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28 août 2005 7 28 /08 /août /2005 22:00

« Clarence Reid m’a ruiné mais il est resté mon ami »

 

Q. : Au commencement des années 1980, vous vous découvrez la vocation d’un entrepreneur dans le secteur du divertissement.

 

 

JP2 : Attendez Peter, avant cela j’aimerais que l’on s’attarde sur les courses de bagnole.

 

 

Q. : Je vous en prie.

 

 

JP2 : J’ai monté une écurie en Floride. Je l’ai baptisée « BF Kings Of The Wheels ». Tous mes vieux potes avaient leur chance.

 

 

 

Q. : Cette passion pour les bolides vient-elle de l’enfance ?

 

 

 

 

JP2 : Pas vraiment. Je trouvais ça top-notch et ça rapportait du pognon. Alors je me suis offert une chaîne privée, qui émettait en Floride.

 

 

 

Q. : Vous ne me parlez pas davantage de votre écurie ?

 

 

 

JP2 : Trop de mauvais souvenirs, Peter. On ne meurt pas qu’au Vietnam.

 

 

Q. : …

 

JP2 : La mort, Peter, la mort frappe ! Vous le savez, n’est-ce pas ! La mort a pris Don Creux. Il y a eu John Cazale puis Marvin Marty, entre temps Don Creux. C’est comme ça.

 

 

Don Creux, doing it his way (1976)

 

Q. : Qui était Don Creux ?

 

JP2 : Il était mon meilleur pilote. frank zappa lui a revendu de la mauvaise drogue et pourtant Don Creux n’était pas un junkie. Seulement frank zappa s’était montré persuasif, insistant, employant des hommes de main pour forcer mon ami à absorber des drogues. Don Creux a écrasé sa Lamborghini contre la remise de mon hélicoptère, qui depuis porte le nom du défunt.

 

 

Q. : Ce drame a donc précipité la création de votre chaîne privée, JP2C ?

 

 

JP2 : Oui, je ne pouvais plus souffrir le bruit d’un moteur. L’idée consistait à remettre à l’honneur ces authentiques légendes de l’Etat de Floride que sont Wayne Proctor de We The People, Clarence Reid, Betty Harris, Bob Jabour de The Cavemen, Coventry Fairchild de The Clefs Of Lavender Hill et d’autres tout aussi étincelants. Chacun se voyait confier la direction d’un show de trois heures où il était libre de décider la forme et le contenu. Tous les présentateurs portaient cependant un survêtement bleu où les initiales de la chaîne étaient inscrites en filigrane doré. L’uniforme, Peter, c’est ce qui signale une armée et je vous rappelle que je suis né et que je reste un guerrier Psycho-batave. J’ai également innové en matière de répartition du public : hommes et femmes étaient séparés par une rangée de tapirs. L’impact visuel était énorme et j’évitais ainsi toute contamination.

 

 

Q. : De quelle contamination voulez-vous parler ?

 

 

JP2 : AIDS, mon pote. En 1980, nous étions une poignée à penser que l’apparition de ce virus impliquait l’abolition totale et immédiate de tout rapport sexuel. Puis tout s’est arrangé quand j’ai su que le virus n’affectait que les homosexuels. J’ai alors réservé l’aile gauche de l’auditorium aux tapirs, et hommes et femmes se sont à nouveau mélangés.

 

 

 

Q. : Pourriez-vous, à l’usage de nos jeunes lecteurs, décrire une journée-type de programmation ?

 

 

 

JP2 : Cela débutait avec le télé-achat, avec Coventry Fairchild qui présentait d’un côté des disques rares de l’autre côté des objets pratiques, « domestic tools », comme des gaines en daim ou de la graisse de tapir, etc. Ensuite, Clarence Reid, entouré de femmes nues, ouvrait notre section jeunesse, en lisant des contes du monde entier. A midi, à défaut de journal, une série retraçait les destins des grands héros Psycho-bataves du vingtième siècle : Don Creux, Idi Amin Dada, Jean Pop 2, John Saxon, John Cleese, John Pop 2, etc. En début d’après-midi, des courses de bagnole vintage, mon pote, commentées par Wayne Proctor. A 18 heures, Clarence Reid était de retour pour animer le grand show qui accueillait les plus grosses fortunes du pays. On organisait une Roue de la fortune  et le vainqueur empochait soit l’hôtesse, soit la collection de disques. Les plus défavorisés par la chance repartaient tout de même avec une dent de Don Creux. A 21 heures, cinéma ! Bob Jabour tenait le ciné-club, choisissant avec une pertinence inégalée les thèmes du soir : la randonnée pédestre dans le Wyoming, le coin du feu, la sollicitude paternelle, la main sur l’épaule, etc. Enfin, à 1 heure du matin, Clarence Reid, depuis son jacuzzi, initiait la diffusion d’excellents pornos du monde entier.

 

 

"It was a great day for Winnie the Pooh..." Clarence Reid

 

Q. : Combien de temps cela a-t-il duré ? Qu’est-ce qui a précipité la chute de votre empire télévisuel ? Rappelons que Forbes vous avait consacré la première page dans son numéro de juin 1981.

 

 

JP2 : Clarence Reid m’a ruiné mais il est resté mon ami. Celui-ci, ivre de pouvoir, présentait en effet trois programmes dans la journée et jouissait alors d’une popularité immense. Bref, Clarence Reid a momentanément perdu ses repères un jour de mars 1984. Je m’interroge aujourd’hui sur la pertinence d’avoir confié au même homme les programmes pour la jeunesse et les programmes réservés aux adultes.

 

 

Q. : Que s’est-il donc passé avec Clarence Reid ?

 

 

JP2 : Clarence s’est fait pomper le dard par Winnie the Pooh, dans le costume duquel se cachait la veuve de Don Creux, Teresa Creux. A l’heure de nos programmes pour la jeunesse, devant des milliers d’enfants. Clarence a néanmoins réussi à lire son conte, il a fait son job. Mais Teresa Creux, paix à l’âme de Don, Teresa n’était pas à sa place. J’ai dû fermer boutique, ma licence m’ayant été retirée dès le lendemain du drame.

 

 

Q. : Puis vous disparaissez…

 

 

JP2 : Oui. De 1985 à 1995, j’ai vécu dans divers endroits aussi misérables qu’une crackhouse du Nebraska, un van à Hawaii, un pavillon de chasse dans le Tyrol, à proximité de la demeure de Thomas Bernhard, qui, curieusement, ne semblait pas me reconnaître, une grange dans le Jutland où je gagnais ma vie en me battant contre des chiens, à Madagascar où j’ai tenté dans un regain de confiance d’être missionnaire auprès des sauvages locaux... Je vais vous dire une chose, Peter, j’ai bien cru que mon Pat allait y passer.

 

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commentaires

Thomas Sahabi 03/09/2005 19:10

Je met en Track Back un cadeau pour les fans de jean Pop II, c'est à dire un single inconnu que tous les collectionneurs vont s'arracher. En tant que producteur de ce single, je me permet d'en faire mention sur le site de Jean POP II et d'en consacrer un article sur mon site: allez sur le trackback "Sohrab Sahabi and a small circle of friends" et bonne écoute !!