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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 18:29

Pour qui n’y a jamais posé les pieds, il semble presque impossible d’imaginer New York éclairée par le soleil. C’est la nuit que s’y propagent les sirènes perdues et les huées de néons que nous désirons y trouver. Et c’est toutes les nuances nocturnes qui s’y logent alors : la lune balafrée des hommes aux doigts d’or, celle percluse de rouille qui éternue la suie nous séparant de l’aube, la nuit enfin des capes ocres qui s’évanouissent derrière des immeubles trop blêmes.

La cape est celle qu’aime à s’entourer Giles Strange. Derrière cette onomastique de serial de gare se tient un des trois faux frères des Strangeloves (les deux autres se prénommant Miles et Niles), cette fabulation de trois petits moguls New-Yorkais gentiment visionnaires. « Watch the people dance » contient autant de bagarres, rebondissements et mâchoires menacantes que les comics de leur enfance. La musique de Giles Strange, si elle est toute empreinte de la classe urbaine des voisins du Queens The Denims, si elle est exécutée avec la même rigidité féline qui feint de déborder toutes les quatre mesures, possède quand même un mystère sur lequel il est malaisé de mettre un visage : proche des furies baroques des Easybeats ou des machines de guerre maniaquement calibrées de Sean Bonniwell, elle ajoute au sublime dédain du précédent, qui s’inscrivait déjà au-delà du sentiment, une nouvelle couche de peinture nuit scintillante qui en renforce l’opacité et le glamour crapuleux.

Ainsi, hanté par ces guitares louves, on imagine volontiers Giles Strange tel James Caan à la fin du « Gambler » de Karel Reisz, à l'orée de la nuit, face au miroir d’un hôtel jaunasse, admirant intensément la plaie vive qui lézarde son visage avec fierté, horreur et soulagement.

 

James-Caan---The-Gambler.jpg

 

Giles Strange - Watch the people dance

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