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12 septembre 2005 1 12 /09 /septembre /2005 22:00

          Messieurs,

          L'un des vôtres a récemment déposé dans ma boîte à lettres un disque compilant des chansons tristement francophones des années 60, cadeau que je n'aurais jamais accepté en mains propres, à plus forte raison en public.

          Mais parce que je suis sociable, et parce qu'il ne faut jamais vexer un vieux loup, j'ai écouté le disque  et j'aurais pleuré de honte si je n'avais la certitude que seules comptent les larmes de joie lors de l'assaut final. Le moment le plus pénible, obscène et révélateur fut "la fermeture éclair" par une certaine delphine, qui éhontément reprend le fond instrumental du délicieux "In the past" de We The People en se contentant de substituer à la candeur inquiète de la voix de Wayne Proctor son grasseyement de charcutière.

          Je n'avais pas fini de ronger mes ongles : le morceau, le lambeau devrais-je dire, charriait toute la vulgarité d'un dimanche de pluie aux puces de Saint-ouen. La dimension fantasmatique des paroles de We The People était gommée au profit de la mode rance telle que la "détourna" andy ouarolles. Wayne Proctor rêve à voix haute, delphine, qui est aujourd'hui morte, faisait du shopping.

 

We The People, citoyens Psycho-bataves

         

          Non, amis vieux loup, resaisissez-vous...

         Chez We The People, cette obsession cristallisée des temps anciens se retrouve formulée musicalement dans une autre chanson, chef-d'oeuvre du groupe versant Wayne Proctor, "Saint John's shop", d'un brun de candélabre, qui aux côtés de "My true love" de Bobby Fuller et de "Frozen laughter" de The Rising Storm figure parmi les sommets de la ritournelle médievale sixties. A travers cette chanson, c'est le droit à la sentimentalité, à la suspension, à rester ailleurs, que nous revendiquons, pour nous, pour le groupe et pour vous. Non, une chanson de 1966 n'a pas d'intérêt qu'à condition de rappeler l'efficacité grossière de celles de 1977. Non, la tendre face B n'est pas qu'une obligation mercantile pour flatter l'oreille après l'assaut mené contre cette dernière par la rugueuse  face A. Non, la profusion mélodique n'est pas valable moyennant un recul ironique ou un esprit de farce, bien au contraire. 

          Vous serez Psycho-bataves le jour où vous écouterez aussi les faces B. Le jour où vous accepterez que votre vie s'épuise en rêveries.

        

 

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