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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 19:39

            Un jour d’été que Jean Pop II se promenait à Florence, accompagné de cinq femmes, son ouïe fut titillée par des rumeurs provenant de derrière cette place où il aimait à voir les vieilles dames nourrir les pigeons. Curieux, il s’y dirigea et tomba sur une jeune foule bariolée qui entonnait des chansons pleines de vulgarité enthousiaste.

            « Qui sont ces gens ? » demanda-t-il.

            « Des supporters de football, Maître. »

            « Fort bien. »

            Amusé par ce cortège qui semblait fêter une victoire sur une autre nation, Jean Pop II le suivit à quelque distance à travers les rues pavées. Le groupe fut vite interpellé par une contre-manifestation des plus abjectes : une bande de pédés progressifs maussades. Ceux-ci, perchés bien précautionneusement sur un balcon, avaient mis leur transistor au volume maximal, empoisonnant l’atmosphère du voisinage avec du post-rock canadien (Eux qui n’ont jamais entendu parler de Painted Ship ou de Guess Who). Leur chef, terne personnage mal rasé à la bouche molle, portait un T-shirt sur lequel était inscrit « Fuck God » et toisait les manifestants d’un air lymphatique et suffisant.

            C’en était trop.

            Jeanpop2 se rua sur la gouttière, l’escalada avec l’agilité d’un bassiste louisianais, et arrivé à hauteur du fâcheux, il lui administra un uppercut qui précipita ce dernier sur le bitume. Et c’est du haut du balcon qu’il s’adressa ainsi à sa dépouille :

« Cadavre ! Mérites-tu seulement le goudron qui te servira de cadre jusqu’à la fin de ton existence physique ? De quoi est faite ta pauvre vie, PP de basse extraction ? D’engouements tièdes pour la déconstruction systématique de l’art, notion que tu transportes comme un sésame social. De la honte glaciale de ne pas être au fait de tous les « undergrounds » (le mot qui résonne le mieux à tes oreilles de chacal) du monde, de la hantise de partager avec le plus grand nombre tes mesquines découvertes, disques de « collectifs » que tu te gardes pourtant bien de chérir, puisque tu n’as pas de maîtres.

Pas étonnant alors de trouver parmi tes disques les albums vinyles des bouchers de das vélvète untergrund. Je ne répéterai pas pour ton cerveau inéduquable tous les griefs imputables à ce groupuscule. Saches d’abord que le New York des bas-fonds que tu fantasmes vélléitèrement quand tu n’es pas occupé à tes mondanités n’a pas attendu les vignettes du george brassince américain qu’est lou ride pour être rendue sous la forme la plus vive dans l’art.

Prenons pour exemple un film que tu ne connais pas, car Hollywoodien : « Sweet smell of success » d’Alexander Mackendrick. Tu ne comprendrais pas les motivations de Tony Curtis/Sydney Falco, qui ouvre des portes, traverse des rues sans fin pour quelques chantages minables, les yeux dévorants. Tu ne l’as pas vu, fier d’allumer les cigarettes de J.J. Hunsecker/Burt Lancaster, ce dernier détenteur d’un Pat terrifiant (« Match me, Sidney ! »), qui peut sortir d’une boîte de Times Square à l’aube et proclamer devant une rixe, intouchable : « I love this dirty town. »

         

Tu ne comprendrais pas car tu resteras étranger au luxe, à la couche supérieure de la nuit New-yorkaise, à l’élégance corrompue qui ne se réveille pas dans un squat qui ne peut inspirer qu’une blatte comme lou ride. Le véritable groupe de la violence urbaine, c’est le Dan de « The Royal Scam », dont même les cartes postales (« The fez », « Haïtian divorce ») ne sont pas plus fraîches qu’une bouche de métro.

Pour parler de ce qui est encore plus éloigné de ton champ visuel, taupe, sache que New York est également le dernier bastion de la lutte contre les hippies nord-californien dont tu fais partie. Un des plus vaillants groupes de résistance Italo-américains, The Four Seasons, donnera la leçon d’élégance ultime en l’an de désolation 1969 avec l’album « The genuine imitation life gazette » : En reprenant à leur compte certains motifs psychédéliques (le collage kaléidoscopique, la citation, le groove aristocratique anglais, le goût pour l’onomastique) mais en y appliquant la rigueur et le sens de la concision de leurs aînés. En détournant quelques clichés hippies (l’enfance égarée, le cloisonnement de l’individu dans la société, le vocabulaire biblique) mais avec une intention esthétique qui dépasse de loin le message simpliste et donne même l’impression d’une distance amusée à l’égard de ces thèmes.

Ainsi, le dernier clou dans le cercueil sanfranciscain est planté dès le premier titre de l’album, alors que des chœurs interpellent Frankie Valli par des dégoûtants « Hey bud » et que ce dernier leur répond, grandiose : « I’m a man just like you, so damn you call me by my name, you’d better call me by my name ». Autant imaginer Joe Pesci tabassant franck zapa.

Et pour t’apprendre à vivre comme ce que tu es, chien, je vais commencer par te tailler les oreilles en pointe. »

 

            Ainsi fit Jean pop II, et il fit vite, et il fit bien.

Steely Dan - Green Earrings

 

The Four Seasons - Wall Street village day 

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commentaires

François 11/04/2011 00:31



"où la surface guillerette dissimulerait un « torrent noir », comme il se plait à le dire de The Beach Boys, groupe suprême
dont il ne connaît qu’un album et demi." Tout est dit et bien dit. -Forcément puisque les paroles de Jean Pop 2 sont paroles d'Evangile.