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25 décembre 2005 7 25 /12 /décembre /2005 21:07

            L’amour de la complication, dans les limites d’un art ancien, d’un art de la représentation, une complication étouffante, à l’échelle d’une miniature, déprise de toute technologie et de l’audace musicologique, voilà ce qui me lie à cette étrange mélopée de Richie Furay : « The Hour Of Not Quite Rain ». Je ne laisse pas de penser à l’aristocrate malade de raffinements de La Chute De La Maison Usher et à celui qui l’incarna pour le cinéma, Vincent Price le très sobre. Quand percent les premières lueurs de la chanson de Richie Furay, je vois nettement Lord Usher grimacer de douleur à cause d’une ouïe trop fine, et je sais que pour cette raison, « The Hour Of Not Quite Rain » figure un château au milieu de brumes. La nervosité de Lord Usher ou bien le chant aigu de Richie Furay démontrent assez qu’il ne s’agit nullement d’un manifeste en faveur d’un art tamisé et secret. En outre, je postule que la manière de Douglas Sirk dans  Written On The Wind  répond à la même logique d’un confinement hystérique, toutes pointes dehors : non pas un réduit pour pleurnicheurs, mais une Prison mythologique. A l’intérieur de la Prison, une intense accumulation d’objets d’art, de signes puissants qui éloignent l’ombre de la vie. L’Orgue du Fantôme comporte cela, la constitution d’un espace saturé de signes de l’art, comme peut l’être le songe d’un enfant d’il y a deux siècles. La pompe ténébreuse de « The Hour Of Not Quite Rain », de la part d’un homme réputé pour sa gentillesse et son Pat un tantinet simplet, m’étonne cependant. Pourquoi Richie Furay, lui qui emblématise le son énergétique et virtuose du country-rock californien balbutiant, pourquoi notre homme a-t-il bâti une Prison de l’art, où toutes les reliques du romantisme anglais, et de son précédent surtout : le roman noir, se trouvent réunies ? Il faudrait le lui demander. S’il est un refus ambigu de la vie, je veux dire : ses drames, ses actions, ses acteurs, ses sentiments, tout ce par quoi nous admettons que telle musique naît d’une circonstance et la prolonge pour d’autres, un refus qui autoriserait une création luxuriante et néanmoins sélective, dans une relative immatérialité, ce refus de la vie est l’écho orgueilleux et inaltérable de « The Hour Of Not Quite Rain ».

             Buffalo Springfield - The hour of not quite rain

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