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19 janvier 2006 4 19 /01 /janvier /2006 18:53

En 1967, alors qu’Anthony Mann s’éteint quelque part loin de Hollywood, Sonny Villegas signe un morceau qui, à l’instar de la musique de Love, The Sons Of Adam ou du « SOS » de Terry Randall, ne pouvait naître qu’autour du Sunset Strip, dans le quartier à la fois le plus peuplé et le moins plébéien de Los Angeles. Soit à Hollywood, mais en creux dans une enclave, comme situé dans un vallon difficilement praticable pour les véhicules trop envahissants.

C’est dans cet espace électrisant, autour du Ben Frank’s Coffee Shop où Kim Fowley recrute ses génies en papier, derrière le parking où d’innombrables pré-hippies inquiétants tel Bud Mathis épanchent leurs désirs serpentins, que se forme dès 1965 une coalition à peine réfléchie, un péri-Hollywood dont l’équivalent cinématographique serait le cas RKO.

En parallèle aux activités officielles de Mike Curb, Terry Melcher ou même Ed Cobb se montent, au sein même du système, des confréries plus secrètes. On se retrouve souvent, la soirée bien avancée et la porte des réceptions close, en cercle réduit, et les plus bouillonnants projettent leurs idées dans le ciel noir.

A l’instar du plus jeune des grands studios, la scène du Sunset Strip fait se succéder des dizaines d’executive producers dont très peu ont marqué l’histoire. Ainsi pas de producteurs vedettes, on se distingue ici avant tout par le débordement d’inspiration et un sens de la publicité loufoque mais jamais débraillé. Les vedettes de cette scène, comme celles de la RKO sont agressivement différentes (Katarine Hepburn, Arthur Lee) ou se présentent en leading men improbables (Fred Astaire, Sky Saxon).

Si Forever changes est le Citizen Kane de l’histoire du rock, Outrageous de Kim Fowley son King Kong, « I cry » de Sonny Villegas est à rapprocher des productions plus modestes, des œuvres souvent fauchées mais à la pointe artistique de leur époque, celles de Mark Robson ou du jeune Robert Wise.

Ainsi pendant qu’un Brian Wilson insatisfait fait réenregistrer pour la douzième fois une prise de basson, alors que Roger Mc Guinn passe des nuits ocellées à rechercher un son de guitare enfoui dans ses rêves, Sonny Villegas et ses musiciens remportent, par l’enthousiasme, une victoire à l’ombre de l’histoire. Et, au passage, apprennent au tout Hollywood à contempler les montagnes sans oublier les hommes qui les peuplent.

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