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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 22:00

"Je pense que le soleil californien lui a rompu les cordes vocales"

Q. : A votre retour au pays, vous épousez une femme d'Asie, à laquelle, semble-t-il, vous étiez redevable de quelque chose.

Jean Pop 2 : Ecoutez, nous avons tous commis des fautes qu'il faut un jour réparer.

Q. : Avez-vous enfreint certains codes sociaux, insulté certains potentats locaux ?

Jean Pop 2 : Ces messieurs négligeaient leurs femmes et leurs filles. Je les ai protégées du mieux que j'ai pu.

Q. : Cette attitude était-elle commandée par les circonstances extrêmes de la guerre ou bien obéissiez-vous à votre nature intime ?

Jean Pop 2 : Peter, je me suis toujours donné comme règle d'agir aussi dignement que dans un western de Sam Peckinpah.

Q. : En tant que vétéran, vous vous êtes battus pour réintégrer le cours normal de la vie. Dans votre cas, il est notoire que vous avez mené divers types d'activité, plus ou moins lucratives, plus ou moins légales. Pouvons-nous en parler ?

Jean Pop 2 : Je crois, Peter, que vous avez besoin de vous faire pomper le dard. Je vais néanmoins répondre à votre question. Quand je suis revenu en Californie en 1969, je me suis installé à Santa Barbara où j'ai fait la connaissance de Tim Granada, jeune  hispanique dangereux, avec qui j'ai monté plusieurs commerces. Nous avons prospéré jusqu'en 1971, date à laquelle il est allé rejoindre les Khmers Rouges première mouture, dernière formation à pratiquer le style Psycho-batave tendre.

Q. : Votre femme était-elle mêlée à vos activités ?

Jean Pop 2 : Laquelle ?

Q. : Mae Pi, que vous avez ramenée du Vietnam.

Mae Pi en 1967 

Jean Pop 2 : J'ai placé Mae Pi dans un institut pour adultes sourds et muets deux semaines après notre mariage.

Q. : Vous l'avez laissée dans un institut ?

Jean Pop 2 : Oui, je pense que le soleil californien lui a rompu les cordes vocales. Quoi qu'il en soit, le plus étrange dans l'affaire est qu'elle fut retrouvée morte dans l'atelier de confection dans lequel on l'employait à l'institut. Le menton cousu à la poitrine. Sans doute un accident .

Q. : Ou un crime rituel ?

Jean Pop 2 : Je crois, Peter, que vous regardez trop de films.

Q. : L'univers du cinéma ne vous est pas étranger. A cette époque, vous multipliez les apparitions dans des films relevant de genres aussi distincts que la comédie sentimentale et le thriller horrifique. 

Jean Pop 2 : En effet, j'étais très convoité par les studios pour ma voix cuivrée et ma démarche altière. Et même si on me cantonnait à des seconds rôles, vous aurez remarqué que je faisais de l'ombre aux plus grandes vedettes. Mais j'ai surtout officié dans un sous genre dont on ne parle plus guère de nos jours, le film de tapir.

Q. : Qui produisait ces films, quels studios ? Quels étaient les sujets de ces films ?

Jean Pop 2 : C'est un genre dérivé du film de cannibal et du western de vengeance. Une bande de tapirs très remontés s'infiltre dans une maison close et y dévore des prostituées. Un justicier, dont la famille a été décimée par les tapirs, arrive et les éxécute un par un en suivant pour chacun une méthode singulière. Le film se termine en général par un banquet au cours duquel les tapirs sont dégustés. Ces films étaient une spécialité de la Nouvelle-Zélande, plusieurs d'entre eux ont été des succès au box-office et suscitent encore un culte vivace, je pense en particulier à Massacre Tapir Party, Tapir Emergency At Whorehouse 13, Tapir Twist A Go-go, qui était une comédie pour les teenagers. Mais le chef d'oeuvre du genre reste The Tapir Side Of Man, une incursion troublante dans la part animale de la psyché humaine.

Q. : Le genre concurrent, dans ces années-là, était le film de cave. On y voyait des couples âgés se réunissant autour d'un barbecue, le souvenir d'un fils disparu à la guerre plane au-dessus des conversations, le rire se fige bientôt dans une douleur muette. Gene Hackman, Meryl Streep furent les stars du film de cave. Rituellement, le premier plan montrait le père descendre à la cave pour y chercher à la fois des bouteilles de vin et le recueillement. Avez-vous pris part à la vogue du film de cave, entre 1972 et 1975 ?

Gene Hackman en compagnie de Marvin Marty, le maître du film de cave

Jean Pop 2 : Le film de cave, à la vérité, m'intéresse à partir de l'année 1976 car on y retrouve soit une violence outrée des affects soit une dimension parodique non moins violente. C'est également ce qui me lie au film de tapir.

Q. : Vous n'avez ainsi pas joué dans le moindre film de cave ?

Jean Pop 2 : Mon jeune âge ne me le permettait pas. Cependant j'ai failli  décrocher le rôle de Dany, le frère psychotique du personnage joué par Meryl Streep dans Sad Was The Wine. Mais John Cazale a été le meilleur, paix à son âme.

Q. : Pourquoi avoir abandonné le cinéma vers 1978 ?

Jean Pop 2 : Les courses de bagnole, mon pote.

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commentaires

Mariah Carey 09/07/2005 20:27

Jeanpop2, je t'aime.