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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 10:32

            J’entrai dans un patio aux dimensions modestes, pavé de dalles bleues, planté de cerisiers rachitiques, dont les branches étaient brûlées, et que ponctuaient ça et là des statues pourrissantes. Le lieu entier criait son abandon. Mermouch à nouveau raidi et impérieux me signala la présence de quatre formes animées, et il le fit en pointant son index sur une même latitude et à égale distance de son buste. Il y avait Jean-Pierre Paul-Poire, appuyé contre un muret, qui me regardait avec embarras, ne parvenant pas à dissimuler sous son flasque poncho la dégradation de sa silhouette. Puis, s’exerçant à des foulées somptueuses, Sred Sweign, en tricot de corps, bondit sur ma droite. J’aperçus enfin un homme gras et vermeil, qui portait également une tenue de bain, et dont l’activité, molle et ennuyeuse, consistait à agacer quelque chose à l’aide d’un tison. Dans une cage, du genre de celle qu’on réserve aux canaris, un individu minuscule et meurtri se tenait recroquevillé. A force de mauvais traitements, sa peau était devenue translucide et glabre, y compris celle qui lui recouvrait le crâne. Indigné, je hélai, sans résultat, le très vieil enfant qui maniait le tison. Mermouch, cependant, sous l’effet d’un charme probablement, avait adopté des manières détendues et cordiales : Sred Sweign, plus onctueux que jamais, s’était mêlé à notre groupe. Je ne cessai pas tout de suite d’observer l’être malingre dans sa cage et celui qui lui donnait la question ; je savais qu’il s’agissait de Jean Pop 2, et le connaissant pour un « sybarite inquiet », je m’interrogeai sur l’éventuelle déconvenue qui avait pu le mettre dans cet état. Sa personne évoquait une divinité secondaire du panthéon bouddhique, bovine et sacrée, un genre de Bona Dea de l’Orient, très domestique, mais surtout très peu guerrière, et  peu à peu délaissée au profit de figures importées et spectaculaires. J’eus une seconde intuition, qui se rapportait cette fois à notre situation commune, dans ce fort inhospitalier du nord de l’Iran. Les livres regorgent de récits mélancoliques sur les gardes que quelques exilés assurent malgré eux aux confins des Empires. Les peuples ennemis, pouvant surgir aux remparts ou bien échauffer les imaginations en n’apparaissant jamais, ne méritent pas l’intérêt et l’affection que nous portons à ceux qui, civilisés, habitués aux raffinements de la vie urbaine, attachés à la puissante renommée de leur cité, se confrontent à la barbarie. Je songe aux soldats romains qui arpentaient, de fort en fort, le limes. Au contraire de leurs homologues de l’Orient, ils n’étaient pas assurés de rencontrer une civilisation au-delà de la leur. Ils ignoraient et ne pouvaient croire qu’au-dessus de ce limes, il existait des Parthes, qui leur en remontraient en matière d’armée, de négoce et d’arts. Non, ce long mur septentrional ne les gardait pas des rusés Orientaux, mais des anciens Ecossais, ces Pictes vindicatifs qui empestaient la tourbe et le mouton. Même après des siècles, les Ecossais demeurent l’un des peuples les plus terrifiants du monde, fait de bouviers fanatiques et de lords possédés, de taverniers louches et d’idiots criminels, de mineurs dérangés et d’adolescents alcoolisés et violents. Les pasteurs d’Ecosse sont dénués d‘aménité. Dans notre jeunesse, John Ernest et moi avions été sensibles à l’excès au cauchemar de l’Ecosse. D’autant plus qu’enfants, l’Ecosse représentait déjà pour nous une certaine somme de terreurs, liées aux récits de fantômes et de landes. La nature de nos terreurs avait changé, mais l’Ecosse persistait à en être le lieu : elle recelait des peurs pour l’enfant et des peurs pour l’adulte. Trois films, entre 1971 et 1973, avaient renouvelé notre fascination. Le premier, Straw Dogs, témoignait de la sauvagerie de villageois aux dents brunes. Le second, The Offence, exposait la névrose d’un policier anguleux, à l’esprit encombré de visions macabres, et que rien ne peut distraire, ni la nuit de Glasgow, ni ses espaces bétonnés, encore moins sa femme décharnée. Le troisième, The Wicker Man, résultait d’une étonnante synthèse entre paganisme hippie grotesque et aveuglement insulaire, et à l’effroi que suscitait le récit en lui-même se superposait l’effroi de goûter à un mélange typique du Heavy-metal britannique, qui faisait gémir mon ami Randall Webb et s’esclaffer le bon Don Creux. Ce dernier, lorsqu’on lui offrait de déguster une pomme, s’enquérait immanquablement de leur origine et déclinait l’offre si les pommes n’avaient pas été cueillies à Summerisle.

Ces trois œuvres façonnèrent pour nous la moderne horreur de l’Ecosse, et celle-ci ne devait plus rien aux fantômes. « Lewis, on enduit de miel les bords de la coupe lorsque l’enfant est obligé de boire une potion amère. 

-Vous dites ?

-Je dis qu’en prévision de ce que vous allez entendre et voir, vous feriez bien de passer un moment en notre compagnie, qui tâche toujours d’être la meilleure avec nos Phrères.

-Sweign !

-Lewis !

-Je songeai, mon ami, à un pays de ténèbres, que ce fort écrasé de soleil et les solitaires qui le peuplent m’évoquent infailliblement.

-Ah oui, il s’agit du Telemark.

-Non. Le Telemark, vous seul le rêvez comme il faut.

            Mermouch fumait joyeusement, tentait de se représenter les chiffres précis du Telemark, sa population, sa densité, sa géographie physique et l’histoire de ses industries, en plaisanta avec nous puis nous enjoignit de boire un cognac : « Comme trois officiers de Sa Majesté, de retour des Indes dans leur Surrey natal». Nous lui obéîmes. Jean-Pierre Paul-Poire, qui regardait dans notre direction, ne fut pas convié.

 

            Une fois installés autour de notre verre, Mermouch produisit un petit sac qu’il fit rebondir dans sa main. Le contenu émit quelques sons clairs et grinçants, comme des morceaux de craie. On me pria d’ouvrir le sac et je ne tardai pas à comprendre que les fins débris que j’avais sous les yeux étaient un squelette broyé. Je sentis ma bouche se sceller. « C’est tout ce qu’il en reste. Après tant de pérégrinations, et tant de larcins, on ne pouvait pas espérer qu’elle nous soit restituée autrement. Le soir de sa découverte, Jean Pop 2, ravi ou bien dévasté, en croqua quelques morceaux. Je dus mettre à profit un court instant d’inattention pour lui confisquer l’objet. Depuis, Pop consacre ses journées à humilier le voleur, que nous capturâmes au Caire. Celui-ci gisait dans une ruelle où des ruffians l’avaient laissé pour mort après l’avoir, chacun son tour, copieusement étranglé. Tel que vous le voyez, lou ride était néanmoins en meilleure santé avant notre retour au fort. Il y a trois jours, cependant, son corps était tellement amoindri que nous jugeâmes bon de le faire rentrer dans une cage à canaris. Plus besoin de visiter une cellule : désormais, Pop transporte la cage au gré de ses déplacements. Le lendemain, soit deux jours avant votre arrivée, Sred Sweign et Jean-Pierre Paul-Poire firent leur apparition. Mais comme vous l’avez compris, Poire nous est devenu un fardeau. Sitôt ses bagages posés, il s’est délibérément vêtu d’un poncho, a adopté une voix menue et pincée puis s’est fendu de quelques saillies nihilistes, qu’il accompagne d’un rire rauque. Il roule ses cigarettes. Critique le gouvernement des Etats-Unis. Il fait de l’humour sur les faiblesses des créatures, et croit élever le niveau de ses plaisanteries en les débitant sur un ton froid et monocorde. Il prône la déconstruction.

-Ah oui ! La déconstruction.

-Après avoir été le zélateur le plus fameux du Psycho-Batave, notre vieux Poire en est devenu le plus aigre contempteur. Quelle tristesse. Il y a chez cet homme, je le compris à Istanbul, un démon de l’échec et celui-ci ne le laisse pas en paix. Certains naissent avec l’étrange faculté de se toujours représenter leur probable déclin, ce moment où l’aura se dissipe pour de bon, et, de façon incompréhensible, alors que ces projections morbides devraient les aider tout spécialement à conjurer ces malheurs fantasmés, veulent tout ignorer des moyens, pourtant réels et accessibles, d’atteindre leur salut. Ils guettent un miracle ou bien se confient à des manières qu’ils ne maîtrisent que médiocrement. Je suis un vieil homme et je ne rougis pas de ce que j’ai accompli. J’aimerais cependant réconforter Jean-Pierre Paul-Poire.

                                                             Sred Sweign

-C’est aussi et surtout théoriquement que Poire a été dépassé. Vous savez, il existe un nouveau langage du Psycho-Batave, ou plutôt deux nouveaux langages, qui entrent en résonance, et l’un et l’autre ont surgi à l’encontre du langage jadis initié, dont Poire avait été l’un des inspirateurs. On connaît des individus exceptionnels qui, avec une grande cohérence, ont adopté des langages différents, et même antithétiques. Je crains que Poire n’en fasse pas partie : il redoute de faire évoluer, de trahir une matière dont il se sentait maître. Vous observerez que Randall Webb s’est probablement tu pour une raison similaire.

-Et Jean Pop 2 ?

-Jean Pop 2 ? Eh bien, regardez-le.

-Il se porte comme un charme.

-Oui. Il se porte comme un charme. C’est là son art principal.

-Cela force l’admiration.

-Ah oui !

-L’admiration, bel et bien.

-Ces deux langages qui ont maintenant cours, quels sont-ils ?

-D’abord, de la géométrie ; ensuite, un peu de torpeur « hippie ».

- « Hippie » !

-Oui, les deux langages peuvent s’articuler en ce que la géométrie a toujours été le soutien des théologies positives. Les représentations des cieux ou bien les ordres angéliques le prouvent assez. Les cohortes démoniaques aussi bien. Géométrie et arithmétique. Ce que ces deux forces organisatrices contiennent, c’est la poussée du mystique. Le Psycho-Batave a une manie de la quantification, c’est entendu, et il géométrise, oui, il géométrise avec voracité. Nous sentons à présent que ces lignes tracées en tous sens ne le sont que par un souci de faire reculer les ténèbres. Il est admis, je crois, que le divin ne consiste pas dans le désir brut et ses courbes rebelles. L’exactitude, la proportion, la symétrie : c’est le Psycho-Batave et Dieu tout ensemble. Le Dieu de saint Thomas. Et néanmoins, le Psycho-Batave se réclame de la plus haute intensité, et l’on reconnaît assez généralement que celle-ci ne s’obtient qu’à la faveur d’une soudaine et inopinée explosion. Nous défendons au contraire l’idée qu’une explosion continue, mêlée absolument à la structure parfaite, vaut mieux qu’une explosion ponctuelle. Comme un ciel orageux d’Angleterre, jamais zébré d’éclairs. « Psychotic reaction » n’est pas Psycho-Batave, mais « Lorna » l’est, « Drive It » de The Wig l’est, car ils sont aussi fermement charpentés qu’uniment explosifs. Alors cette intensité que nous recherchons se confond avec l’ordre et la rigueur.

-Les « hippies » ?!

-Mais les hippies, Boulter, il ne faut pas désigner des individus par ce terme, Mermouch l’emploie uniquement pour vous échauffer, il sait très bien de quoi il retourne, c’est une intention diabolique.

-Que dois-je entendre alors ?

-Les codes esthétiques et moraux des hippies ont pu être adoptés par certains qui, Psycho-Bataves indiscutables, ont flairé là une bonne manne.

-Vous voulez dire : faire du gain. C’est en effet estimable. Mais si nous nous reportons à ces années 1967/1975, il n’y avait aucune raison de rechercher des succès financiers. En vérité, la recherche du profit est liée et causée par la désaffection du monde pour le Psycho-Batave. C’est une fois que Don Creux et d’autres ont décrété l’échec du Psycho-Batave, après 1975 donc, que la passion pour l’argent se justifie. Les années qui ont passé depuis, dévolues à l’enrichissement, sont comme un enivrement, et pas celui des fêtes. Alors, Sweign, cet opportunisme de certains Psycho-Bataves au début des années 1970, qui ont joué du sitar et filmé des adolescentes hirsutes, constitue bel et bien une trahison.

-Allons, Boulter, quand je parlais d’une bonne manne, je la limitais à l’inspiration, à la définition d’un mood étrange et neuf, sans même songer aux finances, et je n’admire pas l’opportunisme, ni avant ni après 1975.

-Un mood ? Mais, Sweign, tout a été pensé sur le mood, et il n’en est pas une nuance qui ait échappé au jugement de Randall Webb. Dès 1966, le mood a été compris en extension. Il a ensuite disparu parce que l’adolescence authentique a disparu. Il existe même comme une borne, qui est ce film ultime de Delmer Daves, celui qui met en scène le groupe Little T & The Spoons. Voilà. Passé ce film, et le mood et l’adolescence ont cessé d’être des valeurs actives.

-Vous ne voulez donc pas admettre que le moderne Centre d’Etudes Psycho-Bataves ait une compréhension plus profonde du mood, qu’il en ait détecté la présence dans des productions post-1966, et c’est pourtant une vérité établie.

-En effet, je ne l’admets pas et vous me voyez agacé devant votre entêtement à me le faire admettre.

-Et cependant, écoutez-moi. Vivre parmi les hippies, s’imprégner de leurs représentations, ce dut être un drame, un traumatisme qui légitime certains effacements, les retraites des meilleurs d’entre nous. Pour ceux qui imaginèrent de respirer cet air empoisonné et de continuer de vivre malgré tout, leurs efforts ne méritent pas l’opprobre, et je pense même que ceux-là, en ne refusant pas la souillure, ont permis au mood de renaître, sous une forme autre, mais pas assez distincte pour nous empêcher de l’identifier. L’idée nous a frappés à la découverte de « Times Gone By » de ce que je suppose être un duo de songwriters, Brym et Stonz, autrement dit : Brym-Stonz Ltd. La progression d’accords obéit idéalement à l’esthétique de l’Orgue du Fantôme. De fait, je parle d’une chanson que vos études personnelles vous ont amené à connaître, et si tel n’est pas le cas, alors je peux excuser votre incapacité, Boulter, à donner du mood une définition supérieure à celle proposée par Randall Webb. Car cette mélodie de basse et ces harmonies éthérées de la voix, sont très caractéristiques de l’année 1967, de son tiers automnal. Par là, nous frayons déjà avec les hippies. Seraient-ils autre chose ? Peut-être de timides Psycho-Bataves ? Leurs fiancées, de riches Californiennes étudiantes à Berkeley ? Leurs comparses, arboraient-ils une fine moustache latino, une veste de l’Armée du Salut ? Enfin, il fallait nouer des amitiés et faire le sexe. Et puis, nous ne méprisons pas Arthur Lee ni les Byrds pour s’être commis en hippies, quand nous savons combien âpres et vénaux ceux-là pouvaient se montrer, et surtout combien cela n’entama pas, au moins pendant une année, leur pouvoir créatif. Ce mood intriguant qui baigne le fabuleux « Times Gone By », nous le définissons ainsi comme l’intuition vaporeuse de la mort. Avant cela, le mood, c’était une fêlure toute personnelle, le désastre intime de l’abandon, qui ne trouve pas la force, comme dans les productions Italo-Américaines, de se mettre en scène avec éclat et somptuosité. Ce désastre ne veut pas être surmonté, au contraire il persévère en lui-même, et devient un jour terne. Pareil classicisme du mood est celui de The Mauve : « You’ve Got Me Cryin’ », celui de The Plagues : « To Wander », celui de The Vendors : « My Rose-Ann ». Brym-Stonz initient un mood qui ne se limite plus à la sphère privée, celui-ci naît d’autre chose qu’une affaire sentimentale, il naît de l’existence, du fait d’être lui-même, du problème central qui est le temps, à qui une bonne partie de la poésie mondiale est justement consacrée. Il ne s’agit pas d’un temps marqué d’épisodes, doué d’un sens, un temps qui se diviserait en heures fastes et heures malheureuses. C’est le temps pur, sa majesté, et le corps qui s’y épuise, le mystère d’un temps plus vaste qu’aucune perception. Quand l’homme veut se saisir dans la tourmente du temps, les sonorités douceâtres et les rythmes élastiques de la musique des hippies le lui permettent. Je mentionne également « Love Is Like » de Strange Fate, dont la combinaison basse-célesta forme un arrangement très hippie. Ce terrible continuum que je tiens pour l’expression seconde, post-1966, du mood, nous la trouvons à l’état brut dans « Once There Was A Girl » de Blue Condition. Et cette fois, la section rythmique épouse sans nuance, avec conviction, les canons du groove de hippie : un rebond sans grâce et néanmoins happant. Voyez : « Condition », « Fate », on ne recule pas devant la métaphysique. Je pourrais parler d’un mood métaphysique, si je ne craignais pas d’être taxé d’individu pompeux. Mais, Boulter, il ne suffisait pas de créer une musique pour un mood nouveau. C’est l’incursion-même de certains dans le territoire hippie, et ce qu’ils y firent de peu avouable, qui nous subjugue. Je veux dire qu’il existe une mélancolie très particulière, très moody, dans le destin de quelques hommes, issus du Psycho-Batave, projetés dans le maelström hippie. Leur expérience nous frappe comme l’exemple-même d’une désolation Psycho-Batave, un laisser-aller violent et grotesque. Marvin Marty a ainsi tourné son « Wine Killing ! » sous l’empire d’un tel sentiment. Mais avant lui, il y eut Roman Polanski et « What ? » en 1971. Seule une désolation Psycho-Batave peut engendrer un aussi trouble assemblage que celui réunissant l’érotomanie, la villa de Carlo Ponti, des vedettes complaisantes européennes, des parties de ping-pong, un récit en miroir, et bien d’autres ravissements comme un officier russe et le maître d’œuvre portant moustache. Et avant Polanski, il y eut Mario Bava et « Une hache pour la lune de miel » en 1969 : là nous touchons à l’épuisement sensoriel, trop de couleurs, de plans, de formes.

Ce désespoir fut-il celui de Marcus, cet audacieux personnage qui semble avoir traversé plusieurs, sinon tous les sous-genres de la musique américaine entre 1960 et 1970 ? Les chérit-il d’un même amour ? Il est plus probable que Marcus les a pratiqués en Psycho-Batave meurtri et instable. Son « Grains Of Sand » énumère sans vergogne les artifices sonores de la musique de hippies : un sitar, des tablas, une flûte traversière, une batterie lyrique, « qui pose une question », un rythme alangui, méditatif. Pourtant, « Grains Of Sand », peut-être grâce au chant tremblant et louche de Marcus, atteint à l’intuition de la mort prochaine, et de la mort à l’œuvre de tout temps, aussi bien. Cette chanson révèle la justesse de l’ancienne métaphore : la vallée de la paix. Son rythme ne nous invite pas au sommeil de la drogue, comme il serait facile d’en ricaner, la structure et la tenue des instruments y sont beaucoup trop affirmées : la torpeur de « Grains Of Sand » ne se livre pas exactement, elle se contraint à une forme qui la rend saisissable, et nous rappelle opportunément que son auteur a appris l’art de la composition. Notre vieux Psycho-Batave tente de parler le langage d‘une époque et malgré ou à cause de son habileté, nous reconnaissons en lui le fruit d’une époque antérieure. Je ne sais pas de plus bouleversante expression. »

            Sweign pleura. Il pleura pendant quatre heures pleines, jusqu’au réveil de Jean Pop 2 qui, avec infiniment de lenteur, nous rejoignit autour de la table que nous n’avions pas quittée, abîmés, Mermouch et moi, dans un silence respectueux. A la vue de son ami Sweign, Jean Pop 2 commença de pleurer lui aussi, mais sa nature brusque et impétueuse faisait que ses pleurs étaient bruyants et qu’il les accompagnait de coups, certains portés sur Mermouch qui restait immobile. Cette petite scène ne s’interrompit qu’avec la chute de la cage où lou ride était emprisonné ; ce dernier tentait peut-être de s’évader. L’état préoccupant de ses forces ne lui permit guère de prolonger son effort, et la cage ne bougea plus. Ce micro-événement décida Jean Pop 2 à enfin m’adresser des mots de bienvenue. Mais alors que la conversation prenait tournure entre lui et moi, cette conversation que je méritais bien d’avoir depuis l’apparition du spectre de Randall Webb, Jean Pop 2 s’écria : « Nous ferons tourner les tables ce soir. Elles nous révèleront ce que j’annonce tout de go : j’ai tué Randall Webb. Il vous dira comment, et pourquoi. Vengez votre ami sur le champ, et celui-ci ne pourra vous expliquer la bonté de mon geste. Vous devez me croire lorsque j’affirme que Randall Webb a exigé de moi que je le tue. Randall Webb a voulu mourir de ma main, Lewis. That’s right. » 

Marcus - Grains of sand

Brym-Stonz Ltd - Times gone by

Strange Fate - Love is like

The Wig - Drive it

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