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2 novembre 2005 3 02 /11 /novembre /2005 23:00

        « Il suffit d’un chef-d’œuvre pour devenir une légende. Il en faut deux pour prétendre au génie. » asséna Jeanpop2 un jour de soleil vertical, plus Wellesien que jamais. Puis il me prêta deux 45 tours, « Shades of blue/Love’s a fire » de The Werps et « Voices green and purple/Trip to New Orleans » de The Bees, en me précisant tout de même qu’il s’agissait de deux volets d’un triptyque Psycho-batave dont l’achèvement ne devait m’être révélé que lorsque je serais digne de jouer dans un film de Sam Peckinpah. Depuis, j’ai sombré dans l’alcool, enterré ma femme, respiré la poussière rouge du Mexique et parlé au vautour que j’avais juré voir perché sur mon lavabo.

        Alors j’ai eu accès à la pièce manquante du triptyque, « Lorna/Got a little woman » d’Adrian Lloyd, auquel je m’intéresserai ici pour sa face B. Larsen se déployant comme une menace aérienne, rythmique aux semelles de plomb et arpège en toile d’araignée, les premières secondes donnent la pleine mesure du génie d’Adrian Lloyd, que partagent très précisément The Werps et The Bees à plusieurs niveaux : d’abord, chacun des trois groupes n'a publié qu’un 45 tours, soit deux titres d’une intensité maximale et constante, carrière Psycho-batave absolue. Mais surtout, ils convoquent tous trois des imaginaires qui, bien que géographiquement lointains, convergent sur un point central, le primitivisme païen. Si The Werps évoquent les malédictions Egyptiennes, The Bees le vaudou haïtien et ses débris louisianais, Adrian Lloyd semble rescapé du romantisme anglais le plus tribal, celui de Mary Shelley. Et bien qu’il chante la femme, et que les rythmes avec lesquels il fait marteler ses histoires sales évoquent parfois The Troggs, le moral n’est pas ici rattrapé par la tendresse de Reg Presley ou par le parfum des filles du premier rang. Les musiciens d’Adrian Lloyd sont d’authentiques troglodytes, qui n’ont pas appris les règles élémentaires du sourire et de la poignée de main. S’il y a ici un parallèle à proposer avec Frankenstein, il ne s’agit évidemment ni du monstre rigolo chanté sur le mode du rockabilly horrifique, ni du croquemitaine trop fardé des films de la Hammer : Adrian Lloyd, c’est la créature de Frankenstein dépouillée de pittoresque. En détresse sur la banquise, elle vient de tuer son père et s’apprête elle aussi à plonger dans la nuit.

               Adrian Lloyd - Got a little woman

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commentaires

RClaude 09/01/2009 20:28

Le single de Adrian Lloyd est remarquable. Merci de cette (re)découverte.

Loretta (secrétaire de Jeanpop2) 25/06/2006 13:31

Vous pouvez, mon brave, vous pouvez.

FreakMathurin 08/11/2005 16:19

Grande trouvaille ! tout ceci est excellent !
Je mets A Lloyd sur ma liste de Noel !!