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8 janvier 2005 6 08 /01 /janvier /2005 23:00

                                                                                      

 A Jean pop II, Marquis de Pompadour,

ami et frère de la connaissance

 

   Il est faux de prétendre, comme beaucoup de romanciers l'ont fait, que notre personne se composerait de plusieurs moi. Si nous voulons réinvestir cette notion d'un contenu, nous devons admettre que le moi est l'unité tant contrastée , tant menacée de toutes nos manifestations. L'erreur de Mrs W. et de M. P. consiste à nier la complexité intrinsèque du moi, comme s'il était raisonnable de réduire celui-ci à une seule attitude vitale. Au contraire, le moi est le résultat de conflits, de dissensions qui, loin de le fragmenter, en assurant la vitalité. Cette obstination à vouloir critiquer la notion de moi s'appuie finalement sur une banalité: nous sommes parfois contradictoires, ce que le sens commun a toujours su. Le moi, analytiquement singulier, serait plutôt la réunion de pôles, dont la soul music nous raconte la lutte fratricide.

 

   Il coexiste en chacun de nous, sans que cela nuise à l'intégrité de notre personnalité, un pôle David Ruffin et un pôle Lee Dorsey. Ces pôles recouvrent chacun une pluralité d'attitudes de vie et de pensée, qu'il faudrait bien sûr détailler, mais nous n'en donnerons ici que les articulations, étant entendu que cet article ne sert que de propédeutique à une nouvelle discipline de l'esprit, dont le nom reste à trouver. Avant de décrire le fonctionnement de ces deux pôles, le lecteur aimerat sans doute que chacun d'eux soit présenté pour lui-même.

   Le pôle David Ruffin est le vecteur de toutes nos pulsions mortifères, il est l'expression moderne de l'Instinct de mort. La flamboyance constitue son ressort, nourrissant un comportemment violent, égocentrique et destructeur: véritable force de frappe, pluie de napalm, le pôle David Ruffin est responsable à la fois de nos désastres et de nos éclats tragiques. Il ne s'agit pas pour autant de le condamner, ni d'apprendre à le museler, parce qu'il peut par ailleurs nous procurer une capacité surhumaine de détestation, et c'est par lui que notre sentimentalité s'exacerbe. On remarquera l'ambivalence, difficile à dissiper, de ce pôle, dont le rendement, chaotique le plus souvent, peut parfois s'avérer immense.

   Le pôle Lee Dorsey nourrit, quant à lui, notre pouvoir d'amabilité et de contentement. Il est une célébration innocente et joyeuse des bienfaits de la vie, un "sourire" d'après Allen Toussaint. Elégance, décontraction et familiarité lui sont dues. Ce pôle explique l'aisance, la confiance, avec lesquelles nous accomplissons nos actions. Si, à la différence du Pôle David Ruffin, le pôle Lee Dorsey ne nous entraîne pas sur les cimes de l'humanité, au moins ce dernier nous confère un équilibre et un sens de la bonté, absents du précédent.

   Le lecteur perspicace aura compris qu'aucun de ces deux pôles, et même dans leurs échanges, ne saurait justifier la création. C'est qu'il manque à notre description la notion de fluide Sly Stone. Le fluide Sly Stone circule entre les pôles et de cette circulation naît l'énergie de la création. Il est une sollicitation permanente de la force des pôles David Ruffin et Lee Dorsey. Quand le fluide parvient à stabiliser son rythme, dans une économie idéale de forces polaires, il peut donner lieu aux plus magnifiques créations, dont le parangon est justement Sly Stone. Seulement, il arrive que le fluide Sly Stone s'investisse tout entier dans un pôle particulier, dans lequel il ne peut de toute façon demeurer à loisir, et nous observons, alors que telle attitude vitale, impossible à tenir dans la réalité parce que trop éprouvante, prend miraculeusement forme. D'où l'existence du type Marvin Gaye, investissement total du fluide Sly Stone dans le pôle David Ruffin, et le type Curtis Mayfield, investissement total du fluide Sly Stone dans le pôle Lee Dorsey. Les irrégularités de la circulation fluidique permettent aussi bien d'autres genres de création, qui donneront lieu à des cas, tel le cas Betty Harris, le cas James Carr ou bien le cas Bobby Freeman, tous remarquables du fait qu'en elles-mêmes, les irrégularités ont atteint à chaque fois des zones privilégiées des deux pôles: il en résulte (qu'on pense au cas Betty Harris) une oeuvre peu cohérente, alliant les registres les plus opposés, mais toujours infaillible dans son excellence. Signalons enfin la possibilité  d'un dysfonctionnement, imputable au fluide Sly Stone lorsque celui-ci n'irrigue plus les pôles David Ruffin et Lee Dorsey mais se dépense lui-même en tant que force de vie. Quand le fluide se prend pour objet, soit la création se vide de tout sens pour aboutir au déchet (dégénérescence Parliament) soit le fluide est suffisamment bouillonant pour susciter une création singulière et fascinante (faculté Andre Williams).

 

   Nous espérons ainsi contribuer à l'essor de la science psychologique, convaincus de son importance pour un projet de paix universelle et aussi de sa nécessité dans la perpétuation de l'espèce humaine.

 

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commentaires

Sred Sweign 28/01/2005 20:15

Mon bien cher deuxième,
 
 
            Vous savez comme j’ai longtemps été homme de voyage et féru des us que je découvrais au cours de mes périples. De ma Finlande couverte de neige où je vous écris, me reviennent quelques agréables heures passées en votre compagnie, pendant lesquelles longtemps vous m’expliquiez le pourquoi du comportement de certains français. Vous souvient-il d’un hiver encore proche pendant lequel vous m’aviez promptement rendu visite dans le petit  appartement que j’avais loué alors, à Blois. Ce soir là nous décidâmes de préparer pour nos retrouvailles un dîner. Je cuisinais, vous serviez à boire tandis que vous m’énonciez certains propos inspirés, voire fiévreux, suite à l’écoute éberluée d’une compilation intitulée Saturday Night Fever sur lequel trônait le visage limpide de Lee Dorsey. Le temps que notre repas libère dans la cocotte les saveurs dont j’avais espéré qu’elles inondent votre bouche, nous sortîmes au hasard des rues. Naturellement nous entrâment en une papeterie. Là, se tenait, c’était un samedi, une foule ordinaire et inanimée, qui scrutait sur les murs de manière désespérée l’emplacement et le titre d’un magazine dont vous m’aviez dit qu’ils avaient l’habitude de le lire, mais dont toute la subtilité avant l’accomplissement de sa lecture, consistait en d’abord le chercher éperdument parmi les autres magazines. Vous m’aviez alors précisé, qu’une ombre étrange régnait sur les rayons de cette papeterie depuis qu’un nouveau propriétaire avait quelque peu modifié les règles de cette coutume. De nombreuses conditions nouvelles et  obscures empêchaient son déroulement le plus simple. Je restais interloqué par vos explications. Du reste je constatais en entrant que les règles semblaient n’avoir pas bougé tant ce spectacle de têtes ahuries se déroulait tel que vous me l’aviez décrit, sous mes yeux. Vous semblâtes ne pas considérer l’intérêt de cette coutume : Très vite, vous extirpâtes le magazine que nous cherchions dans lequel nous voulions revoir le visage de Lee Dorsey sur la pochette du disque Saturday Night Fever, dont un article inaugurait l’immédiate écoute ; la vue de ce visage, nous fit sourire, nous étions émus. C’est alors qu’un petit homme vint se placer derrière nous, interrompant notre plaisir, je vis sa tête passer sur le côté de mon épaule, moustachue et grise, elle avait quelque chose d’un rongeur impertinent et sombre. Sa voix nous mit en garde, et je ne sais plus en quels termes il nous fit comprendre que le magazine que nous tenions entre nos mains ne pouvait être lu. Nous étions pris de court, je lui présentai mes questions. Quel était l’intérêt de cet endroit si nous n’y pouvions ni lire, ni consulter les sommaires de malheureuses pages agrafées. Nous recouvrîmes le visage de Lee Dorsey de la page suivante, reposâmes le magazine, tandis que l’homme au fur et à mesure de mes questions s’évertuait à n’y répondre qu’à demi mots, prétextant que cette façon d’agir avec la marchandise empêchait qu’il puisse payer ses employés. Marchant derrière nous, il nous repoussait jusqu’à la porte tandis que je continuais de poser des questions quant à ses mauvaises façons. Il menaça d’appeler la police, je trouvais honteux qu’il brusque ainsi l’ordre public en nous faisant passer pour des voleurs.
 
            Quelques jours plus tard, j’y retournai afin de contempler à nouveau le visage de Lee Dorsey. L’homme n’était pas là. Je feignais de chercher éperdument le magazine, pour me plier à une coutume dont je cernai mal les gestes. Craintif, je l’extirpai de son rayon, le payai, de retour chez moi, j’en fis la lecture, couvert d’opprobre, pensant que peut-être un des employés n’avait pas reçu son solde en conséquence de mon achat.
 
            Régulièrement, je me suis rendu à cet endroit et régulièrement je me suis buté à ce petit homme, résiduel, qui me répéta la même scène. Ceci de terrible : chaque fois que j’y allai et qu’il n’y était pas, les employés ne semblaient pas interloqués par mon désir et je pouvais à souhait agir à ma guise et en mon temps parmi les pages agrafées, je comprenais du reste la profondeur de cette coutume, dont vous aviez négligé de me préciser le nom : La flânerie que l’homme prohibait tyranniquement.
 
            Je ne peux dissocier aujourd’hui le visage de Lee Dorsey – je l’ai sous les yeux – de celui de La flânerie. Je comprends le regardant à quel point cet homme, le résiduel, ne pouvait tolérer qu’un tel visage pouvait être sur terre, tant il portait sur ses traits les bénéfices du temps volé. L’article de notre collègue Poire, récemment posté sur votre blog a d’ailleurs révélé tout l’espace de ce temps agréable – car volé sans culpabilité aucune (?) – qu’incarne Lee Dorsey. Je ne saurais, suite à sa lecture, que vouloir confirmer, par le biais de cette  apostille biographique la brillante - et détaillée - analyse de Mr Poire. Oui telle fut en ces temps de papeterie, l’excellente énergie que distillait le visage de Lee Dorsey, envers et contre tout, le petit homme était dupé.
 
            Bien à vous cher ami, à bientôt.