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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 20:23

On le souligne tous les jours : 1966 est une année intouchable. Ce n’est pas une année prodigieuse, il n’y eut pas pléthore d’excellents disques, mais il n’en y eut que d’irremplaçables. On ne parle pas de 1966 comme d’un bon millésime, comme le fruit gorgé du hasard qui vient justement s’abattre à nos pieds. Penser 1966 ne provoque pas chez nous réjouissance des papilles, mise en appétit vulgaire. 1966, c’est le centre, les deux pôles réunis. C’est le lieu où les aînés poussifs comme les futurs tenants du mur de la honte bâtissent tout de même leur grande œuvre. Ainsi, nous n’hésitons pas à affirmer que 1966 est l’année la plus réhaussante pour ces icônes vieux loup quelque peu rances à la Elvis Presley ou Jerry Lee Lewis, comme elle est largement pardonnable pour les futurs monuments comiques nommés elton jaune, alice coupeur, david bovie ou rod stewart, et particulièrement les plus intéressants The Eagles.

En 1966, The Eagles ne sont pas encore le monolithe californien adoré/conspué que nous savons (et partant, vrai groupe polémique, bien plus profondément discutable que certaines farces anglaises de 1977) mais hydre en devenir dont les têtes sont encore disséminées à travers le sol américain. Comme le souligne lucidement un des acteurs principaux du groupe, Don Henley, le son californien des années 70 est un effet de mode, puisque ses architectes ne sont pas pour la plupart originaires de Californie et que le mité rêve Californien est créé par ceux-là même qui débarquent ébouriffés dans la ville, à sa recherche. Ce qui nous permet d’interpréter ainsi ce fantasme : on ne naît pas Californien, mais on le devient. Cette manière élective explique la formation de familles spontanées qui font l’histoire de la ville, depuis les fraternities surf, en passant par la family mansonienne pour finir dans la quiétude domestique, cadre de vie laineux de ceux de Laurel Canyon.

                        

Mais penchons-nous sur la généalogie de The Eagles. En 1966, trois formations voient le jour quasi-simultanément, formant un triangle Psycho-Batave parfait : The Mushrooms dans le Michigan, The Maundy Quintet en Floride et The Poor en Californie du sud, fondé sur les cendres des Soul Survivors du Colorado. Au crépuscule des années 60, ce triangle se téléscope sur l’unique Los Angeles, avec l’arrivée en ville de Glenn Frey et Bernie Leadon qui viendront rejoindre Randy Meisner, permettant ainsi la concentration des forces. Ce qui nous frappe, c’est la composante déjà Italo-américaine abâtardie propre à ces trois groupes, avant l’atterrissage sur la côte ouest.

The Mushrooms jouent dans le style le plus géométrique qui soit pour un groupe de peu de 45 tours. On trouve déjà dans leurs cadences le déhanchement Topanga, la sensualité de cowboy qui sera la marque de fabrique de l’ouest 1972, joué ici avec une extraordinaire sécheresse, 1966 oblige. Le groupe possède l’élément rythmique prépondérant propre aux groupes du Michigan mais contrairement à leurs voisins de The Underdogs, qui incarnent la classe urbaine la plus raide, ils y ajoutent un rien de moletonné supplémentaire qui préfigure déjà le mellow tant vanté de The Eagles.

A l’angle sud-est, The Maundy Quintet de Gainesville, Floride, sont les représentants de l’esprit du New-Jersey le plus exquis. l’Italo-américanisme fauché de « 2’s better than 3 » contenant déjà, de manière infiniment plus touchante et étrangement achevée, des éléments eaglesiens tels que les harmonies étendues et implacablement compactes à la fois, le groove pas encore hippie mais élégamment sensuel, à la manière équestre (avant que la métaphore équestre ne deviennent le plus hilarant lieu commun de milliards de groupes à nuques longues inspirés de The Eagles), sans oublier les entrelacements et voletillements de guitare sèche.

                    

Enfin, à la pointe sud-ouest où tous les angles se rejoignent, The Poor jouent en 1966-1967 dans un style proche de celui du gang de séraphins regroupé autour de Curt Boettcher, à la nuance importante qu’ils le font comme des adultes. Ils ne sont pas happés par la construction du palais de sucre qui mènera à l’effondrement de The Millenium, dont le seul Mike Fennelly se relèvera temporairement avec son groupe bubblegum Crabby Appleton. Non, avec The Poor, nous sommes davantage dans la veine, plus pérenne et éclatante de santé, de Buffalo Springfield et du groupe hardcore californien Poco, formation à laquelle il n’est pas fortuit que le rustaud Randy Meisner ait prêté main forte. Poco, déjà The Eagles, mais qui aurait préservé (grâce au subtil Richie Furay) le goût de la composition et l’exigence musicale propre aux années 60, que les seventies et The Eagles transformeront en facilité instrumentale.

 

The Mushrooms - Burned

 

The Maundy Quintet - 2's better than 3

 

The Poor - Come back baby

 

Poco - Make me a smile 

 

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commentaires

Greil Marcus 06/03/2007 13:06

The theory of PB triangle is much fascinating, as one of the most idiomatic songs of the surf genre bears the same design. The Rivieras were a band from Michigan and took their classic "California Sun" from an obscure record by Joe Jones, a black R&B Louisiana singer. As a result, the song turned out to be a West Coast hot rod hymn. Between Florida and Louisiana, let's say it's the common legend of traditionnal South, so that the South/North/West triangle is here again drawned. Congratulations, guys from the Psycho-Batave (what does it mean ?) army.