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9 août 2005 2 09 /08 /août /2005 22:00

Le lecteur n’est pas sans savoir que Jeanpop2 emploie deux ecclésiastiques Polonais, Woycek et Cekwoy, pour ratisser de fond en comble les conventions de disques et participer aux enchères les plus primordiales. Woycek et Cekwoy se trouvaient donc dans la salle des ventes « Basil Goulandris » de Lausanne à l’occasion de la célèbre mise aux enchères « Teenage trauma 66 ». De nombreux collectionneurs au poil sale aboyaient à l’unisson dans cette salle, parmi eux le français Bertrand B. accompagné comme d’habitude de jeunes filles anorexiques à franges laquées. Les enchères allaient bon train et Jeanpop2 donnait ses consignes par téléphone. Cependant, Bertrand B., certainement jaloux de la renommée et du flair de l’éclairé Jeanpop2, surenchérissait systématiquement sur les objets que ce dernier convoitait, jusqu’à les remporter ; ainsi s’appropria-t-il « I am alone » de Bad Manners, « Come to me » de Black And Blues et l’acétate de l’inestimable « Love is tuff » de The Fantastic Dee-Jays, « lui qui n’entend rien au genre suprême du trauma adolescent, pour se consacrer entièrement à la plus niaise sunshine pop. Je m’en vais de ce pas rosser cet impudent vendeur de meubles » proclama Jeanpop2, délaissant alors son œuf d’autruche à la coque pour apprêter l’hélicoptère qui allait l’amener deux heures plus tard sur les lieux du délit. Ainsi parla Jeanpop2 face à l’assistance médusée :

" Messieurs les ours, j’ai fait un long voyage pour punir cet individu qui par tous ses efforts tente d’accéder à la félicité Psycho-batave, mais je vous affirme ceci : ses motivations sont uniquement dictées par la mode. Ainsi ce pantin mondain tente-t-il aujourd’hui de s’approprier le folk-punk dépressif parce que je l’ai remis au goût du jour en dévoilant ses infinies qualités au grand public. Ne lui faites jamais confiance ! Abhorrez-le de toutes vos fibres, car il a sali des pans entiers de l’art en les désinterprétant, de sorte que le monde entier aujourd’hui les mésinterprète !

Oui, cet homme a voulu nous faire croire que l’innocence a pour borne 1969 et non 1966. En d’autres termes, son infantilisme aux allures de sophistication l’incline à attacher le plus grand crédit au genre dit sunshine-pop qu’il ne déchiffre qu’en diagonale. Fort de sa pseudo-science qui n’est que collectionnite de banlieue, Bertrand B. n’a finalement retenu qu’un kitsch diffus et quelques trucs techniques de son accointance avec la musique californienne.

l'aube de The Byrds

En choisissant d’ériger sur un piédestal de liège le genre le moins noble et le plus touristique de cette musique, ce faux aristocrate scandaleusement non oisif jette un voile public sur la branche essentielle que je baptiserais Sunrise pop, et dont les fruits les plus gorgés de sève Pycho-batave sont Bobby Fuller, The Dovers, The Tormentors, The E-Types et bien sûr The Byrds. Ici, pas de candeur feinte, pas de chœurs en arc-en-ciel au-dessus d’un berceau de carton, rien qui distraira le pédé progressif, ce raciste qui fait semblant de s’ignorer tel, rien non plus qui alimentera son fantasme de « musique paradoxale », où la surface guillerette dissimulerait un « torrent noir », comme il se plait à le dire de The Beach Boys, groupe suprême dont il ne connaît qu’un album et demi.

Non, chez tous les groupes précédemment cités, le torrent c’est la chanson, et elle dit ce que souligne la musique, et la chanson est sentiments, c’est-à-dire météorologie et non pantomime. Pas de sourires en l’air, pas de mouvements exaltés ou ironiques des bras, finalement presque pas d’image du tout avec ces groupes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il n’existe aucune photographie de The Dovers, presque pas de The Tormentors ou The E-Types, pas tellement de The Byrds, malgré leur stature historique. Et c’est ce qui sauvera pour toujours ces immenses entités Psycho-bataves, cavaliers de l’Aube immaculée, aussi loin de la mode que John Ford l’est d’Hollywood, c’est-à-dire en plein centre, en rotation perpétuelle. Et c’est au nom de la générosité, monsieur très laid, que je vais maintenant vous enfoncer une cassette de Cheap Trick dans l'oreille."

Ainsi fit Jeanpop2, et il fit vite et bien. Puis il s'en retourna dans sa villa, lui qui est allergique à la poussière.

 

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