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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 18:50

Nous l'avons dit, l'homme Psycho-Batave n'est souvent l'homme que d'un seul geste. Ainsi est-il possible que la star, cet homme du commun supérieur, connaisse son instant de fulgurance.

S'il est malaisé de dénicher le fruit Psycho-Batave chez un Elvis Presley, industriel du geste choc, il l'est tout autant de le repérer chez Roy Orbison, dont l'oeuvre génialement Italo-Américaine se joue aux frontières extrêmes du concept précédent, mais présente une idée très diffuse du Psycho-Batave, puisqu'une intensité égale irrigue l'oeuvre entière.

On verra en effet surgir le mouvement Psycho-Batave dans un contexte plus hétérogène. Ainsi, descendons quelques échelons et intéressons-nous au sous Orbison qu'est Del Shannon. Chanteur parfois intéressant mais plutôt terne, il a pourtant connu son instant de sauvagerie Psycho-Batave avec "Move it on over". D'une rudesse concassée, long et tendu comme un alligator à l'affût, ce morceau pourrait illustrer l'histoire du bon père qui arrache son sexe pour prouver sa fidélité.

Roy Orbison, enfant accablé, naïf violé par le drame, est comparable au personnage qu'incarne James Stewart dans ses westerns des années 50 (ceux d'Anthony Mann, "Broken Arrow" de Daves) : les éclairs de colère inoubliables de l'acteur sont provoqués par les autres. Il subit la cruauté, l'envie, la bêtise, la jalousie du monde. Il reste en position de victime et ses crises soulignent finalement sa fragilité inébranlable.

Sur "Move it on over", la violence vient d'un ailleurs plus intime, elle est intériorisée comme l'est celle qui anime le grand acteur Vieux Loup John Wayne dans ce qui restera sans doute sa prestation Psycho-Batave ultime, son interprétation du capitaine Ralls dans "Wake of the red witch" d'Edward Ludwig. Il faut l'avoir vu marcher implacablement vers l'éberluée Gail Russell, le visage terrifiant d'opacité, ivre de whisky et prêt à dispenser sa rage sur la terre entière. Dans ce moment très précis et circonscrit, Wayne semble capable de tout, même de torturer l'innocente sans motif.

Avec "move it on over", dans un écart de carrière qu'on pourrait croire suicidaire, Del Shannon renoue avec cette agressivité folle (qui est également celle du Maître de Balllantrae, ce frère infernal). Le geste Psycho-Batave ne peut être un geste de protection, il est tout entier tendu vers l'avant. Il est produit pour malmener le monde, et non rester sous sa tutelle.

                    Del Shannon - Move it on over

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