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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 18:27

Faux-Semblants



Flying Burrito Brothers - Christine's tune
The Illusions - Shadows of you
The Jades - Surface world
The Illusions - I know
Live Wires - The Mask
The Pastels - Mirage
Dr. Spec's Optical Illusion - Tryin' to mess my mind
Georgy & The Velvet illusions - Hippy town
Rising Tydes - Artificial peace
Tommy Roe - Platic world
The Others - My friend the wizard
The Fourth Dimension - Land of make believe
Rich Kids - Plastic world
The Illusions - Now that it's over
The Mytic 5 - Are you for real girl ?
One Way Street - Illusions
Illusions - Just be you
The Hallucinations - You say you love me
Illusions - Wait til the summer
The Illusions - Her own way
Smokey Robinson - The love I saw in you was just a mirage

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 18:00

Cher ami,


           
Je pense que vous seul saurez fournir à la lettre que je vous adresse quelque approfondissement qui échappe à mon écoute récente et hallucinée d’Animal Song par Frabjoy & Runcible Spoon. Vous connaissez cette chanson, je l’ai retrouvée dans vos affaires pendant votre exil, du temps où Lou Ride manœuvrait dans le but d’éparpiller l’ensemble de votre précieuse collection… Bref, je viens d’en décortiquer les paroles et resterai longtemps confondu par ce qui s’y trame. Car il me semble que Frabjoy & Runcible Spoon y campe avec une imagination fertile – mais ne s’agirait-il pas plutôt d’une vision ? –  quelque scène dont nous ne sommes pas sûr qu’elle ait pu un jour avoir eu lieu, sinon dans des temps incertains, et surtout dans un endroit, et avec au-dessus dans le ciel ce suspend lumineux, qui m’attire, telles ces aubes qui ne stagnent qu’en rêve. Les premiers mots de la chanson ne disent pas autre chose : The day is beginning where the water is sun. Quant à la musique, de cette lumière d’eau et de feu, les premières phrases en dépouillent toute altération. La suite est un tableau liquide confié aux bords du pacifique. Mais pourquoi le Pacifique ? Frabjoy & Runcible Spoon sont anglais… Et croirez vous que ce tableau n’est pas autre chose qu’une nativité, transposée sur les rives – mais sur quelles rives ? – de cet océan. Il y a là plusieurs images qui, furtives, avivent ma curiosité : Une aube suspendue, sous laquelle une femme met au monde un fils, un castor à côté bâtit une maison, un perroquet répète les mots du soleil levant, un lion contemple du haut d’une colline l’ensemble des scènes, un criquet s’envole en saluant, et tout ce petit monde, ces témoins, de réveiller dès leur évocation clavecins, chœurs, cithares, tous éthérés… Je suis interloqué ! Quel genre d’inauguration se dessine là ? Et je vous le demande quel génie ou personnage héroïque a bien pu naître à l’aube au bord du pacifique sous l’approbation totémique d’un lion, d’un perroquet, d’un castor et d’un criquet ? Evidemment ce ne sont que les paroles d’une chanson… Mais alors que je vous livre mes interrogations, je veux croire aux images auxquelles elles se sont attachées et puis sentir que vous êtes à même de me livrer les clés du monde glorieux et fragile dont elles sourdent, qu’une civilisation plus expéditive aura vite fait de ravaler et d’éclipser. Et à moins que mon imagination ne se soit aventurée trop loin, je vous serai gré de m’expliquer, s’il y en eut, qui furent ses héros, ses prêtres, ses gardiens… Ce monde, cette lumière, cette musique teintée d’eau et de soleil qui se confondent, je penserai avec plaisir que Frabjoy & Runcible Spoon l’auront comme moi rêvé, sans jamais n’y avoir mis les pieds, bien qu’assurément ils en auront, par delà les mers, saisi les éclats. Alors ?

Je vous salue !

Votre ami Sred Sweign.

 


 
Sweign, ami poète irremplaçable,

Encore un fois, c’est la montagne qui parle avec vous. Montagne qui s’étonne de l’étendue de la plage, de la liquidité du sable, de l’horizon imbrisé, comme miraculeusement, artificiellement, intolérablement épargné par les angles et les saillies qui vous défigurent et vous lacèrent. Vous ne le savez peut-être pas encore : c’est devant le Pacifique que tout finira. La vie, fragment de soleil dans le vase d’or, chuintera son dernier soupir au bord des vagues.

            Mon discours allégorique à l’excès vous surprendra peut-être. Peut-être irez-vous jusqu’à croire que je ne me vêts plus que de peau de lama, et que l’argent que j’ai durement amassé jusque là flotte désormais sur les eaux brunes du Gange. Vous seriez bien loin de la vérité. Il y a seulement que j’étudie de très près ce sybaritisme inquiet californien qui n’a retenu du mysticisme fondamental que le sens de la catastrophe et l’art de chanter son contraire pour mieux supporter son idée, jusqu’à jouir de son imminence. C’est ainsi que le protéiforme Marcus, pour le coup jouisseur à la gorge serrée, mentionne dans son monument de torpeur « Grains of sand » cette « dazzling light within a pool of liquid night » qui fait écho à la « lumière de la lumière, semblable à un flambeau enfermé dans un cristal » de Zoroastre. Cette lueur fragile, symbole d’évidence et promesse d’extinction est présente dans toutes les rêveries chirographaires de ces entités californiennes. Mais pas seulement, comme vous l’avez si justement remarqué. Nous y reviendrons.

            Vous parlez très bellement d’aube suspendue, de nativité, d’un moment déterminant et qu’on oublie pourtant aussitôt, puisqu’il nous dépasse. L’homme ne peut que s’égarer devant les forces élémentaires. Le sybarite inquiet a renoncé à les comprendre. Sa présence au monde, il la porte comme un don et un fardeau. Foncièrement irresponsable et cependant guide spirituel d’autres individus qui n’en sont plus vraiment, il enivre ses disciples quitte à ce qu’ils se noient, car après tout seul compte l’orgueil du dernier crépuscule. Il est capable du grotesque et du sublime, il est généreux et égocentrique, affable et imprévisible, loup et soleil. Sa présence au monde est socialement maximale, il n’est pas un reclus. Ce n’est pas Brian Wilson, c’est David Crosby.

            Crosby représente mieux que personne ce type, dans tous ses égarements. Incertitudes panique, pertes de conscience, comas de la personnalité, morts de la mémoire, tout ce qui érige le présent en unique valeur, non à la manière des Epicuriens mais des libellules, se reflète dans ses titres : « What’s happening ? », « Deja-vu », « If I could only remember my name »… C’est le même déboussolement, de ceux qui font s’endormir aux feus rouges, qui est subi dans le « Where are we ? » des Californiens Thomas & Richard Frost (qui contient cette métaphore décisive : Southern California drifting), mais c’est aussi lui qui plombe le merveilleux homonyme « Deja vu » des sublimement nommés Now, comme pour insister sur le temps immobile d’un monde tout en superficie qui n’attend plus que sa catastrophe.

            Now sont originaires de Memphis, Tennessee. Et on retrouve chez eux la même liquidité des guitares qui caractérise les plus grandes compositions de Crosby, telle « Everybody’s been burned ». The Madhatters, formation météorique de Mankato, Minnesota, surent capter avec leur « You may see me cry » toute la déréliction sud-californienne à l’œuvre chez Crosby, notamment dans ces chœurs hagards qui figurent néanmoins l’arc-en-ciel. Eighth Day, groupe mixte de l’Ohio, signa avec « Building with a steeple », le plus beau pastiche de The Mamas & The Papas, hippies perdus dans l’espace… Alors pourquoi pas un groupe Anglais ? D’où que la Fin soit chantée, c’est sur les plages du Pacifique qu’elle laissera échouer sa dernière réponse.

            Je vous embrasse, phrère.



Frabjoy & Runcible Spoon - Animal song

Now - Deja vu

The Madhatters - You may see me cry

Eighth Day - Building with a steeple

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 12:08

Arrogance



Dave Marten - You gotta love me
The Groupies - Down in the bottom
Sounds Unlimited - Cool one
William Penn & His Pals - Blow my mind
Branded X - Society & me
King's Ransom - Without you
Royale Cachmen - Killer of men
Ambushers - I need love
Denise & Co - Take me as I am
Heinz - Movin' in
The Syndicats - What to do
Tony Colton - I've laid some down in my time
Other Side - Out my light
The Mods - You've got another think comin'
The Answers - Fool turn around
Half Pint & The Fifths - Lovin' on borrowed time
The Chancellors - On tour
U.S. Male - You got yours
Canadian Squires - Leave me alone
The Midnight Angels - I'm suffering
Jim Jones & The Chaunteys - If you know how to start
The Chosen Few - It just don't rhyme
The Perils - Hate
Second Helping - Let me in
Horses - Country boy

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 19:51

TheBriksTaylorRanch-copie-4.jpg



The Mustangs - That's for sure
The Cyclones - Oh no, she didn't say
The Fearsome Five - It's all right
Crucibles - You know I do
Lemon Fogg - Yes I cry
The Electras - Won't take no for an answer
The Hard Times - They said no
The Knightriders - I

The Newcastle Five - Yes I'm cryin
Vistas - Don't know
Lee VI's - I don't know
The Contents Are - I don't know
The Innsmen - I don't know
Little Eva - That's my man
Lee Dorsey - Yes we can
The Dynamics - Yes I love you baby
The Association - Never my love
Next Step - I said no
The Briks - It's your choice
Mickey & The Motions - I do
The Bachs - Answer to yesterday
The Answer - Why you smile
The Answers - Just a fear
The Answers - Please please go away
The Hatfields - Yes I do

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 13:37

Blue Byrds Over The Canyon:
Southern California’s Folk-Rock UnScene (1965-71)

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01 Dave & The Customs - "He Was A Friend Of Mine" (Pomona, CA)
02 Lyme & Cybelle - "Follow Me" (Los Angeles, CA)
03 The Psychedelic Psymphony - "Don’t Be Afraid" (Los Angeles, CA)
04 The Dovers - "She’s Gone" (Santa Barbara, CA)
05 East Side Kids - "Take A Look In The Mirror" (Los Angeles, CA)
06 Hamilton Streetcar - "Silver Wings" (Los Angeles, CA)
07 The Agents - "Gotta Help Me" (Los Angeles, CA)
08 The F.B.I. - "What Am I To Do" (Los Angeles, CA)
09 Stone Country - "Time Isn’t There (Anymore)" (Los Angeles, CA)
10 The Hard Times - "Goodbye" (San Diego, CA)
11 Thorinshield - "Pleasure Time" (Los Angeles, CA)
12 Brigadune - "I’ll Cry Out From My Grave (God I’m Sorry)" (Los Angeles, CA)
13 American Zoo - "Back Street Thoughts" (Los Angeles, CA)
14 The Edge - "Seen Through The Eyes" (Los Angeles, CA)
15 Rick Jarrard - "High Coin" (Los Angeles, CA)
16 The Palace Guard - "Oh Blue (The Way I Feel Tonight)" (Los Angeles, CA)
17 The Black Sheep - "I’m Feeling Down" (La Cañada, CA)
18 The Roosters - "You Gotta Run" (Los Angeles, CA)
19 The West Coast Pop Art Experimental Band - "Transparent Day" (Los Angeles, CA)
20 Peter Fonda - "Catch The Wind" (Hollywood, CA)
21 The Cascades - "She’ll Love Again" (Los Angeles, cA)
22 The Answers - "Please Please Go Away" (San Bernardino, CA)
23 Chris & Craig - "I Need You" (Los Angeles, CA)
24 Spider & The Mustangs - "You Ask Me Why" (Hemet, CA)
25 The Yankee Dollar - "Mucky Truckee River" (San Louis Obispo, CA)



GET IT HERE !!!

HAIL THEE MDS, OUR BELOVED CALIFORNIAN SISTA !!!!

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 12:26

Questions
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Phil & The Frantics - What's happening ?
Peter Wheat & The Breadmen - Baby what's new ?
Invasion - Do you like what you see ?
The Merlynn Tree - How to win friends
Group $oall - Will you teach me how to love ?
The Endd - Don't it make you feel like cryin' ?
Blazing Sons - Do you know the reason ?
F.B.I. - What am I to do ?
The Dovers - What am I going to do ?
The Mockingbirds - How to find a lover
The Young Rascals - What is the reason ?
The Guess Who - Hey ho what you do to me
The Great Scots - What am I going to do ?
The Van Dykes - What will I do (if I lose you) ?
Wendy Rene - What will tomorrow bring ?
Doris Duke -How was I to know you cared ?
Don Covay - (Where are you) now that I need you ?
Thomas & Richard Frost - Where are we ?
Price & Walsh - Where is sunday ?
Mark Eric - Where do the girls of the summer go ?
The Christmas Spirit - Will you still believe in me ?
Book - Where she's gone
Nomads - How many times ?
Pastels - What can I say ? 
The Toffs - Where have you gone to ?
Penetraters - What went wrong ?
Bats - How could you have known ?
The Electric Prunes - Are you loving me more (but enjoying it less) ?

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:53

Download it here !!!
Louisiana

http://i33.photobucket.com/albums/d88/jeanpop2/Rednecks1.jpg


The Bad Roads - Too bad

The Castaways - Ain't gonna cheat on me

The Basement Wall - Never Existed

The Countdowns - Can't you see

Dr Spec's Optical Illusion - She's the one

The Little Bits - Girl give me love

Off-Beats - Tired of crying

Better Half Dozen -
I could have loved her

Barracudas - Baby get lost

Glory Rhodes - Not that kind of guy

The Playgue - Gotta be goin

Ye olde Inn Crowd - Go away

Gaunga Dyns - Clouds don't shine

The One Way Street - Tears in my eye

Arkansas
http://i33.photobucket.com/albums/d88/jeanpop2/Rednecks2.jpg



Newcastle Blues - Cottons mama

Paul Allen- Cash for your trash

Esquires - Sadie's ways

Culls - Midnight to six man

Rubber Band - Below up above down

Lost Souls - Lost love

The Chaps - Tell me

The Egyptians - Suzanne

The Magic Sounds - Love can be so fine

The Romans - I'll find a way

The Wig/Wags - I'm on my way down the road

The Rock Garden - Superstuff

The Vipers - In vain

Book - Where she's gone

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 13:34

Sax Vs Flute !

http://i33.photobucket.com/albums/d88/jeanpop2/SaxvsFlute.jpg



Persuaders -  Whispering surf
The Banshees - They prefer blondes
The Juju's - Hey little girl
Five Of A Kind - I don't want to find another girl
Four-A-While - Low class man
The Sonics - Don't be afraid of the dark
The Raymarks - No name
The Moguls - Round Randy
The Iguanas - Again and again
Curtis Mayfield - We got to have peace
Del Capris - Hey little girl
Andy & The Classics - Wilma
Thee Midnighters - Love special delivery
Arlen Sanders - Hopped up mustang
Thee Enchantments - I'm in love with your daughter (part 2)
The Blendells - Get your baby
Kate - Strange girl
The Outsiders - Monkey on your back
J.K. & Co - Little children
Saturday's Photograph - Summer never go away
Michael Blodgett - Fire engine sky
Kathy & Larry - Time
Mid Day Rain - Friday Mourning
The Peppermint Trolly Co. - Trust
Bread - Look at me
The Happy Return - I thought I love her
New Wave - Little Dreams
Maxwell & Nicholson - Trees and things

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 19:41

Feel

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The Beach Boys "Feel flows"
Neighborhood Children "Feeling zero"
Yesterday's Children " Feelings"
Excentrics "Hold me tight"
Vejtables "Feel the music"
The Rationals "Feelin lost"
Greg Anderson "I feel good"
Derek's Accent "Ain't got no feeling"
The Bristol Boxkite "I'm feeling good"
Sam & Bill "I feel like cryin"
Little Hank
Joe Hicks "Don't it make you feel funky"
Nooky Boy
Good Feelins "Shattered"
King James & The Royal Jesters "I get a feeling"
Dean Ford & the Gaylords "That lonely feeling"
The Jaggers "Feel so good"
The Poor "Feelin' down"
Mark Eric "Sad is the way that I feel"
The Cryin' Shames "Feels like loving"
One Of Hours "Feel the pain"
Jackie Wilson
Felice Taylor "I can feel your love"
The Bush "Feeling sad & lonely"
Alligators "I feel like crying"
Vikings "Cherish the love you feel"



Think

The Meters "Thinking"
Front Page News "Thoughts"
Harbinger complex "I think I'm down"
The Dan-Dees "Think about it"
The Noblemen "She still thinks that I love her"
The Young Entreprise "Think I'm gonna make it"
Free Thinkers "You were born for me"
Paul Bearer & The Hearsemen "I've been thinking"
The Checkmates International "Thinking about you"
George Wallace Junior "Think"
The Thoughts "All night stand"
The Smoke "Gold is the colour of thought"
New Colony Six "Don't you think it's time you stop your cryin"
Jake Holmes "Think I'm being had"
Bobby Fuller Four "Think it over"
The Byrds "Thoughts and words"
Buffalo Springfield "Sit down I think I love you"
The Chosen Few "I think it's time"
Mr Clean & The Cleansers "Think !"
Chelsea Sidecar "Thinking of you"
Pleasure Seekers "Never thought you'd leave me"
Ugly Ducklings "That's just the thought that I had in my mind"
Bubble Puppy "Thinking about thinking" 

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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 12:31

            Maîtres et Petits-Maîtres, la dualité, malgré ce qu’elle suggère, ne souffre aucun déséquilibre, mais indique à la fois une différence dans le rayonnement, et une différence dans les buts poursuivis. Ceux que nous appelons Maîtres jouissent d’une invention massive et ininterrompue, se dotent d’un langage inouï, qui est davantage qu’une signature, et lèguent des formules telles qu’elles bâtissent des empires. Au contraire, les Petits Maîtres oeuvrent dans la discontinuité ou bien frappent dans l’instant, créent un langage diffus, à la confluence de beaucoup d’autres, quoique singulier, et n’engendrent aucune postérité, du moins pas chez les créateurs. De fait, le culte d’initiés, celui qui n’oublie jamais de se défier des cultes plus attendus, ce culte-là n’est voué qu’aux seuls Petits-Maîtres. Quant aux fins recherchées par Maîtres et Petits-Maîtres, elles sont, pour les premiers, d’une nature artistique, c’est-à-dire combinant l’esthétique et l’industriel, en ce sens qu’une passion particulière conduit certains tempéraments à multiplier, systématiser, faire proliférer leur invention : le délire romanesque de Balzac, qui édifie la Comédie Humaine/le délire mélodique de Smokey Robinson, qui  génère Motown. Ces mêmes fins, pour les seconds, revêtent un caractère plus égoïste, romantique dirait-on. Chaque Petit-Maître a toujours traversé les époques en livrant des extraits de sa classe, quand bien même le Petit-Maître se serait promptement effacé. On les voit surgir, jamais affiliés et pourtant jamais étrangers non plus, capables de coups stylistiques et d’opportunismes, d’un éclectisme docte et mesuré, d’une singularité idéale, de celles qui ne passent pas pour de la bouffonnerie. Et néanmoins, on ne sait au juste comment les qualifier. Don Covay et Bobby Womack comptent parmi les Petits-Maîtres les plus emblématiques de la musique américaine. Tous deux se distinguent de leurs homologues par leur raffinement mélodique, la richesse de leur interprétation, l’intérêt qu’ils portent aux arrangements, et cela suffit à nous faire considérer l’attribution des mérites. Mais tous deux ont également suivi l’inclination de leur cœur, comme ils le rappellent très justement dans certaines de leurs chansons. On ne doit pas rire de semblables protestations : loin d’être naïves, elles nous font entendre la voix du Petit-Maître, et l’énoncé de sa vocation, celle d’une individualité farouche et inquiète, à la différence du Maître, dédié à l’universel. Toutefois, dans son long et versatile parcours, le Petit-Maître réalise la promesse du Célibataire, qui a fait de son absence de liens la condition d’un langage libéré, quelque chose de suavement unique et inspiré. Ainsi, on en vient à reprendre les hymnes des Petits-Maîtres, parce que rien n’y signale avec autorité l’appartenance à telle école musicale, et parce que l’individualité avance en toute séduction. Nos lecteurs sont ici tenus en assez haute estime pour qu’on les dispense de se laisser rappeler les noms des contributions historiques de Bobby Womack et de Don Covay aux répertoires des Rolling Stones et des Remains. Précisons que dans les deux cas, le rhythm’n’blues y est délicatement parcouru d’influences qui ne le rendent ni orthodoxe ni méconnaissable : l’alchimie vaporeuse du Petit-Maître.

            Different Strokes For Different Folks (1971) reste bien entendu une formule opportuniste, pleine d'un bon sens rassis et rural, mais elle offre néanmoins une description claire et simple du programme de cet album, et ce, de deux manières : chaque titre diffère en style et en émotion du précédent, chaque titre relève toujours d'une mythologie sudiste campagnarde assez diffuse.

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1. L'Ordonnnateur

            Dans la sémillante Californie où il a fait ses armes, Bobby Womack a été le jouet des courants fantastiques qui ont balayé cet Etat pendant des décennies. Cette furieuse disponibilité qui caractérise notre homme s'augmente du fait que la soul californienne a toujours été sous-exposée, impossible à qualifier, et avare de grands labels conquérants. L'Etat compte bien son lot de personnalités intéressantes, mais rien qui les rassemble en un front uni et dominateur comme ce fut le cas dans le Tennessee et dans le Michigan. Un problème d'authenticité s'ensuit, dans un lieu où l'invention est si manifeste et si permanente qu'elle interdit les vieux empires et favorise les tyrannies intenses. C'est l'anti-tradition et la nature si originale de l'industrie californienne qu'elle ne préserve que ses structures et renouvelle toujours son contenu. Ce qui demeure inentamé ne consiste pas en une forme musicale spécifique, mais en un pouvoir de régénération. De fait, il n'y a rien de mineur ou de bâclé en Californie, mais une confiance et une lumière qui font le soin et la tranquillité de ses productions. Au milieu d'elles, cependant : des individus instables.

            Bobby Womack a respiré l'air californien et l'ether l'a convaincu de s'adonner à tous les genres, avec, chaque fois, cette fameuse prédilection pour le moelleux. Il a été un philadelphien subtil (« That's The Way I Feel About Cha », « Harry Hippie »), un prédicateur érotique (« Somebody Special »), un Isaac Hayes raffiné (« Close To You »), un ami des Blancs songwriters (« Fire & Rain »), un sonneur de charges Northern Soul (« What Is This ? ») et, s'il s'agissait de se réaliser à travers tant d'incarnations, un artificier de proto-disco suave (« I Can Understand It »).

           C'est parce qu'il respirait un air autre, que le théâtre des opérations se trouvait dans un territoire à traditions, un terroir autrement dit, que Don Covay n'est jamais devenu Bobby Womack. Tous deux sont toutefois les Images d'une même Idée, celle du Petit-Maître, du Spectre entièrement couvert et de l'Individualité fusant en toutes directions. Alors Don Covay s'est illustré dans les moods exemplaires de ce Sud nourricier, et pas dans ses manières proprement dites, puisque tout, dans Different Strokes For Different Folks, relève après tout de la soul de 1971. Mais l'inspiration, elle, qui caractérise d'après nous le groupe et le coeur que celui-ci met à l'ouvrage, l'inspiration est typiquement sudiste : rudesse, franchise, poids des passions, moiteur et religiosité contrariée. Egalement, l'intraduisible Gritty, qui apparaît dans le titre « Standing In The Grits Line », alors que le gritty absolu, c'est « Bad Luck » qui le cerne au plus près. Un rythme vicieux, une guimbarde, et le chant qui est ici modèle de morgue, d'animosité et de stupre définissent au mieux le Gritty du Sud. De facture moins rogue, mais tout aussi méchant, « Why Did You Put Your Shoes Under My Bed » fait alterner couplets de l'impatience et refrains aux cuivres pugnaces : la chanson laisse imaginer la danse  du boxeur, prêt à bondir sur votre gorge, c'est une figuration du ring, du pugilat, tout cela afin de souligner une crise conjugale. « Sweet Thang » et « Hitching A Ride » n'existent, elles, que par la liesse qui les porte, chansons endurantes, jouées avec enthousiasme, et relèvent quelque part d'une grosse soul, au sens où l'on parle d'un gros rock seventies, d'infatigables machines à fédérer et à faire se lever les poings. Dans le même ordre, c'est-à-dire la genèse du gros, Don Covay compose des ballades au pathos colossal : « Daddy, Please Don't Go Out Tonight » en sus de planter avec réalisme un décor social d'immédiat après-guerre, donne voix à l'enfant qui est le personnage central du pathétique moderne, « In The Sweet Bye & Bye » est un gospel sophistiqué, chanté avec virtuosité, étiré mystérieusement et culminant dans l'incongruité d'une guitare heavy-metal. Il y a du Marshall à fond chez Don Covay. Enfin, le joyau « Stop By » crée sa propre langueur, épaisse, insistante, avec sa suite d'accords européens, la bienheureuse suspension où Don murmure « Come here » et la floraison étourdissante des voix, technique reprise par Marvin Gaye dans l'album Let's Get It On, figure  évidente du désir qui, si on le brime là où il apparaît d'abord, ressurgit aussitôt en un autre endroit, puis multiplie ses apparitions, submergeant et finalement omniprésent. « Standing In The Grits Line », « Ain't Nothing A Young Girl Can Do » et « If There's A Will, There's A Way » forment une trinité McWellback : la subtilité, le savoir-faire rythmique et mélodique de leur auteur, sa capacité, surtout dans le cas des deux dernières, à écrire des airs mémorables et exactement construits s'y vérifie mieux qu'ailleurs. Lenteur du pas, groove âgé, parfum rustique (pour « Ain't Nothing... »), Don Covay sait mesurer son excitation. Nous retenons spécialement pour ce qu'elle présente de très womackien le ravageur « If There's A Will, There's A Way ». Quelque chose de sinistre et de ricaneur conclue l'album, « What's In The Headlines », sombre petite complainte dans laquelle Don Covay envisage avec humour l'obscurité de son propre trépas ; plus de batterie, mais un banjo ou ce qui ressemble à un banjo, un kazou, des rires de femmes. Cette plaisanterie funèbre ne laisse pas d'intriguer, surtout ainsi placée en bout d'album. Ce qui nous séduit est que l'air renoue avec une sensibilité très ancienne, fataliste et débonnaire à la fois, qui fut celle des bluesmen du Delta dans les années 1920/30.


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  1. Le Marais

             Ah, ah, ah, ah, ah. Le CEPB s'entiche de blues, pour n'en rien dire de très neuf d'ailleurs. Le Sud de Don Covay appartient aux hommes forts et dessalés qui ont joué le blues, mon pote. Un Sud plus essentiel que celui de Stax ou d'Allen Toussaint. Mais nous nous étonnons de constater que les albums soul inspirés du blues soient somme toute peu nombreux, et encore, le tribut n'étant jamais musical, nous limiterons cette inspiration à une certaine imagerie, composée de motifs louches et dangereux, chantés jusqu'à nos jours par les vieilles carnes de Fat Possum. Et à une certaine attitude des musiciens : un jeu puissant et sans ambages, éloigné de la précision, de la finesse et de la suavité de la soul music. Malgré ce qui a été dit plus haut , on ne peut s'empêcher de penser que, regardant les choses par un autre angle, Don Covay trahit tout aussi bien qu'il les honore, les principales lignes de force de la soul sudiste : sa saveur agreste, sa religiosité, et l'éventuelle excentricité, chez Allen Toussaint, par exemple, cette excentricité tempérée par le code du gentilhomme. Il existe dans l'ombre de l'Ordonnateur, un Mécréant. En Don Covay persiste un mauvais sujet, qui, comme il le chante dans « Bad Luck », a joué et perdu sa femme lors d'une partie de dés, ou bien de cartes. L'album, certes, atteste d'une vie urbaine et séculaire, et néanmoins, on devine la cabane aux débauches, l'établissement aux liqueurs, toute une compagnie d'individus féroces, des forêts ou des marais, ceux dont la geste a été rapportée dans les livres de William Faulkner. Dans un récit, il y avait Oncle Buck et Oncle Buddy, de la famille McCaslin, et l'un d'eux, les deux peut-être, absents de la maison et de la civilisation, jouaient leurs esclaves aux cartes, au coeur des marais. Cette violence nourrit dans nos rêves le dédain misogyne de « Why Don't You Put Your Shoes Under My Bed », le portrait du Père volage et déserteur de « Daddy, Please Don't Go Out Tonight », la claudication lente et éméchée du turpide « Standing In The Grits Line », et bien sûr, le presque trop éloquent « Bad Luck ».

            Laissons-là cet exercice de pesée d'un Inconscient et de son Imaginaire, ou plutôt invitons le voyant Sweign à le poursuivre. Car Don Covay l'affirme : peu de gens lisent les « small prints » (« What's In The Headlines »).


Don Covay - Bad Luck

Don Covay - Stop by

Don Covay - Why did you put your shoes under my bed

Don Covay - What's in the headlines

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