Mercredi 23 août 2006
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Nos amis Vieux-Loups qui souvent sont en réalité nos tendres pères font consister le sel de leur manière dans le riff. Et le riff suscite la possibilité d’une généalogie, à l’image du « riff » kinksien 1964. Certains rythmes jouirent de la même fécondité, ainsi le Diddley Beat, épuré néanmoins des glorieux maracas de Jerome Green. Le son des guitares byrdsiennes se retrouve à chaque angle de la discothèque de DJ Demetrius Jackson. Afin de satisfaire une production intensive, le triumvirat HDH lia sa portée par une commune ligne mélodique, tout juste modulée pour éviter l’accusation d’auto-plagiat. Enfin, en deçà de l’emprunt mélodique, plus dissimulable et exigeant un grand savoir-faire, la duplication de suites d’accords nous intéresse ici, attendu que cette duplication n’entraîne pratiquement jamais une répétition de la mélodie initiale. Personne n’ignore la suite d’accords qui tapisse les très grosses balades internationales humanitaires : do-sol-la mineur-fa. Ni celle qui vêt à la fois les torch-songs des années 1950 et plus tard de la Deep Soul, aujourd’hui déconsidérée : do-mi-fa-fa mineur, et variation courante, sol dièse au lieu de fa mineur. Il est une suite, très oubliée, pour laquelle j’affiche une certaine préférence, et dont la sphère d’usage se limite peu ou prou à la Soul du Nord : elle consiste à s’appuyer sur une note de basse immuable et à enchaîner les accords de mi-sol-la ; l’ajout d’un do, ou plus vicieusement, d’un la mineur 7 est une pratique régulière. Cette suite tient son pouvoir particulier de la note unique de basse, jouée en continu, si bien qu’immanquablement, et peu importe ce que nous hurle le chanteur, les deux mêmes sentiments d’héroïsme et de menace (dirigée contre l’interprète lui-même) emplissent notre esprit. Leur co-présence annule les effets gênants que l’un d’eux pourrait avoir s’il était livré à lui-même, et l’on sait que l’héroïsme pur, c’est The Iron Maiden [1]. M’accuserait-on de me repaître d’un paradoxe typiquement Pédé Progressif que je rétorquerais qu’un héroïsme poussé en ses termes, bien au-delà de sa pureté, dans son essence-même, doit s’inquiéter de son propre mouvement et s’effrayer de sa propre combustion. La suite d’accords héroïco-menaçante est d’abord illustrée par « (I Know) I’m Losing You » de The Temptations. Elle s’espace de plages d’imminence, sinistres à souhait, dans « Lonely For You Baby » de Sam Dees. Elle vibre d’un chœur de prêtresses vaudou et d’une basse « massive » dans « Ain’t No Danger » de Clifford Curry. On l’entend toujours, mais quelque peu policée et diminuée, dans « My Love Is Getting Stronger » de Cliff Nobles, et dans le refrain de « Testify » de Johnnie Taylor qui sacrifie cependant l’immuabilité de la note de basse. La brutalité originaire du geste était donc déjà un souvenir dès 1969. Ce souvenir vaut toujours mieux que le néant actuel, qui démontre assez la pleutrerie de ses musiciens.
[1] Maiden était au top en 1983.
Par M. Poire
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Publié dans : Essais épars
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