La solide constitution de The Guess Who se retrouve chez la très large majorité de leurs compatriotes, l’autre groupe exemplaire étant The Great Scots, dont chacun des morceaux ressemble à une déclinaison haltérophile de leurs contemporains Anglais.

Même les groupes les plus verts ont des fondations solides : ainsi The Ugly Ducklings, qui malgré leur délicate disposition électro-acoustique font preuve de la rigueur de ceux qui ont grandi au centre du blizzard, ou A passing Fancy, dont le titre éponyme si proche du Psycho-batave lavette déçoit presque en ne dévoilant jamais la moindre fêlure.

                                   

Cette saine vigueur n’est pas seulement imputable à la production, puisque des pays similairement riches tels que l’Angleterre (plus torve ou efféminée) ou l’Australie (plus impatiente et brûlante) se distinguent de l’esprit Canadien, l’un par le muscle, l’autre par le sang.

Dans les moments les plus dissonants et agressifs, comme lors du « Been burnt » de Luke & The Apostles, la bataille reste littérale. Les groupes Canadiens pratiquent l’attaque frontale, celle, massive, de l’ours blanc. Leur force reste interne et centrifuge, ils n’attendent pas la victoire de l’extérieur et des éléments, contrairement au crocodile australien.

Après ces réflexions je ne peux comprendre le jugement de Demetrius. Il a insulté la santé : écouterait-il l’infâme lou reed ? Je ne poserai plus les pieds chez lui. »

 

Note de Jeanpop2 : Randall Webb a oublié de mentionner les moins caractéristiques The Painted Ship. Cependant rien n’indique qu’il connaissait le groupe à cette époque. Saluons encore notre visionnaire ami, qui allait voir sa théorie validée par l’éclosion de Crazy Horse quelques années plus tard.

 

            The Guess Who - Gonna search

          The Great Scots - The light hurts my eyes

          The Ugly Ducklings - That's just the thought I had in my mind

          A Passing Fancy - A passing fancy

          Luke & The Apostles - Been burnt


Par Randall Webb - Publié dans : Randall Webb Sixties - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Mardi 5 septembre 2006 2 05 /09 /Sep /2006 12:57

-Le Café Bulgare, est-ce un lieu dédié aux alcools bulgares, ou bien simplement bâti avec des matériaux bulgares ? Selon, sans doute, des normes typiquement bulgares ?

-Un peu de tout cela, mais le principal est qu’il se compose d’une clientèle strictement bulgare, à mon humble exception. Observez plutôt.

 

            C’était un établissement rectangulaire, fait de gros moellons, et dont l’enseigne consistait en une peinture médiocre et fonctionnelle. Cette impression de monotonie désuète n’était pas rompue par la surface beige que mon œil balaya, une fois à l’intérieur des murs, découpée avec régularité par les tables, certaines éclairées par un chandelier, et leurs hôtes idoines, tellement figés que je les imaginais solidaires de la pièce de bois à laquelle ils s’accoudaient. Très peu de femmes, beaucoup d’hommes dégarnis, pas même moustachus, et quelques conversations autour, semble-t-il, de parties de dés. Une musique quasi imperceptible, où l’on devinait juste des sonorités orientales mêlées à de retentissants accords de synthétiseur, une odeur de ragoût et de toile ainsi que quelques cartes, représentant l’Iran, étaient les quelques éléments, qui ne permettaient absolument pas l’immersion du visiteur dans un mood bulgare. J’en référai à James Knight qui ne montra nul étonnement : « Vous commencez de comprendre ce qu’il faut entendre par « bulgare », mon ami. Mais observez davantage, et je complèterai ma réponse. » Alors j’inspectai du regard et de l’ouïe chaque recoin du Café Bulgare, cependant que je ne pouvais me forcer à trouver quoi que ce soit de notable dans un endroit que j’étais résolu à ne point juger  remarquable, quand soudain, on renversa un verre. Le client coupable pleura avec discrétion la perte de son breuvage et je me fis la réflexion qu’il devait s’agir là d’un lamentable ivrogne pour ainsi verser des larmes sur un alcool répandu. Or, en examinant la flaque, et les débris, je compris que l’homme n’avait brisé qu’une bien innocente tasse de café. Ma stupeur augmenta lorsque je constatai que deux, bientôt trois camarades vinrent le consoler, l’un d’eux osant même étreindre le malheureux. Je dirigeai maintenant mon attention vers le reste de l’assistance afin de constater les effets du drame, et ceux-là, à en juger par l’effarement qui se peignait sur les visages, ne furent pas moindres. Peu après, je vis deux hommes engagés dans une discussion qui, si je n’en saisissais un traître mot, me frappa néanmoins par le ton grave et solennel sur lequel elle était prononcée. A plusieurs reprises, les interlocuteurs tournèrent leur poignet gauche dans la main droite, hochant tristement la tête, les yeux clos. Je cédais malgré moi à la réputation lugubre des peuplades slaves, et je craignais encore davantage qu’une liesse atroce et bruyante ne se produise, avec de l’ivresse, des coups de feu et un miracle. Non, je ne souhaitais pas qu’une fureur absurde rachète le désespoir de ce tableau, ce mélange de misère, de folie et de fanfare m’était tout à fait odieux, comme toute forme de poésie sans contrôle, qui reposerait sur l’amas et la confusion délibérée, la très prévisible conversion des valeurs qui traiterait en Paradis l’Enfer authentique, qui, encore une fois, accréditerait le mythe de la pauvreté et de l’ordure, foyers de créations drues et indomptables, la supériorité éthique, inavouée, des dépossédés, qui tournent les possessions en dérision, et les sentiments en absolus, toute cette mise en accusation naïve de la conscience bourgeoise par elle-même, oui, le cirque des instincts et des sensations est un avatar de l’art bourgeois malade et honteux, et Boulter Lewis ne trempe pas dans ce genre de négativité masquée. Mais nul coup de feu, pas de femme enlevée, de polkas agressives, ni de flots d’alcool. Aucun miracle. James Knight me réconforta : « Les Bulgares résistent du mieux qu’ils peuvent. Vous pouvez les aimer, comme je les aime. » « Cet incident avec la tasse de café… » « Que vous inspire-t-il ? » « Je l’ai trouvé curieux, tout juste curieux. » « Entre 1955 et 1975, la Bulgarie a été sevrée de café. Les habitants n’en consommaient pas plus qu’ailleurs, mais les dirigeants avaient été victimes d’une tentative d’empoisonnement à la fin d’un dîner officiel. Le traumatisme fut durable, et la production, la vente et la consommation de café furent interdites. En 1973, un jeune étudiant en droit de l’Université de Sofia s’était procuré un sac de café et il déambula tout un après-midi sous les fenêtres du palais présidentiel en levant ostensiblement son stock de grains noirs. On le fusilla. Il s’appelait Dmitri Rloutrvov. Son exécution émut la nation entière et ce fut le point de départ d’un assouplissement progressif de la loi anti-café, qui aboutit au décret de 1975, légitimant et autorisant à nouveau la circulation du fameux excitant. Tous les Bulgares se souviennent de Dmitri Rloutrvov, et sitôt qu’une tasse de café se brise, son fantôme surgit dans les mémoires et tourmente le maladroit, le distrait, le négligent, celui à qui le courage de l’immolation ne serait jamais venu. » « Hmm… Et ce geste du poignet ? » « 85 % de la population bulgare a déjà été écrouée, pour des raisons diverses : meurtre, agression, vol, diffamation, ivresse, indécence, les motifs habituels. Ce qui compte, c’est que beaucoup d’habitants paraissent épris, possédés du désir de leur propre incarcération. Ce désir reste raisonnable, puisque la plupart des prisonniers ne le sont que pour quelques jours. Ce geste du poignet est le souvenir corporel des menottes, très étroites en Bulgarie, et qui laissent par conséquent des démangeaisons. Oh ! Approche que je te présente le discipliné Boulter Lewis ! » Une femme âgée, moulée dans une magnifique robe de serge noire, scintillant de camées, fit son apparition aux côtés de James Knight. Elle avait le visage ovale, et un chignon répétait idéalement cette belle géométrie. Ses yeux gris s’accordaient au rigorisme induit de son chignon, mais ils suggéraient aussi une mansuétude propre aux très vieilles femmes, longtemps indépendantes. « Voici Olga Knight, mon épouse. C’est elle qui vous livrera la clef de l’âme bulgare. Prêtez une attention non mesurée à son récit, Lewis. »

                                       

            « Je suis née Olga Joubetrjov en 1922, dans la grande et célèbre Varna, au bord de la Mer Noire. Mon père fabriquait des articles de bain et de plage, et son commerce, en même temps qu’il lui nous permettait de vivre dans une aise relative, attirait une clientèle fortunée et par là, constituait un réseau de relations tout à fait enviable. Un comte nous fit entrer, mon frère Lzlalor et moi, dans un établissement de bains, et dès l’âge de quinze ans, je fus faite femme de chambre. On m’enseignait par ailleurs des rudiments d’hydrothérapie, afin que je prête mon concours aux soins dispensés par l’établissement. Mon frère portait les bagages et s’occupait des réservations. Sa situation honorable ne l’empêchait pas de pester contre nos clients, dont il maudissait la morgue et surtout la richesse. Mon frère était rongé par l’envie, l’insatisfaction qui faisait sa substance constitua l’origine des événements qui jalonnèrent mon existence. Ainsi, nous apprîmes qu’un de nos cousins, Tarrik, s’était installé en Amérique et qu’il avait atteint la prospérité en ouvrant un restaurant de spécialités bulgares. On disait que ses bénéfices étaient tels qu’il avait fait construire dans le patio de son imposante demeure une fontaine de marbre. Tarrik, fier de sa réussite, ou désireux de nous éblouir, nous donnait souvent de ses nouvelles et n’était jamais avare de descriptions des lieux somptueux qu’il fréquentait. Son adresse figurait au dos des enveloppes et le fait qu’il ne la cachât point prouvait à la fois qu’il habitait un seul et même endroit et qu’il n’espérait nullement qu’on lui rendrait visite. Lzlalor se montrait distant, mélancolique, et parce que je savais que sa pudeur le garderait de me soumettre à pareille tentation, c’est moi qui enfin lui proposai de quitter Varna et de gagner les fontaines de marbre d’Amérique. Nous étions alors en décembre 1938. Je posai comme condition que notre père fût informé de notre départ. Evidemment, Lzlalor vit là un nouveau sujet de plainte, mais je me fis fort de convaincre notre père qui, abhorrant toute théâtralité, et confiant dans les ressources de l’esprit bulgare, nous accorda sa permission et bénit notre voyage. Nous débarquâmes en Amérique et grâce aux chemins de fer et à la bourse généreuse que nous avions réunie, nous voyageâmes sans encombre vers Providence, dans le Rhode Island, où Tarrik prospérait. La verte tranquillité de l’Etat du Rhode Island mettait un baume à l’angoisse de Lzlalor et je pensai alors que commencerait pour lui une période de félicité. Nous fumes surpris de ne trouver à l’adresse indiquée, non pas un restaurant bulgare, mais un restaurant grec. Sans doute, Tarrik avait-il déplacé son restaurant dans une plus grande ville, Boston ou même Philadelphie, et ce nouvel emplacement ayant été décidé pendant notre traversée, Tarrik n’eut aucun moyen de nous en communiquer l’adresse. Fourbus, nous prîmes cependant le temps de nous reposer dans le restaurant grec, et j’ignore si la joie ou la stupéfaction s’empara de nous alors, mais celui qui nous servit n’était autre que notre cher cousin, le méritant Tarrik. Lzlalor, prompt à la bile, lui fit reproche de son mensonge, et s’emporta jusqu’à déclarer qu’il valait bien mieux réchauffer les articulations d’une comtesse monténégrine que préparer la cuisine de ces infâmes Grecs. Tarrik protesta que ce restaurant était le sien, et que son succès, certes outré dans ses lettres, était cependant bien réel. Que, si nous le souhaitions, il pouvait même dégager un salaire pour nous deux, à condition de ne pas ménager notre zèle et notre passion pour la force de l’Amérique, spécialement celle du Rhode Island. Tarrik disait la vérité, et je le questionnai : « Pourquoi la Grèce ? Les spécialités bulgares présentent autant d’attraits que les spécialités grecques… » « Olga, ma bonne et douce Olga, que vaut un Bulgare en Amérique ? Si nous songeons à nos frères de l’Est, nous comprenons qu’un Roumain fascine, qu’un Serbe effraie, qu’un Tchèque enchante, qu’un Hongrois séduit, qu’un Slovène rassure, qu’un Georgien impressionne, qu’un Ukrainien impose le respect, mais un Bulgare ? En Amérique, Olga, la nation bulgare ne suscite non seulement aucun imaginaire mais même ceux qui voudraient étendre leur rêve sur des contrées peu foulées, pour en faire en quelque sorte leur royaume intime, même ceux-là ne se soucient guère de la Bulgarie. Tu l’apprendras très vite. Alors voici : un restaurant grec. » Lzlalor, je le compris à son regard, se grisa momentanément à la pensée du suicide, mais rattrapé par son naturel bulgare, il fut écoeuré par les désagréments physiques et moraux de cette solution : « C’est d’accord, Tarrik. Nous acceptons. »

                                             

            Dix ans s’étaient écoulés. Le restaurant grec jouissait d’une popularité suffisante pour nous assurer à tous une vie simple et heureuse. Tarrik n’entendait rien à la cuisine grecque, mais son inventivité palliait ce défaut. Je m’acquittais de mes tâches qui n’étaient pas trop épuisantes. Et Lzlalor dissimulait de moins en moins son amertume. Lorsqu’il eut rassemblé assez d’économies, mon frère nous fit ses adieux, et loin de le réprimander, Tarrik démontra toute sa bienveillance en lui offrant de continuer à habiter sous notre toit commun. Quoique Lzlalor avait d’abord envisagé un départ géographique, il s’accommoda de rester avec nous, et son adieu se limita au secteur de la restauration. Nous partagions en effet un vaste appartement qui ne nuisait pas à nos libertés respectives. Alors Lzlalor entreprit de devenir cinéaste, et pendant deux décennies, il parvint à ne point s’endetter. Les films qu’il réalisa étaient projetés dans un circuit confidentiel, celui des Slaves du Rhode Island, car les fonds étaient prêtés par l’Eglise, l’école, et une poignée de mécènes russophones. Ils exaltaient bien souvent cette fameuse âme slave, dont nous, Bulgares, nous sentions privés, dans de petits divertissements familiaux où l’on voyait un Tadjik illettré devenir star du base-ball, un Hongrois devenir maire républicain, un Estonien devenir un play-boy maître-nageur, jamais un Bulgare. Ces films peuvent être ignorés des Histoires du cinéma, ils ont bouleversé deux générations de spectateurs slaves du Rhode Island.  Je dois à la réussite d’estime de Lzlalor mon premier contact avec l’industrie du film, en 1954, et mon frère ne me garda pas rancune d’avoir, avant lui, frayé le marché WASP de l’Amérique. Un chorégraphe Russe repérait pour une mise en scène de Richard Thorpe quelques danseuses, et bien que je me tinsse à l’extérieur du plateau, il m’aborda. En compagnie de véritables comédiennes, je fis donc le voyage jusqu’au Connecticut pour participer aux auditions des Aventures De Quentin Durward. Je n’étais certes pas une danseuse professionnelle, et cependant j’avais assez de fougue et de sensualité pour en remontrer à mes arrogantes partenaires. De plus, à l’aide d’un bon maquillage, je pouvais ressembler à une Gitane, puisque c’est le rôle d’une Gitane qui devait être confié. J’échouai face à ma dernière concurrente, une Roumaine. A cette époque, les Roumaines monopolisaient les interprétations de Gitane et dans les films de cape et d’épée, et dans les adaptations de Walter Scott, et dans les contes orientaux, mais ma concurrente était près d’être défaite, car le chorégraphe marquait à mon endroit une inclination quasi mystique. Il se reprit au moment de juger : « Mlle Olga, vous êtes une actrice née, et toutefois, il y a quelque chose chez vous que je ne m’explique pas : vous semblez particulière, différente, et cette impression s’évapore, elle refait surface et l’on se trouve démuni, on ne sait pas à quoi raccrocher cet air impénétrable, vous piquez la curiosité mais… vous n’évoquez rien. D’où venez-vous ? » « Je suis Bulgare. » « Mon dieu. Bulgare ? C’est très étrange. Vous êtes donc Bulgare ? Voilà qui n’est pas courant. Je connais un peu la Bulgarie. Ca ne me dit rien qui vaille. Non pas que je déteste cette nation, mais enfin… Bon courage, Mlle Olga. » Lorsqu’à mon retour dans le Rhode Island, je contai ma déconvenue, Tarrik notre cousin sourit faiblement, et Lzlalor se rembrunit. Fou de colère et de tristesse, il saisit une assiette pour la briser, mais celle-ci lui glissa des mains et se brisa d’elle-même. « C’est une malédiction ! Nous sommes maudits, toute l’humanité exècre la Bulgarie, les enfants couvrent d’insultes les Bulgares, aucune deuxième base dans toute l’Amérique ne compte d’ancêtres bulgares ! » Ce jour-là, Lzlalor fit vœu de ne plus diriger de mise en scène tant qu’il n’aurait pas élaboré un imaginaire bulgare spécifique et un langage cinématographique typiquement bulgare, et il lui fallait à cette fin, non retourner sur la terre natale à présent férocement dénaturée, mais sonder au fond de son âme la forme exacte du mood bulgare. Cette introspection dura dix-sept ans. Un après-midi de juillet, en 1971, mon frère découvrit par hasard, d’abord attiré par son titre, qu’il jugeait inintelligible, la première œuvre d’un cinéaste encore inconnu. Le film modifia le cours et le sens de son existence, et entraîna Lzlalor dans une voie apaisante et fertile. Il précipita la réconciliation de mon frère avec la mise en scène de cinéma, lui procura pour la première fois ce qu’il cherchait obscurément depuis tant d’années : une fibre bulgare, et lui fit connaître son seul et inaliénable ami en la personne du jeune réalisateur américain. Le film s’intitulait Afternoon Of The Wine. Son réalisateur était Marvin Marty. »

 


Par Boulter Lewis - Publié dans : Notes de Boulter Lewis - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 23 août 2006 3 23 /08 /Août /2006 20:26
            Nos amis Vieux-Loups qui souvent sont en réalité nos tendres pères font consister le sel de leur manière dans le riff. Et le  riff  suscite la possibilité d’une généalogie, à l’image du « riff » kinksien 1964. Certains rythmes jouirent de la même fécondité, ainsi le Diddley Beat, épuré néanmoins des glorieux maracas de Jerome Green. Le son des guitares byrdsiennes se retrouve à chaque angle de la discothèque de DJ Demetrius Jackson. Afin de satisfaire une production intensive, le triumvirat HDH lia sa portée par une commune ligne mélodique, tout juste modulée pour éviter l’accusation d’auto-plagiat. Enfin, en deçà de l’emprunt mélodique, plus dissimulable et exigeant un grand savoir-faire, la duplication de suites d’accords nous intéresse ici, attendu que cette duplication n’entraîne pratiquement jamais une répétition de la mélodie initiale. Personne n’ignore la suite d’accords qui tapisse les très grosses balades internationales humanitaires : do-sol-la mineur-fa. Ni celle qui vêt à la fois les torch-songs des années 1950 et plus tard de la Deep Soul, aujourd’hui déconsidérée : do-mi-fa-fa mineur, et variation courante, sol dièse au lieu de fa mineur. Il est une suite, très oubliée, pour laquelle j’affiche une certaine préférence, et dont la sphère d’usage se limite peu ou prou à la Soul du Nord : elle consiste à s’appuyer sur une note de basse immuable et à enchaîner les accords de mi-sol-la ; l’ajout d’un do, ou plus vicieusement, d’un la mineur 7 est une pratique régulière. Cette suite tient son pouvoir particulier de la note unique de basse, jouée en continu, si bien qu’immanquablement, et peu importe ce que nous hurle le chanteur, les deux mêmes sentiments d’héroïsme et de menace (dirigée contre l’interprète lui-même) emplissent notre esprit. Leur co-présence annule les effets gênants que l’un d’eux pourrait avoir s’il était livré à lui-même, et l’on sait que l’héroïsme pur, c’est The Iron Maiden [1]. M’accuserait-on de me repaître d’un paradoxe typiquement Pédé Progressif que je rétorquerais qu’un héroïsme poussé en ses termes, bien au-delà de sa pureté, dans son essence-même, doit s’inquiéter de son propre mouvement et s’effrayer de sa propre combustion. La suite d’accords héroïco-menaçante est  d’abord illustrée par « (I Know) I’m Losing You » de The Temptations. Elle s’espace de plages d’imminence, sinistres à souhait, dans « Lonely For You Baby » de Sam Dees.  Elle vibre d’un chœur de prêtresses vaudou et d’une basse « massive » dans « Ain’t No Danger » de Clifford Curry. On l’entend toujours, mais quelque peu policée et diminuée, dans « My Love Is Getting Stronger » de Cliff Nobles, et dans le refrain de « Testify » de Johnnie Taylor qui sacrifie cependant l’immuabilité de la note de basse. La brutalité originaire du geste était donc déjà un souvenir dès 1969. Ce souvenir vaut toujours mieux que le néant actuel, qui démontre assez la pleutrerie de ses musiciens.
 
 
 
 
 
 
 


[1] Maiden était au top en 1983.

Par M. Poire - Publié dans : Essais épars - Voir les 5 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /Août /2006 22:46

Qu'a fait Uder Mermouch pour mériter que Jeanpop2 le rosse de telle manière au son du "Revenge" de Kookie Cook ?

kookie Cook - Revenge

          Prix :

     1 - Le 45 tours original du "She was good" de The Talismen.

     2 - Le foulard que Kleist offrit à Henriette Vogel à la fin de l'hiver 1811.

     3 - lou ride.


Par Loretta (secrétaire de Jeanpop2) - Publié dans : People - Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire

Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /Août /2006 20:55

            Les flancs de l’Elbourz étaient d’une taille majestueuse, mais le soleil les ayant soumis à son incessant flamboiement, ils offraient l’aspect désolé et vulnérable d’une grande étendue rocheuse, friable sur toute sa surface, déjà affaiblie par les grottes proliférantes en son cœur. La forteresse que je devais atteindre avait été bâtie dans un défilé près du Mont Damâvand, et éloignée de tout point d’eau, subissant les rigueurs du climat perse, obligeait son visiteur à prévoir un gros ravitaillement à la citerne de la vallée, ainsi que l’achat d’une paire de mulets robustes et hardis. C’est en préparant ce voyage, qui mettrait un terme à tous les précédents et peut-être leur prêterait un sens que je n’envisageais toujours pas, que je fis la plus étonnante rencontre qu’homme puisse faire si tant est qu’il a percé l’identité de la frauduleuse Arménie.

            Tandis que je procédais à mes divers approvisionnements, un être poli, parlant bas et vêtu selon les critères de l’endroit, me pria de décliner mon nom et mes qualités, ajoutant presque aussitôt qu’il n’était nullement brigadier ou sicaire,  mais simplement curieux de celui que je pouvais être. L’homme exécutait plusieurs figures et il ne me parut pas que celles-là fussent en vérité nécessaires à la clarté de son discours. Bientôt fasciné par la succession illogique de ses gestes, qui me semblaient narrer un épisode guerrier à la manière de fresques égyptiennes ou de peintures bantoues, je promis à mon interlocuteur et mon identité et l’explication de ma présence. Je joignis à ma promesse une main tendue en travers de ma poitrine et mon index pointant vers elle, à quoi l’homme répondit en levant ses deux pouces et en avançant sa mâchoire. La surprenante lisibilité de ce dernier mouvement me convainquit que j’avais affaire à un compatriote du Sud. « Monsieur, je nous conjure de ne point prolonger ces pantomimes, premier car je dois avant la tombée du jour gagner un certain point dans la montagne, et second car tout me persuade à présent que chaque rencontre que je fais est un degré supplémentaire dans la compréhension de mon destin, et rien ne me taraude davantage que de le déchiffrer enfin.

            -Monsieur, le miracle répété de rencontres grosses d’instructions ne justifie pas que vous adoptiez ce sabir d’occultiste celtisant. Je vous pardonne cependant cette inclination qui fut longtemps la mienne, et vous demande d’accepter cette main que je tends, point trop honteuse ni rougissante d’avoir créé le très valable Fantasy World.

                                               

            -Vous êtes James Knight, de James Knight & The Butlers. Je ne puis prétendre que je m’attendais à vous voir ici, mais, sous certain aspect, cela n’a rien de surprenant. Quand je voulus que Fagen m’expliquât le choix de l’Arménie pour cette grande expérience de travestissement Psycho-Batave dont je fus le témoin perplexe, je ne reçus que courses et prestidigitations au lieu de la réponse toute simple qui m’était promise. Est-ce que vous, James Knight, botterez en touche d’une façon similaire ?

            -Oui. Il ne m’appartient pas de décrire et d’ordonner les circonvolutions du Psycho-Batave. En revanche, contrairement à Fagen, je ne connais pas de tour de magie.

            -Que savez-vous ?

            -Je peux vous introduire à une doctrine du non-caractéristique et pas mémorable pour autant, qui forme la seule conquête de l’esprit Bulgare.

            -Mais volontiers : ensuite nous écouterons Tim Granada, au Mozambique, à propos de l’esprit Uruguayen ; Wild Bill Kennedy, en Finlande, à propos de l’esprit  Kirghiz ; votre ami Clarence Reid, en Mongolie, à propos de l’esprit Monténégrin, ensuite…

            -Si cela se présentait, j’honorerais la mémoire de votre ami Randall Webb, qui, lui, savait les phénomènes de dissémination et d’exogenèse, et ne les méprisait pas. De plus, le sarcasme sied mal à celui qui acheva la théorie de l’Orgue du Fantôme, théorie qui, je le rappelle à son auteur négligent, légitime à des fins esthétiques la connaissance superficielle et même mensongère des cultures mondiales.

            -Je la limitais à l’Empire colonial britannique.

            -Moi, James Knight, suis justement l’un des plus subtils produits de l’Empire. Mon unique enregistrement 33 tours bénéficiait-il trop de la perfection de cette instrumentation féline, gloire de la scène Floridienne, pour que vous ne goûtiez les vertus et philtres plus proprement incantatoires et terrifiques de ma musique ?

            -Je n’avais pas entendu parler de vous à l’époque.

            -Oui. En vérité, le ronflement si obsédant de mon orgue pouvait avoir quelque efficacité quand je le croisais avec mon opulente guitare psychédélique, mais il me manquait le sens du décorum, que Dr John avait pour nous tous, au point de lui sacrifier toute la substance de ses disques. Bien lui en a pris, d’avoir absolutisé l’Orgue du Fantôme.

            -Ne regrettez pas de lui être inférieur sur ce plan. Lui vous envie très certainement l’impact et la décision, qui ont fui plusieurs de ses productions des années 1968/1971 et avec lesquels il ne renoua que vers 1973 au prix d’un complet abandon de l’esthétique de l’Orgue du Fantôme. Il me semble que chez vous, l’un n’a jamais exclu l’autre, et vous avez peu ou prou réalisé le projet de Dr John, un album cumulant les qualités respectives de Gris-Gris et de In The Right Place.

            -Comme vous le remarquiez plus tôt, l’éventuelle grâce de ma musique n’a provoqué aucune réaction. C’est donc que j’ai échoué à devenir un Petit-Maître.

            -Pardon ?

            -Dr John fut un excellent Petit-Maître. Comprenez qu’il existe quatre dénominations, ne visant seulement que la puissance de rayonnement d’une personnalité créatrice, et la nature et les modalités de son influence. Le Maître renvoie au génie, responsable de son langage et inaliénable dans chacune de ses expressions. Immédiatement identifiable, exerçant une influence gigantesque et pourtant impossible à contrefaire. Brian Wilson est un Maître. Le Maestro, ensuite, ne doit pas vous égarer. Si nous passons à l’italien, c’est parce qu’en lui réside une certaine propension au mécanique, à la reproduction mécanique, éblouissante mais industrielle, d’une formule, souvent héritée d’un Maître. Le Maestro, à la différence du Maître, ne se drape jamais dans une solitude plénipotentiaire. Parce qu’il dirige des troupes. Ainsi Curt Boettcher, ou bien Smokey Robinson. Le Petit-Maître n’a pas l’invention massive mais le raffinement de la manière. Il engendre périodiquement des cercles d’amateurs, bons au culte et au secret, à la publicité du secret davantage qu’au secret lui-même d’ailleurs. Un Petit-Maître ne compte pour rien aux yeux des auditeurs distraits, mais la revendication de sa race lui attire des fascinations durables. Dr John, certes, mais aussi Arthur Lee. Enfin, et c’est la catégorie qui me contient : le Bulgare. Pour bien vous faire entendre ce qu’est un Bulgare, vous devez m’accompagner en un lieu, qui nous appartient à moi et à mon épouse, et que j’ai passé plus de vingt années à mettre au point.

            -Quel est ce lieu ?

            -Le Café Bulgare.

            James Knight & The Butlers - Fantasy world


Par Boulter Lewis - Publié dans : Notes de Boulter Lewis - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

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