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28 mars 2005 1 28 /03 /mars /2005 22:00

J’étais invité par la société d’alpinisme de la ville de F*** à  lire une communication sur l’ascension périlleuse que j’avais faite du mont Ruckenbrook. Legendre, comme à son habitude, n’avait pas démérité dans sa recherche du logement le plus pratique et le plus confortable, et je pus ainsi rapidement m’atteler au classement et à la mise en forme de mes notes relatant cette fabuleuse aventure. Je trouvai également le temps de faire parvenir un télégramme à Randall Webb, et fixai notre rencontre pour le jour suivant mon installation à F***, qui devait précéder d’un jour ma conférence. La réponse ne tarda point, me laissant apprécier la ponctualité et l’urbanité que Randall Webb avait retirées de sa longue pratique du garage rock psycho-batave. Grâce lui soit rendue, son rayonnement me permit de dormir tout mon soûl, de sorte que je ne fus jamais mieux portant que ce matin où je partis l’attendre, comme nous l’avions convenu, au bord de la fontaine aux chouettes du jardin du prieuré. Au bout de quelques minutes, une forme masculine se dessina dans le taillis. Elle fit s’envoler sur ma gauche trois pinsons venus boire à l’eau de la fontaine.

            L’homme s’approcha, et sans même me saluer autrement que par un discret hochement de tête, m’apprit qu’il était venu dans l’intention d’éclairer la jeunesse sur l’essence psycho-batave. Il dardait de petits yeux hostiles derrière ses montures rectangulaires bleutées. Je ne savais que trop à qui j’avais affaire, mais plusieurs individus pouvaient connaître l’infortune de partager une semblable physionomie. Aussi je demandai à qui j’avais l’honneur d’être si peu présenté. L’homme se rembrunit : « C’est une plaisanterie ? » Sa réaction et la froideur du ton me renseignaient assez. Pourquoi Dieu m’avait-il mis en présence de l’être le plus louche qui soit, et dont l’action pernicieuse, depuis quarante années, pouvait d’un coup saper toute ma recherche ? Pourquoi, en ce clair après-midi, devais-je rencontrer lou reed ? Ce dernier, séduit par ce qu’il croyait être une facétie de ma part, décida pour une fois, et pour mon malheur, d’être volubile. Alors je dus endurer l’évocation pénible de delmore schwartz, de jack kerouac, de poésie urbaine, de new york city, de paul morrissey, de gérard malanga, de joe dalessandro, de la factory, de masochisme, de stupéfiants et d’inceste. Je profitai d’un répit dans sa logorrhée pour le prier de partir : « écoutez, cela ne m’intéresse pas, allez trouver patrick eudeline, lui sera sensible à votre prétention et à votre poésie en cuir, et puis j’ai rendez-vous, vous risquez d’effrayer la personne que j’attends ». Je devais plus tard me repentir de cette interruption, car elle mit lou reed en fureur, et celui repartit de plus belle sur la transgression, la subversion, l’artifice, l’incompréhension devant la violence de son art, l’audace de ses conceptions sexuelles, son attachement égal à la littérature et au rock, qu’il a été le premier à faire se rencontrer, son expérience de la décomposition à travers la drogue et la mort. Il me jura que toute son œuvre définissait point par point ce qu’était l’essence psycho-batave. Horrifié, je m’apprêtais à quitter le lieu du rendez-vous quand une voix autoritaire retentit derrière mon épaule : « Ne craignez rien, M. Poire, je connais le moyen de nous débarrasser de fâcheux comme lui ». C’était bien sûr Randall Webb.

 

lou reed en 1982

 

 

            "Monsieur, vous avez prétendu dans une de vos chansonnettes hippies que le Rock'n'roll a sauvé votre vie, et je vais vous punir de l'avoir non sauvé, mais sali (en français que vous êtes) pendant plusieurs décennies que vous et votre descendance purulente et hagarde n'avez que réussi à rendre interminables et grises. Commencez par baisser le regard s'il vous plait. Que savez-vous de l'essence psycho-batave? Vous dont chaque mouvement ne traduit que le calcul le plus indigne, en cela de mille lieues éloigné de ce souteneur de génie qu'est Kim Fowley, unique véritable prince du trottoir dont vous n'avez jamais entendu parler pour cause de fréquentation assidue de faux lettrés incapables même de faire de l'argent avec leur attirail sado-homo-bouquiniste... Silence, homme mal aimable, laissez-moi poursuivre! Par opposition à votre imaginaire atrophié, dénué d'humour comme de véritable danger, Kim Fowley est celui qui soude ces deux pôles, bien plus que le bouffon Screamin' Jay Hawkins, le fade Screaming Lord Sutch ou le comiquement excrémentiel vous. Le rire de Kim Fowley, jamais formulé, lave souterraine, confère à ses productions la panique essentielle propre à ses sulfureuses visions dont vos rêves frigides ne vous livreront jamais le secret! Taisez-vous, homme de peu! Mauvais manipulateur! Mauvais bateleur!

            Regardez-vous. Votre vieillesse, immémoriale, se dévoile enfin au plein jour. Vos rides n'évoquent ni l'expérience du contre-maître, ni la fatigue du seigneur. Vos allusions culturelles, dictées par vos congénères homoïdes, dégagent la même odeur de tombeau que votre bouche caverneuse, à ce qu'en disent vos multiples gitons. Que dites-vous? Votre songwriting? Econome? Clair?? HAHAHAHAHAHA!!! Entendez-vous les mots que profère ce faciès de tortue, M. Poire?

            - Hahahahaha!!!

            - Prenez déjà ceci !(Randall Webb lui asséna alors un crochet dans le ventre) Sachez que les voyants, ceux de la trempe de M. Poire, Jeanpop2 Lui-même ou M. Sweign, ont très bien compris, et ce depuis fort longtemps, votre petit jeu de substitution, qu'il s'agit maintenant de révéler au monde : tout ce que vous avez commis était une piètre tentative d'atteindre au génie de votre maître et bourreau, je veux bien sûr parler de Reg Presley, l'âme de The Troggs, sublime groupe vieux loup capable à la fois de raffinement italo-américain et d'abandon psycho-batave! La ferme, fille de joie! Reg Presley, idiot merveilleux, hante vos nuits, et ce non seulement pour l'attirance putride qu'il provoque sur votre vieux corps répugnant, mais parce qu'il détient les clefs de l'économie essentielle qui vous a toujours fait défaut! Avez-vous seulement été capable d'imaginer un vers aussi pur que "I want to spend my life with a girl like you"? Non! Vous avez cru faire vibrer la corde ténue du sentiment humain avec vos bavardages régionalistes! Vous êtes à New-York ce que la musette est au pays dans lequel nous nous trouvons : un bubon! Vous ne parviendrez jamais à la ligne claire et l'universalisme de "I just sing" ou "Give it to me", d'une part parce que c'est vous le véritable idiot (il inséra alors son couteau dans la narine poilue de son interlocuteur) et parce que vous ne méritez que de subir les sévices que vous chantez de si loin, porc!" (il retira alors son canif d'un mouvement sec, déchirant le nez sclérosé de la bête)

 

            lou reed s'écroula en gémissant comiquement. Randall Webb le releva par le col pour lui lancer un uppercut impressionant, puis il lui écrasa la tête avec son pied. Je me contentai de quelques coups bien placés dans les tibias. Justice était enfin faite.

 

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