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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 19:45

Il y a des rapprochements arbitraires qu’il est beau de faire. Tout le monde a en mémoire le hit planétaire des New-Yorkais de The Heard, « Stop it baby ». Peu en revanche sont ceux qui se souviennent du similairement nommé « Stop it girl » des quasi homonymes The Wylde Heard.

Dans l’unique film de Marlon Brando, le troublant « One-eyed Jacks », il est une scène centrale et gratuite à la fois, spectaculaire dans tous les cas, dans laquelle nous assistons à un duel brutal entre le personnage incarné par Marlon Brando et celui de Timothy Carey, de ceux qu’on n’a pas eu le temps de voir venir et qui nous laissent vide et fumant comme le canon du revolver. Ce duel entre ces deux acteurs hors du commun est comparable à ce qui s’équilibre et se déséquilibre entre les deux morceaux qui nous concernent. Brando et The Heard représentent une norme outrée, là où Carrey et The Wylde Heard endossent la pelisse du jusqu’auboutiste qui ne craint rien, et le ridicule moins que tout, dont le moindre mouvement dénote une fébrilité indéfinissable et explosive.

Brando aurait dit à Carey, après avoir tourné cette scène de duel où ce dernier est descendu, qu’il était le seul acteur de sa connaissance à bouger encore à terre alors qu’il est censé être mort. C’est que, si l’acteur de « The Chase » est déjà réputé pour son surjeu, Timothy Carey, avec toute son hallucinante démesure déplace le débat quelques bornes plus loin, lui pour qui le terme « overplaying » semble avoir été inventé.

On peut dire de même pour The Wylde Heard, qu’ils surjouent. Dans un accès de fièvre qui prête à sourire, tout animé d’une grandiloquence sans réelle grandeur, mais qui éparpille tout en construisant, nous laissant alors pantois sous les rideaux de poussière, le groupe s’empêtre dans une chanson trop complexe pour lui mais est bien décidé à en sortir le front levé.

Un peu d’onomastique : comparons les noms de chacun des groupes. The Heard s’impose, monosyllabe, monolithe, concision pleine d’attitude. The Wylde Heard y greffent  non seulement l’adjectif « wylde », dont le sens est justifié par l’effectif débordement du morceau, mais ils en modifient la graphie, se plaçant alors sous le double blason inquiétant de la difformité et de l’analphabétisme. De plus, leur art musical substitue un baroquisme férocement appuyé, joué sur le mode de l’hystérie, à la pureté rhythm’n’blues de leur quasi-homonymes pétris de Pat.

The Wylde Heard, junk-band magique, excessif, porte au front la brûlure sacrée de l’été 1966. Il ne risque pas de se laisser récupérer par la brigade des Vieux Loups, n’étant pas assez monstrueux pour être franchement drôle et se laisser « déguster » comme un film cheap. Une nouvelle escopette à la ceinture de Jean Pop 2 en somme.

 

The Heard - Stop it baby

The Wylde Heard - Stop it girl

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