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14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 23:00

           Aux antipodes de la Nouvelle-Angleterre était une région où le goût du Psycho-batave tendre était partagé par des hommes qui ne comptaient pas de puritains parmi leurs ancêtres, ni d’universitaires parmi leurs cousins, encore moins de futurs Présidents des Etats-Unis d’Amérique parmi leurs proches relations. Cette région pouvait tout juste s’enorgueillir d’avoir vu naître le gouverneur philanthrope John Pear ainsi que le pilote mélomane Don Creux, qui tous deux, par ailleurs, préférèrent l’exil incertain au tassement inéluctable d’une existence écrasée par le soleil, la pierre et le sable. L’Histoire n’explique pas pourquoi les studios Viv-Debra de Phoenix, Arizona, développèrent un style Psycho-batave tendre éminemment parfait. L’amateur sait que la conscience d’une pureté produit à terme un maniérisme, que l’on identifie par exemple chez les meilleurs groupes de Nouvelle-Angleterre : retenue de l’énergie, recherche de la maigreur, prédilection pour l’accord mineur. Tels maniérismes n’avaient pas cours à Phoenix. De même, on observera que le centre mondial du style Vieux loup, l’Etat de Washington, générait certains procédés, toujours à cause de cette conscience de la pureté. Mais plus à l’Est, dans l’Etat de l’Iowa, la même signature musicale pouvait être appréciée, dans une forme aussi vigoureuse et saine, mais surtout moins lourde, délestée de ses penchants les plus manifestes pour le cri et la violence.

            En 1965, Phoenix damait le pion à toute la Nouvelle-Angleterre, en même temps qu’elle contribuait à l’éclosion du style Sunrise Pop, bientôt magnifié par The Dovers. L’heureux groupe arizonien avait pour patronyme The Door Knobs. The DOOR Knobs, mes chers frères, ne lisaient pas aldous huxley. Ils ne pouvaient pas même prononcer correctement le nom germanique de bertold brecht. Ils ne savaient pas qui était Antonin Artaud. Mais ils connaissaient leur affaire bien mieux que leurs louches quasi-homologues de Californie du Sud. Leur principal fait d’arme fut l’épiphanique « I Need You Lovin’ Baby », et l’adjectif n’est pas usurpé si tant est que l’épiphanie, dans l’emploi singulier qu’en fit James Joyce, désigne un événement du quotidien promis à l’Eternité. « I Need You Lovin’ Baby » allie en effet l’instantané et l’indestructible dans une alchimie typique du Psycho-batave et s’interroger sur la possibilité d’une telle alchimie revient à avouer que l’on est soi-même capable de la provoquer. Quel mystère ne sonde-t-on pas sous la permission accordée à certains individus de créer un Anodin supérieur, une Evidence supra-terrestre ! Car rien, mes chers frères, ne vous étonnera dans « I Need You Lovin’ Baby » mais tout vous séduira par la grâce ineffable de son mouvement. La lumière est prodigieuse en ceci qu’elle est première et ennemie du secret. Orchestre de la lumière, comme d’autres l’ont été avant ou après eux, The Door Knobs firent exactement comme s’ils avaient été les premiers à célébrer l’amour. Ce n’est pas de la prétention, mais une disposition spéciale dont ceux qui en sont dépourvus se plaindront avec aigreur, comme ils fulminent après le Pat qu’ils n’auront jamais.

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