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20 février 2005 7 20 /02 /février /2005 23:00

            Voici un nouvel extrait des notes de Randall Webb. Celles-ci ont probablement été écrites à l'aube des années 70 et coïncident avec le retrait inexpliqué et explicable de leur auteur.

 

            "C'était en octobre 1965. J'étais de passage à Corpus Christi, Texas, où je comptais me réfugier de l'hiver chez un très cher ami expert en téléphonie. Celui-ci, ainsi que sa femme, jeune mère délicieuse, m'accueillirent dans leur pavillon de banlieue nouvellement doté de ce formidable juke-box occulaire qu'est une télévision. J'y passais de longues heures, attendant que mon ami rentre du travail. Jusqu'à ce mardi déclinant.

            A la télévision  était annoncée une prestation de The Bad Seeds, groupe local qu'on disait à la popularité grandissante, même si je n'en voyais trace nulle part. La rumeur les comparant à The Rolling Stones, j'attendais ce moment télévisuel avec un intérêt assez limité puisque j'étais, en cette fin d'année 1965, assez las des groupes de blues blanc orthodoxes et démonstratifs. Je ne savais pas qu'à travers ce groupe honnête, compétent mais sans génie, j'allais découvrir autre chose, un sentiment para-musical, si j'ose dire, qui sera à la base d'une nouvelle perception du rock'n'roll, et qui permettra à la médiocrité de se révéler géniale lorsque l'éclairage porte sur l'angle propice.

 

            Je promène mes yeux sur l'écran, ému par les accords d'introduction certes galvaudés mais diablement justes. Et surtout ému par cette constatation : non seulement le groupe ne joue pas un blues mais il n'a en rien le charisme de celui de Michael Jagger, bien au contraire. Le batteur, visage en pleine lumière, est invisible, marionnette sans tête. Le bassiste, aux lèvres immenses d'enfant battu, semble étouffer perpétuellement un cri de détresse, de ceux qui ne font pas frémir les filles du premier rang. Le gros guitariste à la barbe taillée, qui doit étouffer ces dernières en voulant les enlacer, a l'air terrifiquement minéral d'un golem potentiel, capable de ravager des quartiers entiers pour peu qu'il se réveille. Enfin, le chanteur, dégarni malgré ses vingt ans, rachitique et pâle, ressemble à un Al Jardine des faubourgs, que l'idée de surf music déprime. Cette sensation d'énorme plaisanterie est renforcée par le playback absolument apparent, puisque les chanteurs n'ont même pas de micros devant leur nez.

            Soudain viennent le refrain, pic émotionnel, et ces mots inoubliables : "I don't wanna live anymore don't want anyone to know my name". Tout se révèle. Ce groupe qui paraît avoir traversé vingt ans de routes poussièreuses avant de déposer son barda sur le plateau d'une émission de divertissement, ce 23 octobre 1965, n'est qu'une allumette. Qui s'éteindra en même temps que la télévision à l'heure du dîner, ce 23 octobre 1965. Déjà plombé par cette pensée mélancolique, je ne m'attendais pas à ce mouvement de recul de la caméra, qui me fit fondre en larmes en me dévoilant ceci : légèrement en retrait du groupe mais le surplombant, sur une minuscule estrade, une femme danse. Une de ces danses détestables et futiles tellement à la mode en ce milieu des années 60, dictature de la bonne humeur que rien ne viendra bouleverser, véritable mort acceptée avec le sourire. Incompréhension totale de la musique et mépris complet des paroles. Et c'est tout un drame des sentiments qui se révèle ici, l'éternelle guerre des sexes, l'histoire perpétuelle de l'homme la tête pleine d'images, trop lointain, qui restera toujours à la porte de l'être aimé et du succès."

           

 

             Note de Jeanpop2 : Cette chanson s'appelle "Taste of the same". Elle est la face A du premier 45 tours de The Bad Seeds qui en publieront trois. Leur chanteur, Mike Taylor, sortira par la suite deux autres merveilleux disques sous le nom de Michael. Et je tiens à dire, pour avoir vu cette vieille bande vidéo, qu'il est physiquement superbe et ressemble moins à Al Jardine qu'au grand Sred Sweign. J'ai dit.

 

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commentaires

Roger 26/02/2005 01:06

sympa ton blog, mais ça manque d'infos sur les groupes 'late 70s' / 'early 80s'...
;)