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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 17:51

On ne sait pas grand-chose de Jamie & the Jury, bien qu’ils aient été signés sur Columbia et se soient payés le luxe d’être produits sur le même 45t, celui qui nous concerne ici, successivement par les grands Larry Marks et Terry Melcher. Groupe de Long Beach,  ils ont connu une carrière paradoxale typiquement sud-californienne : à la fois surexposés (labels millionaires, producteurs de luxe, apparition de dix secondes dans un film d’exploitation, The Angry Breed, premières parties de prestige - Turtles, Buffalo Springfield) et secrets aujourd’hui au point qu’aucune photographie ne semble subsister.

 

This too shall pass est un titre qu’il est très malaisé de classer, non seulement dans un genre, question qui n’a finalement pas tant lieu d’être en ce lieu et ces quelques mois qui ont vu s’agglomérer et se confondre le classique et le baroque, mais avant tout dans un mood. Morceau dansant mais à peine, entêtant mais de manière évaporée, mélancolique mais du bout des lèvres, il est avant tout marqué du sceau de la rêverie. Maniaquement calibrés, les instruments et voix sont tendrement distordus, non pas à la manière des grands producteurs poliment iconoclastes (Joe Meek, Curt Boettcher), mais avec celle que feront subir à la pop vitaminée de la fin des années 60 les moguls du bubblegum. L’entrée en scène de la moindre note, du moindre son ou souffle semble avoir été sciemment mise en place, pourtant l’ensemble ne sonne pas comme la routine bubblegum parce qu’atténué par un sfumato qui retient l’énergie inhérente au morceau mais le charge d’un délicat onirisme. Les guitares sont des tôles frémissantes au vent ; les chœurs, des bulles qui éclatent une à une à la surface d’un lac ; la voix même de Jamie, son lyrisme nasillard, connote moins le cartoon qu’un fantasme de vaudeville sorti des studios Ealing.

 

Jamy---the-jury.jpeg

 

This too shall pass évoque aussi le Moyen-âge. Le titre d’abord, emprunté à la poésie perse soufi, au désuet tutoiement solennel, mais également cette joute miniature entre les instruments, le tambourinement épique ponctué par des cors jouets, les hennissements des guitares de bois… Finalement pas le Moyen-Âge des introspections amnésiques de David Crosby et des mystic males aux vagabondages lysergiques, mais comme un rêve d’amour courtois asexué, gigantesque songerie d’enfant devant un puzzle défait.

 

 

Jamie & The Jury - This too shall pass

 

 

 

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