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4 décembre 2005 7 04 /12 /décembre /2005 18:19

Les relations de Jean Pop 2 dépassent le cadre de ses amitiés. Certes celui qui, un temps, dut se battre contre des chiens sauvages dans le Jutland pour assurer son existence, celui qui, la veille encore, goûtait les fastes de virées nocturnes en compagnie du regretté Don Creux, celui-ci dut apprendre qu’en dehors de l’amitié, il n’est point de contact satisfaisant avec les hommes et femmes du monde entier. Pourtant, lorsque la fortune favorisa à nouveau le champion Psycho-batave, ce dernier négligea ce précepte et admit dans le cercle de ses relations des personnages douteux, dont il pouvait craindre le pire. François Becquerel ignore tout de la musique et il lui est pourtant indispensable. François Becquerel est connu d’à peu près l’ensemble de la ville où il réside et il ne laisse personne pénétrer ses desseins, forcément inquiétants. Mais pourquoi, me demanderez-vous, ou plutôt comment cet habile mondain s’est-il associé à la quête philosophique de Jean Pop 2 ? François Becquerel possède deux spécialités, dans lesquelles son autorité ne souffre discussion : l’étude des carnets intimes et une collection enivrante d’objets domestiques ou personnels, tous appartenant à des sommités Psycho-bataves. Ainsi, François Becquerel exécuta pour le compte de Jean Pop 2 nombre de transactions aussi insolites qu’un gant de toilette de Bobby Freeman, un miroir portatif trouvé dans les loges après un concert de Limey & The Yanks, un ballon de football avec lequel les membres de The New Colony 6 se détendaient pendant les sessions d’enregistrement de Breakthrough. François Becquerel entretint une étrange flamme fétichiste chez Jean Pop 2, qui probablement en conçut quelque honte, au point qu’il ne mêlait jamais François Becquerel à ses préoccupations dogmatiques, pour lesquelles il ne sollicitait que Jean-Pierre Paul-Poire, Sred Sweign et d’autres, plus discrets. Homme de l’ombre, François Becquerel  était ce chiromancien qu’un roi cultivé, épris de science, consulte encore dans le secret, parce qu’il ne s’est pas entièrement libéré de superstitions séculaires, qu’il subit ainsi le préjugé populaire, et qu’il ne souhaite surtout pas que sa cour remarque cet attachement craintif aux vieilles croyances. François Becquerel s’assurait donc une position auprès de Jean Pop 2, qu’il n’abandonnerait qu’à un plus ingénieux démon, qui saurait comme lui flatter un obscur penchant de son maître et employeur.

            J’entrepris un voyage pénible, peu instructif, coûteux et accablant, en france, dans le but d’interroger François Becquerel, convive insoupçonné de la croisière, que seul Sred Sweign avait daigné remarquer. En compulsant les notes de Jean-Pierre Paul-Poire, je m’aperçus que tous deux s’étaient croisés à Milan, dans le restaurant où Bergen White confia son histoire de spectre au crédule Poire (toute la personnalité de Poire est sujette à caution : cet homme cumule passivité, crédulité et sens de l’auto-asservissement ). Poire est bien trop évasif au sujet de cette rencontre : soit il n’insiste malheureusement pas assez auprès de François Becquerel, soit il est de connivence et en sait davantage qu’il ne le prétend. Je débusquai François Becquerel dans la boutique qu’il tenait au rez-de-chaussée de son appartement. Il était occupé à trier une vaste série de lampes à bulbes, avec un sourire ravi. Lorsqu’il me vit franchir le seuil de la boutique, François Becquerel leva une paire d’yeux méfiants. Je me présentai mais cela ne suffit pas à me faire reconnaître et bien considérer par mon hôte. Alors je lui appris comment j’étais lié à toutes sortes de relations qu’il avait, et dès lors, François Becquerel se composa un nouveau visage, plus affable. La conversation que nous eûmes ne ressemblait à aucune autre que j’avais eue ou que j’allais probablement avoir avec les principaux témoins de l’affaire.

 

« -Alors Monsieur Lewis, vous vous plaisez ici ?

-Becquerel, mon temps est précieux. Si vous le permettez, je dois tout de suite commencer à vous interroger.

-Bien sûr, bien sûr : « time is money ». Nous parlerons plus tard de ces magnifiques lampes sur lesquelles votre œil s’est attardé en entrant. Vous aimez le café français ?

-Becquerel, vous étiez invité au bord de la croisière Psycho-batave. Vous êtes parmi ceux qui ont vu s’effondrer mortellement Randall Webb. Que vous rappelez-vous ?

-J’ai bavardé avec de charmantes lituaniennes expatriées, je leur racontais comment j’avais acquis une étrange bicyclette en fer dans une brocante, comment j’avais ensuite découvert que cette bicyclette était un modèle relativement rare introduit en France au cours des années 1980 par un ingénieur japonais, qui aimait la chasse dans les bois de Sologne, et figurez-vous que ce Japonais est presque mon voisin à présent, il habite la rue d’en face et nous faisons nos courses ensemble, lui ne me connaît pas mais il m’arrive de discuter avec sa femme, une très gentille femme qui aime les oiseaux, je l’ai déjà prise en photo, c’est un cliché très étonnant que j’ai réalisé avec un antique Voigtlander, dont je ne me sers plus à présent mais qui possédait un piqué merveilleux…

-Arrêtez, Becquerel. Dites-moi plutôt, et sans digression, pourquoi on vous a convié ?

-Jean Pop 2 a besoin de moi pour les filles.

-Vraiment ?

-Demandez-le lui.

-Becquerel, vous rassemblez une collection de reliques Psycho-bataves, destinées à orner les murs et galeries des Maisons du Corps et de l’Esprit. Personne n’ignore cela, pourquoi me mentez-vous ?

-Jean Pop 2 répand tout un tas de calomnies sur mon compte : ce sont, je le répète, des calomnies. Il cherche à me nuire publiquement, mais je lui suis nécessaire, c’est moi qui le tiens sous ma coupe, ne l’oubliez pas, Monsieur Lewis.

-Bien. Poire vous a rencontré à Milan, il y a plusieurs mois.

-Milan, oui.

-Qu’y faisiez-vous ?

-J’avais une tante qui…

-Je vais briser un à un ces gadgets ridicules qui encombrent votre bureau, si vous ne me parlez pas en toute franchise.

-J’étais en mission, comme vous aujourd’hui. J’avais acquis une pièce de premier ordre dont la nature vous choquera si vous êtes un homme de morale.

-Je le suis bien plus que vous, sale français… Veuillez me pardonner.

-Il s’agissait, Monsieur Lewis, d’une main d’enfant momifiée. Oui, une main d’enfant momifiée.

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