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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 19:18

Dans les registres étendus du Psycho-Batave Tendre, a fortiori du Psycho-Batave Lavette, et pour une part considérable, de l’Italo-Américain et du Pédé Progressif, The Beatles, dès leur surgissement en Amérique, en janvier 1964, ont exercé l’influence la plus écrasante et la plus saine. Il n’est pas excessif de souligner que bien des formations parmi les plus subtiles de la période 1964/1967, ont désiré être The Beatles. Il n’est pas question ici de démontrer une énième fois la valeur du groupe, simplement de constater qu’il est une référence, au moins aussi invoquée que The Byrds ou bien The Rolling Stones. Certes, l’Amérique n’a pas attendu The Beatles pour devenir la terre du Psycho-Batave ; en témoignent le Northwest Sound et la Northern Country Scene. Quelque chose du Vieux-Loup a néanmoins trépassé avec l’apparition de The Beatles, et ce trépas, qu’on peut déplorer, est toutefois la condition de possibilité de variétés plus pures du Psycho-Batave : le Psycho-Batave Sublime et le Psycho-Batave Batave, ainsi que de mixtes fragiles : les susnommés Psycho-Batave Tendre, et son coreligionnaire Psycho-Batave Lavette.

Or, paradoxe de la monomanie ou bien glissement vers une forme d’exclusion typique du Pédé Progressif, The Beatles sont à peu près méprisés, raillés et souillés par une très grande partie des connaisseurs de la musique Psycho-Batave. On peut invoquer des raisons aussi diverses que : l’opposition journalistique entre le « wock » et la « pop », la sensiblerie de Paulo, Ringo Starr ne joue pas comme le batteur de the cream, la prétention du groupe de studio, le manque de drogues, les concerts ne sont pas aussi incendiaires que ceux de the who, Paul McCartney est une tantouze, ça manque de riffs d’enfer, mais où est le feeling du « blues » ?, c’est du formatage radiophonique, ils étaient meilleurs à Hambourg, Paul McCartney n’a pas de couilles, etc. L’attachement à The Beatles signifie bien pour la majorité une faillite dans le jugement ; il porte la griffe de l’inauthenticité. Même The Beach Boys, qui appellent sans trop de difficultés les qualificatifs les plus fâcheux, se trouvent à présent épargnés, grâce, en premier lieu au zèle des Pédés progressifs qui, au prix d’une réduction du groupe au seul Brian Wilson, ont imposé la légende très romantique d’un créateur tourmenté, et se repaissent inlassablement du faux contraste entre l’art de Brian et la futilité des autres, en second lieu, plus tacitement, grâce au prestige iconographique de l’Amérique surf d’avant 1964 qui séduit les fétichistes, parmi lesquels les plus sympathiques Vieux Loups (il faudrait cependant déterminer le degré de réelle estime qu’ils portent au groupe ; il n’est pas sûr qu’en France, tout cela ne s’explique au fond que par l’épaisse dérision dont nous pouvons faire preuve, hélas). The Beatles ne jouissent pas de pareille compensation.

Comparons avec le docteur Freud. Il y a un discours de spécialistes, un discours académique qui reprend le premier à son compte, et un discours diffus qui rassemble des gens cultivés et des gens qui s’estiment tels. Ce dernier discours, bien évidemment, se conçoit par haine farouche du second, qui vaut mieux toutefois puisqu’il imite le premier et meilleur de ces trois discours. Ce discours, le troisième, eut d’illustres défenseurs, dont Vladimir Nabokov. En substance, il consiste à traiter Freud de « charlatan viennois ». Nabokov pensait par ailleurs que William Faulkner n’était qu’un « chroniqueur à deux sous ». Peu importe. La désinvolture critique est excusable chez certains. Néanmoins, l’image du charlatan viennois nous est restée, et, avec elle, des synthèses imprécises, erronées, stupides : insistance sur le rôle de la sexualité, récriminations contre les déterminismes de nature psychologique, ricanements à l’encontre du rêve. Freud, pour ceux qui l’ont pratiqué, est un continent, mais interrogez ceux qui le considèrent comme un aimable primitif, ils vous brandiront l’une de ces trois synthèses. Ou bien ils feront leur malin en vous parlant de Carl Jung, censé représenter le fils rebelle. Bien sûr que Carl Jung est un génie. Ses véritables lecteurs savent que ses hommages à Freud ne sont pas dictés par l’intimidation, et qu’après tout, pour inventer le concept d’Inconscient collectif, il faut valider le concept d’Inconscient. Je crains qu’au fond, ils ne pensent rien de Freud ni de Jung, mais qu’il leur apparaît nécessaire d’égratigner le premier et d’encenser le second. Voilà ce qui nous intrigue, et qui nous permet de renouer avec notre problème initial : la détestation de The Beatles par ceux qui ont toutes les raisons de les chérir.

                                    

Freud et The Beatles, chacun dans son domaine d’expression, inaugurent quelque chose, et, si l’on souhaite exister auprès de ce quelque chose, ou bien dans sa périphérie (la psychologie ou bien les sciences humaines, pour la psychanalyse), il se révèle déterminant de se positionner par rapport aux fondateurs. Ce positionnement, dans les deux exemples, est affublé d’un coefficient très négatif, si tant est qu’on revendique pour soi une liberté critique qui fait toujours défaut aux autres. Les autres sont toujours soustraits à notre regard. Le meurtre symbolique du Père, voilà le cliché psychologique que votre note, Poire, ressert sans vergogne. Non. Ce sont les conséquences de ce premier meurtre qui me passionnent. Que je résumerais ainsi : il n’y a rien à opposer à un Père si ce n’est un autre Père, étant entendu qu’une figure excède toujours son représentant accidentel. Les Pères les plus intimidants et qui se révèlent les plus forts sont donc brutalement assassinés. Puisque nous traitons la notion pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une figure, on peut légitimement raffiner au point de considérer comme un Père toute forme esthétique dominante. Or on domine de plusieurs manières, certaines écoeurantes, laides, malhonnêtes, fausses et autoritaires, d’autres qui se réclament de la Beauté et de la Vérité. The Beatles dominent dans les registres énoncés plus haut, registres qui s’ajustent historiquement à d’autres registres, et leur règne fut tel que ceux qui excellèrent dans ces registres connexes en souffrirent.

Du point de vue d’un Vieux-Loup conscient de ses propres conceptions, l’attitude la plus honnête qu’on puisse observer est l’indifférence. Une révolte anti-Beatles pour celui qui se pique de Psycho-Batave est parfaitement déplacée. Les Psycho-Bataves du monde entier, qui pèchent sans doute par excès de réflexion, communiquent très mal ce qui les anime. Les années 1963/1967, pour l’essentiel, ont été confisquées par les Vieux-Loups, dans le meilleur des cas par quelques Psycho-Bataves A Crocs éclairés, mais hélas très soucieux de mettre à distance les autres familles du Psycho-Batave. Ainsi, le superbe corpus Psycho-Batave Lavette, ou Tendre, ne possède pas à proprement parler de chantre critique. Tim Warren considère peut-être avec amour certaines formations Lavette et Tendre de Nouvelle-Angleterre, son discours laisse entrevoir sa fascination pour le raté, l’anomalie et la maladresse, qui sont certes les voies d’accès au Lavette, mais dont on doit dénoncer le risque principal : verser dans l’amusement, la dérision. Rien ne le prépare à envisager le Psycho-Batave Lavette sous la forme d’une combinaison esthétique sinon inspirée par The Beatles, du moins rendue concevable par eux. Comprenons-nous : si un Vieux-Loup s’entiche de Psycho-Batave Lavette et Tendre, la logique exige qu’il surmonte son aversion pour The Beatles, ou bien son intérêt sera justifié d’une bien pauvre manière, ramené à un goût futile pour ce qui, de son point de vue, est une variété d’ineptie rigolote des années 1963/1967.

Au sein du Psycho-Batave, des Pères très secondaires, et pas du tout menacés d’ailleurs, méritent qu’on les abatte. Je veux parler de Pères liés malheureusement à l’Histoire du Psycho-Batave, liés par ceux qui, en dépit d’une vaste culture Psycho-Batave, continuent de les invoquer, alors qu’ils marquent plus sûrement l’entrée dans une autre époque. Bien des formations de l’immédiat après-1966 entretiennent le trouble, et bénéficient encore de nos jours de notre aveuglement critique. Certains révèrent en elles le Vieux-Loup ou le Psycho-Batave, mais ces formations relèvent en vérité d’une espèce très sournoise du Pédé Progressif. L’avènement du Pédé Progressif dès l’été 1967 revêt un caractère si colossal, qu’il dut être difficile pour un groupe faisant preuve de bonne volonté, et sans doute seulement de bonne volonté, de commettre autre chose que de la musique Pédé Progressif. Et il arriva ce qui arrive toujours quand un Evénement spirituel se produit : les formes de rébellion étaient déjà comprises à l’intérieur de ce qui les provoquait, et le Pédé progressif engendra ainsi une pseudo-contestation encore plus lamentable que ce qu’elle contestait, et qui appelle, avec le recul, le nom-même que cette contestation réprouvait. Les Vieux-Loups portent leur croix. L’un des noms les plus respectés par eux est une forfaiture Pédé progressif, qui n’en a pas la musique, peut-être, mais en traduit exactement l’esprit. Et bien sûr, les Psycho-Bataves doivent se débattre avec un cas tout aussi inextricable, quoique le retour au giron Pédé progressif soit, dans ce cas précis, il est vrai, plus apparent. Nous avons évoqué le sujet à plusieurs reprises. Ce groupe affreux symbolise le théâtre de rue et la RFA. Le Dan disait de lui que ses musiciens n’étaient pas du tout compétents.

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