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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 18:26
            Nos amis Vieux-Loups qui souvent sont en réalité nos tendres pères font consister le sel de leur manière dans le riff. Et le  riff  suscite la possibilité d’une généalogie, à l’image du « riff » kinksien 1964. Certains rythmes jouirent de la même fécondité, ainsi le Diddley Beat, épuré néanmoins des glorieux maracas de Jerome Green. Le son des guitares byrdsiennes se retrouve à chaque angle de la discothèque de DJ Demetrius Jackson. Afin de satisfaire une production intensive, le triumvirat HDH lia sa portée par une commune ligne mélodique, tout juste modulée pour éviter l’accusation d’auto-plagiat. Enfin, en deçà de l’emprunt mélodique, plus dissimulable et exigeant un grand savoir-faire, la duplication de suites d’accords nous intéresse ici, attendu que cette duplication n’entraîne pratiquement jamais une répétition de la mélodie initiale. Personne n’ignore la suite d’accords qui tapisse les très grosses balades internationales humanitaires : do-sol-la mineur-fa. Ni celle qui vêt à la fois les torch-songs des années 1950 et plus tard de la Deep Soul, aujourd’hui déconsidérée : do-mi-fa-fa mineur, et variation courante, sol dièse au lieu de fa mineur. Il est une suite, très oubliée, pour laquelle j’affiche une certaine préférence, et dont la sphère d’usage se limite peu ou prou à la Soul du Nord : elle consiste à s’appuyer sur une note de basse immuable et à enchaîner les accords de mi-sol-la ; l’ajout d’un do, ou plus vicieusement, d’un la mineur 7 est une pratique régulière. Cette suite tient son pouvoir particulier de la note unique de basse, jouée en continu, si bien qu’immanquablement, et peu importe ce que nous hurle le chanteur, les deux mêmes sentiments d’héroïsme et de menace (dirigée contre l’interprète lui-même) emplissent notre esprit. Leur co-présence annule les effets gênants que l’un d’eux pourrait avoir s’il était livré à lui-même, et l’on sait que l’héroïsme pur, c’est The Iron Maiden [1]. M’accuserait-on de me repaître d’un paradoxe typiquement Pédé Progressif que je rétorquerais qu’un héroïsme poussé en ses termes, bien au-delà de sa pureté, dans son essence-même, doit s’inquiéter de son propre mouvement et s’effrayer de sa propre combustion. La suite d’accords héroïco-menaçante est  d’abord illustrée par « (I Know) I’m Losing You » de The Temptations. Elle s’espace de plages d’imminence, sinistres à souhait, dans « Lonely For You Baby » de Sam Dees.  Elle vibre d’un chœur de prêtresses vaudou et d’une basse « massive » dans « Ain’t No Danger » de Clifford Curry. On l’entend toujours, mais quelque peu policée et diminuée, dans « My Love Is Getting Stronger » de Cliff Nobles, et dans le refrain de « Testify » de Johnnie Taylor qui sacrifie cependant l’immuabilité de la note de basse. La brutalité originaire du geste était donc déjà un souvenir dès 1969. Ce souvenir vaut toujours mieux que le néant actuel, qui démontre assez la pleutrerie de ses musiciens.
 
 
 
 
 
 
 


[1] Maiden était au top en 1983.

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Published by M. Poire - dans Essais épars
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commentaires

Jeanpop2 26/08/2006 13:32

Révérend, ne soyez pas animé par des intentions haineuses.
Ecoutez plutôt le récit du rêve que je viens de faire : Je marchais dans la rue, en direction d'une grande braderie, quand l'envie me vint de me dupliquer. Je me cachais donc derrière une poubelle, me dédoublais, et pour éviter le ridicule, je décidais de changer certains attributs de mon doppelgänger, afin que nous ne soyons pas grotesquement identiques. Ainsi, je l'affublais d'une veste en cuir, d'un pantalon rose (que je ne porte qu'une fois par an), et je le rendais chauve. Au comble de la perversité, je lui octroyais même des oreilles de lapin. C'était le coup de trop : mon double s'enfuit en courant, pénétra dans le marché et se mit à pathétiquement haranguer la foule sur la nécessité d'accepter les gens différents.
Que cela vous serve de leçon. Ne vous moquez jamais des gens qui ont des oreilles de lapin.
Ceci dit, d'accord pour le whisky, mais j'ignore ce qu'est du "saucisson".
Et vous avez certainement raison pour le renversement des Charts. Sachez qu'en atttendant ce miracle, deux titres des Greeks sont disponible sur le CD du présent numéro de Misty Lane.

Rev Frost 26/08/2006 10:30

Merci Messieurs de m'avoir éclairé .
Je propose cependant la création d'ateliers (une fois par mois environ) , basés sur la destruction systématique de chaque cd de Chimène Badi (ou par exemple, les recycler en cendriers, frisbees, oreilles de Mickey, etc...).
Bien évidemment, Whisky et saucisson au menu.
Cordialement,
Révérend Fröstenstein.
Ps: Je prédis un changement radical des Charts pour 2007 : The Greeks et Rev Frost en tête des ventes.

Poire 25/08/2006 13:16

Chimène Badi ne perpétue évidemment pas le riff Kinks 1964, pas plus qu'elle ne module le hoquet de Buddy Holly. Cette très grosse fille incline plutôt vers la duplication de suites d'accords au sein de son propre répertoire, ce qui, vous en conviendrez, est tout bonnement stupéfiant. Nous retrouvons en elle un écho de la vieille méthode HDH, et bientôt, à l'image de ses pères, elle chantera la même mélodie à l'envi : "same old song". Du reste, Révérend, Chimène Badi vend mille fois plus de disques que, disons... The Greeks : sa réussite est indéniable.

Jeanpop2 24/08/2006 20:47

Bonjour Révérend.
Je ne connais pas Chimène Badi, mais son nom m'évoque les nouvelles de Stevenson. En est-elle digne ?
Sinon l'article est écrit par Jean-Pierre-Paul Poire, il sera plus apte que moi à répondre à vos questions techniques, puisqu'il vient d'ouvrir un magasin de guitares, "Médiator-tue". 

Raie Vérant 24/08/2006 15:42

Après avoir lu et relu le superbe texte ci-dessus, une question me hante :  Est-ce que le riff s'applique aussi à Chimène Badi?
Cordialement,
Un Réverend qui vous veut du bien.