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2 mai 2005 1 02 /05 /mai /2005 22:00

Folks, si le plus vétuste et le plus légendaire d’entre les styles est aujourd’hui raillé, bafoué, insulté, la faute en revient à la fois à la logique-même de sa maturation, à son irrésistible puissance économique et aux hippies malfaisants et cyniques de l’été 1967. Plus que tout autre, le style italo-américain a nourri son histoire de l’art et de la guerre, il a été un prolongement naturel, dans le domaine musical, de Hollywood et de Broadway, il a réalisé l’utopie d’une Industrie de l’Imaginaire. Comme il en fut pour nos deux précédentes revues, nous diviserons notre étude en 1) contenus 2) formes.

 

 

1. Origine, Références et Valeurs

 

            Le style italo-américain, qui doit à l’Italie une compréhension infinie de ce qu’est la sensibilité et à l’Amérique une connaissance exacte de ce qu’est le pragmatisme, s’est pour la première fois incarné dans le Doo-Wop, genre nocturne et souple, dont les principales figures Billy Ward & The Dominoes, The Marylanders, The Five Royales ou encore The Orioles ont défini avec rigueur et pour toujours l’esthétique italo-américaine. Malgré les différences de forme et de genre, tous les disques italo-américain, enregistrés de 1951 à 1972 (« The Night » de The Four Seasons), souscriront aux règles édictées par le foudroyant « Crying In The Chapel ». Ces règles, que je vais détailler, sont au nombre de trois et toutes s’articulent autour du problème typiquement italo-américain de la réception.

            S’émouvoir comporte de nombreuses nuances qui vont de la lamentation à l’enthousiasme et qui constituent le seul, et vaste sujet du style italo-américain. Lorsque Spencer Wiggins chante, le cœur reprend ses droits, la joie immédiate annihile la faculté de juger : il n’y a pas de protest-song italo-américaine, voilà pourquoi Phil Ochs enregistra Pleasures Of The Harbour. Et pourtant nul n’accusera Spencer Wiggins et Phil Ochs de sombrer dans la mièvrerie, parce qu’il est dans la nature de telles forces de charrier le drame humain dans son ensemble, dans sa complexité, sans le priver d’une seule de ses facettes. Il faut une grande sagesse, que ni l’âge ni le savoir ne permettent d’atteindre, mais que seule la vie entendue non comme la somme d’expériences mais comme le passage répété d’un état à un autre, que seule la vie procure. Le chauffeur de limousine de The Spinal Tap avait raison au sujet de Frank Sinatra : si ces Anglais pédés progressifs savaient combien Frankie a aimé et souffert, ils mesureraient la réelle profondeur de son art. Le récepteur idéal du mood italo-américain dispose d’une idée juste de toutes les variations du sentiment, aussi la joie enfantine de Buddy Holly lui est essentielle au même titre que la tristesse olympienne de Roy Orbison, toutes les deux marquées du sceau de la vie et de la vérité. Le sérieux requis ne doit pas effrayer celui que l’ironie exaspère : ce sérieux procède d’un cœur désenclavé, libre de toute entrave, mais dont la lutte émancipatrice fut jalonnée de mille défaites.

 

 

            Ce point pouvant être illustré par le superbe Comme Un Torrent de Vincente Minnelli, j’avancerai tout de suite au second point, qui retiendra l’attention dégoûtée de plus d’un Vieux Loup. La sentimentalité du style italo-américain ne tourne jamais à quelque pornographie affective en raison de ses impératifs de tenue, hérités de la glorieuse époque du Doo-Wop. Ce souci d’une présentation décente, d’une correction des manières dans la forme et l’écriture musicales a évolué, dans les années 1962/1965, vers un pharaonisme du meilleur goût. En témoignent la vogue des girl groups et plusieurs chefs-d’œuvre de Northern Soul, en particulier le bien nommé « Let It All Out » de The O’Jays. Qu’ont de commun Eddie Whitehead et The Sweet Things ? Le sens du drame et la nécessité de lui donner un tour opératique. Comme dans toute réussite hollywoodienne, le faste porte en lui une culpabilité, ou plus justement une malédiction, qui est un discours sur la grandeur et la misère de l’homme ; alors pouvait résonner dans telle chanson de The Impressions la note italo-américaine, qui n’est pas une note floue, indécidable, comme dans le j***, mais une note pressentie et permise, qui assume le pathétique de l’ensemble. Les odieux huff et gamble n’ont retenu du style italo-américain que l’extrême sophistication de la mise en place, ils en ont perdu le pathétique, en ont chassé le sentiment. Le goût de la réussite a changé de signe : le grand Van McCoy, le grand Brute Force pensaient en terme de réussite humaine et sensible, tandis que huff et gamble couraient après une réussite primaire et bestiale. Yeah folks, tout le destin de la Soul Music s’est joué dans le dévoiement du mood italo-américain. Et il est vrai que ce que nous admirons chez Eddie Whitehead n’est pas étranger à la débâcle de 1972, comme les mieux informés auront remarqué que The O’Jays de 1965 sont devenus en 1972 the o’jays de huff et gamble. Mais dans la discipline des chefs-d’œuvre 1964 du label Goldwax, nous pourrons savourer le style italo-américain, encore loin de rencontrer son destin, la plénitude d’un style que ne travaille pas son démon de la cupidité. Ainsi nous en venons au troisième point, aussi nécessaire que les deux précédents, néanmoins cause du discrédit dans lequel le génie Italo-américain est tombé de nos jours.

            Nous avons posé que la réception expliquait la nature du style Italo-américain, auprès non seulement d’hommes que les expériences ont mûris mais aussi de la famille, ce qui signifie la communauté de buts et d’intentions du style Italo-américain avec le parent obèse de la variété. Puisque le rendement légitime ce genre de production opulente, il devient difficile de ne pas associer les noms fameux de Phil Spector et de Burt Bacharach à la fois aux ravissements Italo-américains et aux mièvreries dont ils ont pu se rendre coupables. La récupération actuelle du style par les pédés progressifs permet d’y voir clair. Le constant souci de ne pas se séparer de l’homme et de ses désirs terrestres, qui a toujours caractérisé l’Italo-américain, trahit une soumission du style à son public ; créer l’esprit plutôt que le saisir dans son libre développement est contraire à la doctrine Italo-américaine, si bien que dans une société intelligente et cultivée, celle de 1964 par exemple, le genre multiplie les réussites tandis que dans une société délétère et HIPPIE comme celle de 1970, la honte s’étale, Carole King se métamorphose en carole king. Evidemment des pôles de résistance apparaissent, tels Bergen White (rencontré il y a quelques mois à Milan, voir Lettre de Lombardie) ou Al Green, mais dans un cas, nous avons affaire à une œuvre anachronique, dans l’autre, il s’agit du point limite d’industrialisation du style Italo-américain à tendance McWellback. Aussi pouvons-nous espérer que le style renaisse à la faveur d’un éveil spirituel des masses, il dépendra d’elles et de leur exigence d’art que l’Italo-américain renoue avec son génie propre.

 

 

 

2. L’Ecriture

 

            Vous l’aurez deviné, l’écriture Italo-américaine tente de concilier deux aspects a priori contradictoires qui sont, d’une part, l’adhésion sentimentale impressioniste et d’autre part, la référence au professionnalisme et à la technique. Pour justifier ce que certains lecteurs percevront comme une aberration, nous insisterons sur le fait que du point de vue Italo-américain, la sentimentalité prouve son authenticité par l’accumulation et la sophistication, ce qui revient à dire qu’on n’honore le sentiment qu’avec force. La nudité émotive, celle des songwriters californiens, est par conséquent un concept imbécile.

            L’emploi des références joue ici un rôle crucial puisqu’écrire comme un Italo-américain, c’est-à-dire comme un Classique sensible, consiste essentiellement à raconter des drames. Mais sans égard pour l’opinion très pédé progressif d’après laquelle l’auditeur d’une chanson ou le spectateur d’un film doit repousser tout effort auctorial de manipulation affective, l’auteur Italo-américain tirera ses effets de manière intrinsèque, par le contenu du récit, et de manière extrinsèque, par l’implication émotionnelle totale. Au fond, le style Italo-américain réfute la théorie de la distanciation. Et pourtant rien ne s’oppose davantage au style Italo-américain que les mignardises de lard von trier ou de ken loch, dont les manipulations présentent le double inconvénient de servir des « idées politiques» et d’ignorer la réserve et la dignité, qui font la grandeur de Frank Capra. Si le concept de manipulation affective est recevable, celui-ci comporte donc des impératifs éthiques et esthétiques : on ne manipule pas pour rien et pas n’importe comment. Il faut placer l’homme devant son humanité et employer pour cela toutes les ressources d’un art du Sublime. Comment appliquer ces considérations à l’écriture d’un article Italo-américain ? Je ne saurais donner de meilleure indication au lecteur que de se référer au programme radiophonique de Jean Pop 2, où l’exercice régulier de la monographie Italo-américaine a acquis ses lettres de noblesse. Là ont été évoqués avec minutie et amour les destins privilégiés de Marvin Gaye, de David Ruffin, de Dennis Wilson et de Roy Orbison. Qu’il soit question de l’un d’entre eux et les séparations entre œuvre et vie deviennent inopérantes, œuvre et vie de l’artiste mais aussi œuvre et vie de l’auditeur, la puissance de l’épanchement et la capacité d’une musique à susciter l’épanchement, voilà les termes d’un discours Italo-américain. Evaluer l’importance de Dennis Wilson, ou bien de The Dovers, comme dans l’expression « Cette fille est une chanson de The Dovers/ Je me sens comme Dennis », consistera donc à en déchiffrer les signes dans la personne de Jean Pop 2, comprendre que certaines images et certains événements ont modelé son cœur, qu’ainsi la logique affective d’un homme peut se fonder sur une poignée de chansons. Pour côtoyer The Great Jean Pop 2, je peux vous affirmer que celui-ci a éclairé le monde sur le génie de Dennis Wilson, grâce à ce que son esprit a retenu comme images et événements parmi la vie de Dennis Wilson, à savoir : la chanson de 1972 « Cuddle Up » et le « Folks » adressé à la foule de Los Angeles en 1983. En mettant en lumière ces deux faits, Jean Pop 2 a fait admettre la validité artistique de l’Instantané Italo-américain, qui renouvelle ou ressuscite le genre sacré de la Pietà. Quoi de plus similaire qu’une représentation de la Vierge qui provoque douleur et pitié et un adieu larmoyant de Dennis Wilson ? Nous retrouvons nos interrogations liminaires sur la nécessité d’une manipulation affective, cette fois nous les complétons par une justification historique.

            Or la religiosité intime à l’Italo-américain ne s’exprime pas dans le secret, ni dans le kitsch contemporain, mais dans la profondeur imaginative du Baroque de la Contre-Réforme. Aussi l’Arrangeur est-il l’architecte principal du style Italo-américain. Par lui adviennent la précision, la richesse et la discipline qui conviennent au genre. N’oubliez jamais de saluer le travail d’équipe dans vos futurs articles : l’Arrangeur, comme Horace Ott dans « You Better Make Up Your Mind » chanté par Brooks O’Dell ou Van McCoy dans le déjà cité « Let It All Out » interprété par The O’Jays. Randall Webb invoquait le Dan de 1976 pour expliquer qu’il fallait s’entourer des meilleurs : sans le savoir, Webb donnait la formule du style Italo-américain, et non du style Psycho-batave. Le formalisme incarne le mauvais démon de cette approche, ne perdez pas de vue que la chanson en tant qu’Idée vaut davantage que les parties qui la composent. La virtuosité instrumentale ne mérite donc pas d’éloge outré, attirez plutôt l’attention sur la manière dont les moyens mis en œuvre servent à la perfection l’Emotion fondamentale, considérez que les talents musicaux sont comme l’hommage dû à la beauté d’une femme brune, hommage forcément intense mais à la mesure de son objet. N’admettez rien dans cet hommage que le temps n’ait pas consacré, la Beauté prisée par l’Italo-américain possède des attributs fixes et intangibles et correspond à un idéal universel et intemporel, alors ne faites pas le malin en trouvant beau ce qui prétend insulter la Beauté, ne soyez pas déviant comme lou ride.

 

 

 

3. Travaux Pratiques

 

Exercice 1

Laquelle de ces propositions, tenue par Sred Sweign, dénote un mood Italo-américain ?

 

a) “ The Night” commence par la solitude du danseur et se termine par le réconfort d’une femme brune, en quoi la séduction précaire du night-club se trouve résumée.

b) “The Night”… Peut-être s’agit-il d’un tournant ou d’une Fin. Je perçois nettement l’irrépressible.

c) « The Night » ressort sous la forme de la variété grand public ce que les Tempts ont accompli en plus sexuel.

d) « The Night » ? 1972 ? Du glam ?

 

 

Exercice 2

Complétez cette proposition par une référence Italo-américaine.

 

Perdre après avoir aimé ou s’efforcer de ne pas s’exposer à la perte en n’aimant point a été le dilemme de …

 

 

Exercice 3

Racontez sur le mode subjectif, en 5 lignes maximum, votre découverte de James Carr, en laissant percer votre fascination pour le son des disques Goldwax.

 

Exercice 4

Expliquez pourquoi l’amour ne sera plus vécu sur le même mode qu’avant depuis la séparation de The Young Rascals. Considérez la Beauté abstraitement et dans son éternité.

 

Exercice 5

Sur le groupe ou chanteur de votre choix, composez votre article Italo-américain !

 

 

 

 

VOTRE MANQUE D’ENTHOUSIASME DEVANT LA QUALITE ET LE SERIEUX DE NOS RECHERCHES MERITE BIEN UNE BORDEE D’INJURES :

 

Tas de Squares ! Sales Hippies ! Acteurs de théâtre ! Tiers-mondistes ! Germanophiles ! Mangeurs de drogues ! Peintres homosexuels modernes !  Bouchers Obèses de Terroir !

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