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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 18:49

Il existe de nombreuses manières de passer à 1968, même sous l’égide de Tolkien. L’auteur du Seigneur Des Anneaux Péniens inspira de nombreuses formations, la plupart se reconnaissant au luisant de leur poil. Il existe cependant deux exceptions notables, qui n’empruntèrent au sus cité livre que quelques noms, signes, sans s’attarder au pays des elfes à l’haleine lourde, constituant ainsi un beau doublé de fausses tolkiennades Psycho-Bataves.

The Hobbits sont l’émanation de Jimmy Curtiss, mystérieux et prolixe petit maître New-yorkais, probablement d’ascendance hispanique, à l’œuvre dans la profession depuis la fin des années 50. Le lieu et la date ont tout pour nous rassurer : Jimmy Curtiss, s’il a jamais ouvert Tolkien, c’est avec le doigt à la fois fébrile et froid du A&R man. En effet, hormis pour leur patronyme et quelques minuscules gimmicks d’ordre publicitaire, on est à des kilomètres chez The Hobbits de l’heroic fantasy. Jimmy Curtiss est de ceux qui construisent l’escalier en commençant par le haut. Autrement dit, il envisage la réception du disque avant de composer la moindre note, ce qui chez nous porte un nom : Italo-américanisme.

Evidemment, la musique confirme cette tendance : On a affaire sur le premier album à des miniatures précieuses et superbement mignardes, des chromos vivaldis qui évoquent l’élégance un rien crapuleuse des Four Seasons. Détaillons : « Treats » intègre même le riff du « Come on up » Des Young Rascals et les intonations de Frankie Valli à un tube bubblegum du plus rutilant modèle. « Let me run my fingers through your mind », derrière ce blaze de candidat pour concours d’onomastique hippie grotesque, s’abrite une gracile mélodie qu’on se complaira à qualifier également d’automnale, mélodie à peine dérangée par quelques effets estampillés « psychédéliques » dans le carnet de route du producteur quadragénaire lambda de l’époque. « Sunny day girl » évoquera fatalement la côte ouest, ne serait-ce que par son titre, mais l’auditeur attentif n’aura de cesse de remarquer les accords italo-américains disséminés, lambeaux de neige sur le sable. Le chef d’œuvre du disque, « I’m just a young man », déploie le lexique de la frustration adolescente avec une compréhension rare de la part d’un homme probablement proche de la trentaine, adulte jouant à l’adolescent pour un public de futurs adultes. « I’m searching for something’s better than what’s around » faisant davantage écho aux convulsions gâchées dans la nuit du couple de Splendor in the grass qu’à une mystique pédo-opportuniste. Est-il nécessaire de préciser que l’album suivant, signé The New Hobbits, bien que constellé de titres tels que « I can hear the grass growin’ » ou « Love can set you free » est aussi proche d’Haight Ashbury que Frankie l’est de timothée leary ?



Le même sens du détail anime Thorinshield, Californiens emblématiques de ces années de passation de pouvoir. On se situe sur le versant baroque, musicalement, à travers les disproportions à peine saillantes et les jeux de reflet, thématiquement aussi (« Life is a dream »), ornementations, citations savantes, absence de véritables débordements, tout indique que nous sommes ici en territoire adulte, et qu’il sera question d’Art. Impossible toutefois de ranger le trio dans la catégorie trop représentée des stylistes pop au coeur de cire. L’album diffuse une mélancolie mûre qui trouve sa plus juste expression dans quelques ballades, aquarelles usées par quelques années de trop entre le calme et le beau. On se souviendra d’une voix exactement résignée, des confidences d’un amour qui se délite au gré de l’eau, on se souviendra aussi de ne plus jamais rire au son des flûtes élégiaques, qui interrogent la possibilité d’une mort partielle, le jour où nous aurons fait de « The best of it » l’hymne officiel de la défaite trentenaire.


The Hobbits - I'm just a young man

The Hobbits - Sunny day girl

Thorinshield - The best of it

Thorinshield - Prelude to a postlude

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commentaires

Sydney Falco 04/12/2008 06:27

Ecrire un livre est une défaite.

sweign 04/12/2008 00:43

mon Phrère, j'aime beaucoup votre article et notamment la denière partie qui concerne Thorinshield parce que je me souviens n'avoir connu de victoires qu'après avoir passé  l'âge de trente ans, et que si défaite est, elle résulte de la macération de ces âges, de son engourdissement, elle concerne un regard antérieur sur les trentes glorieuses qui viennent de s'écouler. Ce regard est mortel. Novalis l'a dit : "Nous n'étions, ni vous ni moi, capables d'écrire un livre avant d'avoir trente ans". Ce à quoi vous vous exercez, moi aussi, dans le le livre des jours.Bien à vous.Sweign.