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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 19:54

Il existait en 1965 un groupe majeur nommé The Bad Seeds, à Corpus Christi, Texas. Après s’être épuisé à jouer pour des southerners hostiles dans les minuscules Kingsville, McAllen, Beeville ou Rockdale, le groupe se sépara et leur chanteur, Mike Taylor, enregistra une poignée de titres proprement magiques, accompagné de membres des Zakary Thaks, sous le nom de Michael.

Voici pour le factuel. Maintenant, alors que je découvre, émerveillé, ces quelques faces que je ne soupçonnais pas d’exister en cet automne qu’est la charnière 1966-1967, je mesure la distance qui sépare le chanteur de son premier groupe, parangon du trauma adolescent, mais je saisis bien vite qu’il y a continuité et non rupture. Le trauma en question est ici en passe de devenir adulte, c’est-à-dire non pas de disparaître, mais de se résorber dans une vie qu’on a finalement accepté qu’on nous impose.

Dès les premiers arpèges de guitare de « Gotta make my heart turn away » qui tombent, beaux et tranquilles, comme des flocons sur le paysage miniature d’une boule à neige, on sait qu’on va être à l’abri de la tourmente chez cette chanson. Cet émouvant hiver d’Épinal connaît son climax juste après que Mike Taylor a chuchoté la phrase clef de la chanson : Just one smile from you / will take away the blue from my heart. S’ensuit alors une envolée rêveuse qui pourrait évoquer les sommets de The Dovers à la nuance près qu’on est ici à l’intérieur. Alors que le céleste groupe de Tim Granada évolue dans des hauteurs où la moindre bouffée d’air est pur cristal, le groupe de Michael regarde ce ciel d’une fenêtre embuée, au chaud alors que l’herbe est givrée dehors, avec l’air à moitié endormi et béat de celui qui attend que l’autre moitié vienne frapper à la porte.

            L’autre chanson renversante, « I’m nobody’s man » ajoute à la chaleur de la précédente une sensualité facétieuse dont on ne trouve l’équivalent, toutes proportions gardées, que chez les plus discrets félins de la soul comme Al Green. Alors on comprend la raison de ce sobriquet qui ne consiste qu’en le prénom du chanteur, de surcroît des plus communs qui soit : Michael c’est à la fois l’ami d’enfance qui n’a pas quitté la ville natale, mais c’est aussi le mari de la dernière chance et finalement celui avec qui on construira sa vie, parce qu’il faut bien vivre avec quelqu’un, comme à partir d’un certain âge on ne subit plus ces rêves d’une beauté de foudre mais on doit les construire tout en les faisant. Michael c’est ce beau-père tendre qu’on est finalement heureux de voir jouer sur la pelouse avec nos enfants alors que commence à s’estomper le souvenir de leur père qu’on a tant aimé mais qui s’est avéré être un salopard. Michael, derrière ses apparences de square qui s’est à peine plus affirmé, est un guérisseur et nous avons plus que jamais besoin de lui.

Michael - Gotta make my heart turn away

Michael - I'm nobody's man

Michael - People Sec. IV

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commentaires

Loretta (secrétaire de Jeanpop2) 13/12/2007 21:22

Sred Sweign,
Merci de nous avoir fait croire un instant que Randall Webb n'est pas mort.

sred sweign 13/12/2007 21:16

mon pote, votre plume trempée dans la neige même de mickael me donne même envie d'être le soir de noël, et bien sûr qu'un Somebody inconnu vienne toquer à ma porte. yezah !