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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 07:19

Il existe deux types de déserts : l'un est un exil d'enfance, l'autre est dénué de pancartes publicitaires, parfois même de couleurs.

Celui dépeint par Fargo dans leur étonnant album appartient à la première catégorie. Depuis leur studio de Salt Lake City, le duo électrise un désert de fanfreluche, fardé comme un cowboy flamboyant, où l'on imaginerait volontiers s'agiter et y faire ses tours de revolvers le Kirk Douglas de "Man without a star", infatigable trublion écarquilleur de pupilles. Le désert de Fargo ne l'est finalement pas. Il est intégralement repeuplé par toutes sortes d'attractions qui tendent à l'hétérogène : à partir de références évidentes (le nom du groupe forcément couvert de la poussière des pistes, l'inévitable féérie des guitares Byrdsiennes, les harmonies en pétales pour accompagner la mort du feu) s'accumulent des strates de sophistication Mc Cartneyennes, des réverbérations de parking aérien, des crachins de notes pailletées, toute une atmosphère de friandise bon marché qui loin d'étouffer l'intérêt des morceaux l'anime, l'amplifie, jusqu'au déversement lyrique ininterrompu d'un "Talks we used to have" gonflé d'enthousiasme solaire.

A l'avalanche de motifs chez Fargo répond la rectitude horizontale de New Dawn. Originaire de l'Oregon, désert vert dressé contre l'océan, ce groupe, à l'opposé de la tonitruance du groupe de l'Utah, s'attache à représenter un désert privé de pittoresque, comme le sont les westerns de Monte Hellman au regard de ceux de ses contemporains italiens. Contemporains aussi d'un autre désert, musical, nommé 1970, New Dawn ont la tête de leur musique : élégants, mais tristes, avec quelque chose de dignement terne dans leur mise. Leur musique est réduite à l'essentiel vital, et si parfois un tambourin ou des handclaps sonnent à l'oreille, c'est moins pour suggérer la présence insidieuse du crotale que pour maintenir la chanson d'aplomb, la faire malgré tout poursuivre sa quête vers l'horizon blanc. Car dans ce fascinant désert total, on peut lire en braille un poème sur la solitude et son pic, l'amour. Comme le personnage de "The Shooting" incarné par Warren Oates qui finira par tirer sur son propre double dans les dunes, New Dawn reproduit l'éternelle métaphore de l'amour, ce besoin qu'on a d'être submergé par des vagues qu'on veut d'ailleurs mais qui ne sont que les nôtres.

 

Fargo - Round about a way of describing our situation

Fargo - Talks we used to have

Fargo - Cross with no name

New Dawn - Billy come lately

New Dawn - Last mornin'

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