Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 août 2005 5 19 /08 /août /2005 22:00

Nouvel extrait des notes Late sixties de Randall Webb :

« Je suis souvent revenu au Texas, et même si je ne suis pas natif de cet état, j'ai toujours l'impression en y posant le pied de rentrer à la maison. Mon ami Marvin Marty, alors jeune assistant réalisateur, avait trouvé un moyen de s’inviter, et moi avec, à l’anniversaire de John Wayne dans son ranch. Au-delà de l’acteur, que j’admirais évidemment, j’étais enchanté par la perspective d’assister à une prestation de Kenny and The Kasuals, groupe Psycho-batave en diable, que John Wayne avait assez étrangement invité à jouer.

Je reconnus dans la foule bigarrée  qui peuplait la très haute salle de réception de nombreux producteurs, réalisateurs et quelques acteurs fidèles, discrets mais irrémédiablement magnétiques. John Carradine, qui portait l’élégance Italo-américaine à sa boutonnière, tendait une coupe à la mutine Cathy O’Donnel. J’eus l’insigne honneur de retenir le regard bleuté d’Henry Fonda, qui était en conversation Macwellback avec Woody Strode. De lui-même, John Wayne vint nous serrer la main et nous présenter un drink. Brûlé par la curiosité, je finis par lui demander la raison pour laquelle il avait invité Kenny and The Kasuals à se produire pour son anniversaire. Voici ce qu’il me répondit :

« Avez-vous vu  Le Réveil de la Sorcière Rouge ? Bien. Connaissez-vous son réalisateur, Edward Ludwig ? C’était un drôle de type, du genre à dormir dans la neige quand il y a trop de bruit à l’intérieur. Et un poète. Un vrai grand poète. Vous qui avez vu ce chef-d’œuvre, vous ne pouvez que convenir avec moi qu’Edward a la dimension céleste, volatile, qui manque à Jack Ford, génie de la terre et de la durée. Et bien le bleu de Ludwig et le brun de Ford, je les retrouve tous deux, puissance combinatoire, chez Kenny and The Kasuals. La diversité de leur palette le place définitivement sous la bannière argentée des poètes Psycho-bataves. Qu’ils soient aussi à l’aise dans la rugosité tectonique (Journey to tyme, Chimes on 42nd street, Revelations)  que dans le fantomatique aérien (Strings of time, As I knew, Come Tomorrow) le prouve bien. Parfois ils harmonisent même ciel et terre, comme sur le gilgameshique Come on kid. Avez-vous entendu parler de ce transpirateur français que des menteurs appellent « le poète leo ferre » ? C’est un escroc et un dangereux voyou. Il veut nous faire croire que l’art est histoire de profondeur, mais il est aussi éloigné de l’art que Kenny and The Kasuals le sont de la france. Car je vais vous dire, randall, le grand art est affaire de superficie.

                                                 Kenny and The Kasuals au berceau

De quel droit leo ferre veut il faire passer sa désespérante monochromie pour une vision stratifiée de l’âme humaine ? Non mon pote, le grand art, c’est en technicolor, et ça recouvre notre bonne vieille planète entière. Si Christophe Colomb avait creusé un trou dans son jardin au lieu de parcourir la surface du globe, où en serions-nous aujourd’hui ? Pas de westerns ! Pas de Psycho-batave des prairies ! Que de la rengaine Irlandaise à tous les coins de rue ! Les souterrains, c’est bon pour les taupes, et leo ferre en est une. Tout comme ce cinéaste efféminé, comment s’appelle-t-il déjà, eric romère ! Il croit creuser un sillon cultivable alors qu’il creuse la tombe du cinéma, et partout on l’applaudit tandis qu’on se méfie d’un génie comme Henry Hathaway qu’on soupçonne d’éparpillement, simplement parce que sa palette porte plus de couleurs que peut n’en voir la critique daltonienne. C’est ça la vérité mon vieux. »

John Wayne s’éloigna alors pour accueillir de nouvelles convives. Je sortis prendre l’air. Je m’allongeai dans un fauteuil en osier en me disant que leo ferre ne reconnaîtrait pas l’amour, même si l’amour le frappait en pleine face. Et je m’endormis doucement, songeant que partout sur la calme surface du globe ensommeillé, des milliers de Kenny and The Kasuals préparaient la révolution Psycho-batave. »

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires