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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 19:34

The Dovers sont indéniablement le plus haut groupe du monde. Il est inutile de revenir sur la carrière lactée de cette entité insaisissable qui continue malgré sa fugacité de météore de faire tourner la planète Psycho-Batave.

Le sommet de leur œuvre, leur quatrième et ultime 45 tours, contient une poignée de secondes qui correspondent également au pic de la musique des années 60 avant la pente : il s’agit du pont de « She’s not just anybody ». Il est entendu que The Dovers incarnent plus que quiconque (davantage même que The Beach Boys, puisqu’on ne peut accoler au groupe de Santa Barbara une sensationnaliste « face sombre ») un été immuable, blanc comme un souvenir de mission californienne. J’ai pourtant toujours vu en « She’s not just anybody », et particulièrement dans le pont de la chanson, l’expérience psychédélique ultime, dans le sens où cette furie aérienne semble portée par le désir de transcender l’évidence de ses propres deux accords, focalisée entièrement sur la force blanche de ces derniers, sans recours ou références au trop haut (le mysticisme ravageur des années qui suivront) ou au trop bas (les drogues, l’hindouisme palissades roses de Soho). L’ardeur à l’oeuvre dans ce pont est jumelle de celle  avec laquelle certains peintres de la Renaissance violaient de l’œil et ruaient de la main les voûtes oratoires, comme pour finalement les percer. Elle suggère l’ultime tentative, forcément vouée à un échec extatique dans un matin inconnu, d’habiter la grâce.

Que faire après une telle ascension, pour ne pas redescendre ? Déconstruire en plein vol, vouer ses restes à la chute, et c’est ce que font The Dovers avec le break spectaculaire qui clôt ce moment impossible.



Habiter la grâce, certains contemporains de The Dovers le firent presque, mais de manière certainement plus inconsciente, instinctive, adolescente que ces derniers. Parmi les nombreux candidats à l’intronisation Psycho-Batave, retenons principalement The Road Runners, par ailleurs labelmates des Dovers (sur Miramar), qui firent de Fresno l’autre Santa Barbara en 1965-1966.

L’écoute des huit titres studio enregistrés par ce groupe provoque presque l’hébétude du premier choc frontal avec l’œuvre intégrale de The  Dovers. Certes, The Road Runners s’inscrivent davantage dans une tradition garage à proprement parler, héritée du Northwest sound ; ils possèdent presque le tranchant et l’attitude des hordes amidonnées post-Raiders, comme le soulignent la pugnacité joviale de « Goodbye », la sécheresse mélodramatique de « I’ll make it up to you » ou la sur-nervosité presque inquiétante de « Pretty me » (dont la couleur différente s’explique par le fait qu’elle est écrite par le batteur, alors que toutes les autres chansons sont l’œuvre du génial poupin Randy Hall, bassiste-chanteur de l’évidence, comme ses illustres aînés Anglais Paul et Reg), mais ils sont dotés d’une grâce qu’on a envie d’expliquer par un facile « inexplicable », et laisser la théorie du génie d’une époque, additionné à la sensibilité sauvageonne d’une individualité pourtant dans la norme, régler le problème. Contentons-nous de dire, remué encore par la délicatesse suprême de « Tell her you love her » (qu’on a presque peur d’abîmer en mentionnant, comme les songes qu’un arrêt en gare suffit à dissiper), que ce groupe de nuances superbes, de chatoyances discrètes est finalement le groupe parfait, celui qui ne pouvait pas survivre à 1966.

 

1969 continue de bruiner en 1971, et j’ai survécu. Je suis quand même revenu à Santa Monica. Ma mère continue d’épousseter sans fin des dentelles ridées, alors qu’on peut entendre des rumeurs pornographiques, là-haut dans la Valley. D’infâmes brutes anglaises viennent propager leur barbarie sur le Sunset Strip et le responsable de la plus belle chanson de l’année n’a même plus la force de finir son verre avant de rentrer dans la nuit claudicante.

Et pourtant je reviens sans cesse à cette chanson de John Phillips, qu’il a écrite pour honorer la fin d’un contrat, et je la réécoute convulsivement jusqu’à ne plus discerner les notes, à en oublier le titre, et elle est pour moi comme du pétrole qui charrie olfactivement des lambeaux d’enfance. Alors je pense au visage séraphin de Randy Hall, et me demande si je le retrouverai un jour au bas de la pente, pièce de monnaie fondue dans le macadam.


The Road Runners - Goodbye

The Road Runners - I'll make it up to you

The Road Runners - Tell her you love her

The Road Runners - Pretty me

John Phillips - Step out

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commentaires

Jeanpop2 09/09/2008 19:55

That was before his trip to Florida, which was only a trip.You should stick to Kansas, you know them better.

Dale Leppard, for the Don Creux Society 09/09/2008 19:17

Randall Webb was supposed to be down in Florida in early 1971, then he moved to Massachusetts before taking a plane to Europe. Where his trace was lost for about 6 years. So on his way to Concord, Ma, he did make a stop in Cal to see his mummy ?