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23 mai 2006 2 23 /05 /mai /2006 11:32

1. La Naissance

En 1964, Marvin Marty, adolescent gauche et impopulaire, étudie le cinéma à l’Université de Virginie. Il ne montre guère de disposition pour les compétitions sportives, encore moins pour les batailles électorales et ne parvient pas à intégrer la moindre fraternité : même étudiant de troisième année, il est rituellement insulté par les nouveaux venus qui gagnent ainsi le droit de rentrer dans leurs clubs respectifs. Marvin Marty sait au fond de lui-même que ces rebuffades tendent à prouver qu’il ne finira pas sa vie dans la peau d’un square et qu’elles le destinent en outre à devenir une Légende dans son Etat natal. C’est pourquoi Marvin Marty devient le premier organiste des inoubliables Talismen. Or ceux-ci ne pouvant souffrir sa laideur et son grand âge (23 ans) l’évincent avant l’enregistrement du légendaire « She Was Good » dont il co-signe néanmoins les paroles. Cet échec signe le début de son implication totale et effrénée dans la connaissance et la pratique du cinéma. Marvin Marty, qui a très tôt constaté chez lui l’absence de tout charisme, songe combien douce et ferme doit être la sexualité d’un metteur en scène quand on la compare au brusque déchaînement de la sexualité d’une Légende dans son Etat natal. Cette pensée tiendra lieu de consolation et bientôt de credo esthétique. En 1981, sur le tournage de son dernier long métrage Have Some More Wine, Suzy Joe, Marvin Marty, que la mort va faucher dans quelques mois, déclare : « Oui, l’instant Psycho-batave m’a toujours fui. A la place, j’ai imposé une rigueur et une concentration, qui, elles, ont au contraire toujours fui mes modèles. » Marvin Marty puise l’essentiel de ses références dans le cinéma de la MGM et dans celui de la RKO. Il méconnaît ou affecte de méconnaître les cinémas européen et asiatique, à l’exception de Mario Bava et d’Akira Kurozawa. Plus saillant, il se tient à l’écart des débats théoriques qui passionnent alors ses camarades et pendant que le journal des étudiants glose sur Robert Bresson et la morale franciscaine du travelling avant, Marvin Marty, cocaïnomane dès l’été 1966, se repaît de films de cavalerie et de pirates des Mers du sud. L’expression d’une éthique ou d’une métaphysique, l’invention de formes ou de continuums, la révélation d’un inconscient individuel ou collectif, sont des questions trop difficiles pour Marvin Marty. Le réalisateur de Sad Was The Wine a toujours protesté avec beaucoup de modestie que son travail consistait surtout à faire poser la main sur son cœur « mais pas à la manière des hippies ». Heureux compatriote d’Errol Flynn, Marvin Marty ne dispose pas du moindre concept critique et peine à composer ses dissertations lors des examens. On lui reproche de ne pas connaître Glauber Rocha et Paul Morrissey, il rétorque à ses professeurs que « ces gars-là trouveront la mort à El Paso, sous le double assaut de Warren Oates et de Victor Mature. Quant à Francis Truffaut, je ne tolère pas qu’on fasse confiance à un type qui parle du nez. » Afin de décrocher son diplôme de fin d’études, Marvin Marty doit réussir au moins son court métrage, s’il veut rattraper les notes désastreuses obtenues en histoire et théorie du cinéma. Hélas, l’œuvre est conspuée par le jury de professeurs et brocardée par la quasi-totalité des élèves. Elle énonce pourtant, sur un mode fruste, les préoccupations futures de Marvin Marty. On y voit un homme d’âge mûr en jeans et casquette de base-ball descendre avec entrain les quelques marches qui mènent à la cave. L’homme éclaire l’endroit avec une torche et examine quelques bouteilles. Il paraît avoir choisi la bonne quand son visage, qui respirait jusque là la jovialité, devient pensif et grave. Sa femme l’appelle, les invités sont arrivés. On entend l’un d’eux dire une plaisanterie, qui amuse beaucoup la maîtresse de maison, manifestement nerveuse puisque la plaisanterie est idiote. L’homme dans la cave, après hésitation, repose la bouteille, en saisit une autre, puis se recompose un visage affable au moment d’ouvrir la porte de la cuisine.

On l’a compris, c’est dans ce travail d’étudiant qu’apparaît la séquence matricielle et séminale du genre cinématographique dont Marvin Marty allait être le fondateur et qu’on appellerait plus tard le film de cave. Les années à venir verraient Martin Marvy, homme de constance, reprendre en la faisant varier puis s’amplifier cette courte séquence où s’invente un alliage inédit et bouleversant de truculence et de mélancolie. Ce composé d’affects trouvé, Marvin Marty développa à partir de lui de profondes ramifications dans l’Histoire, la morale et l’esthétique. L’image ou plutôt la séquence d’images prouva une telle puissance que, par la suite, pas un film de cave, signé Marvin Marty ou pas, n’osa s’en défausser. La projection, donc, suscite un tollé auprès du jury et des spectateurs. Sommé de commenter son travail, Marvin Marty avance l’idée que son film est en priorité adressé aux peuples mexicain et australien, que par conséquent il ne peut en vouloir à « une bande de pédés progressifs » de passer à côté du véritable génie de son cinéma. L’arrogance de Marvin Marty n’impressionne guère et chacun pense avoir affaire à un sinistre imbécile qui n’a rien de trouvé de mieux pour cacher son manque d’instruction et sa déconfiture que d’employer des termes pseudo ésotériques. Chacun sauf Maurizio Benutto. Ce dernier, qui enseigne la direction artistique à un public essentiellement féminin, est tout de suite sensible à l’utilisation supérieurement signifiante que fait l’étudiant du lieu-cave ; s’il concède à ses collègues que la narration est insaisissable, il souligne le « sens aigu et poétique du lieu » qui sourd chez le jeune Marvin Marty et explique que le cinéma n’a pas encore confié sa propre clef au lieu, qui lui apprendrait à ne dépendre que de lui pour enclencher la grande chaîne des associations imaginatives, rien n’interdisant à l’esprit, bien après que le lieu est sorti du cadre, à remplir de ses flux secrets le tableau fait espace. « En Italie, mes gros messieurs, tout le monde sait cela ». L’amitié entre Marvin Marty et Maurizio Benutto est scellée à l’issue de la projection. Avec l’appui et les conseils de Benutto, Marvin Marty réalisera son premier long-métrage entre 1967 et 1969. Le professeur italien non seulement prodigue son immense expérience du plateau de cinéma mais surtout procure via de très nombreuses et bonnes relations le nécessaire soutien financier. Marvin Marty a l’idée de réunir un casting familial, qui vaudra d’ailleurs au film d’être éreinté pour son interprétation approximative. Il s’occupe seul de la mise en scène, du choix des objectifs et du montage, et abandonne à Maurizio Benutto la lumière et les costumes. Or, comme le confessera ce dernier « la cave me donnait ses instructions, et j’avais toujours à l’esprit l’essai de Marvin quand il était étudiant ». Après avoir fondé leur propre société de production, Darius Super Movies, dont les capitaux proviennent des hypothèques de Benutto, les deux trouvent un distributeur chez Paramount. En 1971 les spectateurs américains du monde entier peuvent enfin voir le résultat de trois années de recherche et de labeur, la première mise en scène de Marvin Marty : Afternoon Of The Wine.

 

                                           

                             Maurizio Benutto (à gauche) avec Dennis Wilson (en noir) et des amis

2. La Gloire 

 

Afternoon Of The Wine est un film complexe, qui ne présente pas la limpidité des chefs-d’œuvre ultérieurs. A la séquence matricielle s’est greffée le long déjeuner au cours duquel le couple d’hôtes révélera le drame qui le mine. La femme s’effondre la première, alors qu’on la félicite pour sa salade d’ananas,  puis c’est au tour du mari, qui, pendant qu’il partage une bière avec ses vieux camarades de chambrée, remarque les initiales de son fils gravées dans l’écorce d’un séquoia. Le père, dans un long plan fixe, raconte comment jeune, son propre père l’emmenait en forêt et lui apprenait à identifier les empreintes laissées par les renards et les ours ; malgré toute sa détermination, il ne donna jamais satisfaction à son père ; son fils, qui reçut le même enseignement de son grand-père, se montra plus doué et, à son tour, se chargea d’instruire son père ; « moi, conclut le père, je lui laissais m’apprendre quelque chose que mon père désespérait de me faire entendre, il n’avait pas neuf ans qu’il me donnait des leçons comme mon père avant lui, il en savait plus long que moi… ces foutues empreintes, à quoi elles peuvent bien lui servir maintenant … bon dieu j’aurais au moins pu lui apprendre quelque chose … ». Arc-bouté sur le processus de refoulement qu’il décrit, Marvin Marty donne finalement peu de résonance à l’épisode de la mort et à son évocation ; les invités fonctionnent comme de purs signes de la convivialité et pas encore comme des personnes de chair capables de compassion ou de colère. La sécheresse du dispositif constitue certes un motif durable de fascination pour Afternoon Of The Wine mais Marvin Marty ne mesure qu’obscurément les développements thématiques et picturaux suggérés par la cave. D’autres le lui révéleront. En effet, en 1971 et 1972, de jeunes réalisateurs comme Vern Matthews, Graham Lemon ou Johnny Bo Lafollette mettent en scène des drames psychologiques, se déroulant dans un cadre de franche convivialité, avec notations véristes, chacun prenant source dans une scène inaugurale qui montre un homme d’âge mûr descendre dans une cave pour y choisir une bouteille de vin. La proximité de vision est telle que le grand critique new-yorkais Pauline Kael n’hésite pas à parler d’une école dont le chef de file serait Marvin Marty : « toutes ses œuvres, à leur manière vaporeuse, définissent une zone affective où tous les états du sentiment et la totalité des types de passage de l’un à l’autre se trouvent rassemblés. Ceux qui ne voient là qu’un nouvel avatar du style McWellback, pour ce qui regarde la conduite du récit et la direction artistique, doivent mieux observer les traits d’intensité qui jaillissent ça et là : l’anecdote du père, bien sûr, mais aussi la couleur criante de la salade d’ananas. Au vu de la répétition du même motif liminaire, la descente dans la cave, dans chacune de ces œuvres, il me paraît évident de désigner cette nouvelle école comme celle du film de cave, et je suis sûre que la nouveauté inaugurée par ces œuvres, trop rêche pour le grand public, ne sera recevable que dans dix ans, quand le cinéma commercial modifiera ses formules ». Marvin Marty et Maurizio Benutto entament donc avec certitude la réalisation de leur second long-métrage, qui sera leur premier chef-d’œuvre : Keep The Wine Alive (1973). Cette fois, l’hésitation du père (Gene Hackman), au moment de choisir la bouteille, a disparu ; son attitude se maintient égale, même après l’aveu, tandis que la femme (Liv Ullmann) pleure dans les bras d’une amie ; l’obstination du père rend celui-ci plus pathétique et se nourrit de façon dérisoire de la bêtise de son beau-frère Lyle (Jon Voight), qui ne comprend guère ce qui se passe autour de lui. La caméra voudrait épouser l’égalité d’humeur, égalité factice, du père et multiplie les inserts contemplatifs : la bouteille de vin, la batte de base-ball, le plant de tomates, le cendrier, le linge accroché aux fils. Au tremblé de l’image qui caractérisait Afternoon Of The Wine, Keep The Wine Alive substitue une immobilité zen, dont le contact avec l’injustice du drame s’avère très efficace. Confrontés au père, tous les invités sont contraints de méditer leur rapport affectif à l’événement, ce qui, pour pallier l’un des défauts du film précédent, suffit à leur donner chair.

L’acteur français Michel Piccoli, alors aux Etats-Unis, se souvient du choc que lui cause la vision de Keep The Wine Alive : « J’ai moi aussi une cave, et je saisis parfaitement ce qui peut se jouer dans des moments pareils. Marvin Marty l’a compris comme d’autres mais il a été le premier à ordonner cette intuition en termes de spectacle. » En 1974, autour du casting formé par Gene Hackman toujours, Meryl Streep et John Cazale, Marvin Marty crée son plus beau film, celui qui reste comme la référence du film de cave : Sad Was The Wine. Il est malaisé aujourd’hui de mesurer les répercussions esthétiques de cette œuvre tant le cinéma mainstream contemporain a fait siens les principaux choix formels qui sont contenus en elle. Marvin Marty a considérablement enrichi son dispositif, tout en se privant de la ficelle mélodramatique de l’aveu qui assurait la dramaturge des deux œuvres précédentes. La mort du fils est connue de tous les personnages comme l’attestent le portrait et les cierges montrés tout de suite après la séquence de la cave. Le frère de Meryl Streep n’est plus un idiot, seulement un psychotique, sans doute amoureux de sa sœur. Le père donne lieu à des scènes de comédie à la John Ford, lorsqu’il est aux prises avec son irascible voisin. Le drame ne progresse pas de manière linéaire, mais c’est par éclairs que la détresse du couple nous atteint, souvent par symboles : telle paire de chaussures, tel fanion universitaire aperçu dans la cave, un langoureux travelling allant du plat de pommes frites au rebord d’une fenêtre ouverte en passant par la gouttière, et tout culmine dans cette magnifique scène où Gene Hackman et Meryl Streep dansent au son de « Please Stay » de The Cryin’ Shames, sous la voûte étoilée, avec le rougeoiement des braises du barbecue. La splendeur du film repose justement sur son tempo très particulier, composé d’accélérations, d’abandons et d’instants de plénitude, tous les rythmes de la vie. Les spectateurs, la presse puis les Oscars ont amplement consacré le film. Jamais plus Marvin Marty ne s’approchera à ce point de la pure abstraction musicale. Miné par le sentiment de perte et le doute religieux, en proie à d’inquiétantes visions qui régulièrement l’obligent à abandonner son travail (comme cet après-midi d’automne, où se promenant en compagnie d’une femme italienne, Marvin Marty voit soudain un gigantesque haltère dévaler la colline et le poursuivre), Marvin Marty opère à partir de Leave The Wine On The Table (1975) un recentrage sur la psychologie et le dialogue. D’une écriture brutale, torrentielle, le film est entièrement tissé des monologues des cinq personnages principaux. Chacun d’eux en partant d’une anecdote va retracer sa vie, ce qu’il pense avoir été sa vie, ce dont cette vie a manqué pour être satisfaisante. Comme chacun est un personnage dans le récit de l’autre, le spectateur note les différences de perception et les aveuglements respectifs au désir d’autrui. En fin de repas, c’est le fantôme du fils disparu qui s’élève et prononce la damnation du monde des vivants : « Je ne sache pas de civilisation qui n’ait ruiné son accomplissement. Le moment Psycho-batave est passé, mais qu’avez-vous fait pour le retenir ? Non, laissez le vin sur la table ! ». Le film a mis du temps avant d’être apprécié à sa juste valeur ; les inconditionnels de Sad Was The Wine, certes se sont raccrochés aux présences de Gene Hackman et de Meryl Streep, mais la virtuosité et la musique ont ici cédé le pas à d’austères et d’implacables déluges verbaux. Aujourd’hui c’est la discipline-même du dipositif, les échos subtils entre les monologues, l’ampleur thématique de chacun d’eux qui forcent l’admiration.

                                                

                         Le film de cave, seconde génération : Levon Lewiskevic et Andy Melon

3. La Chute

 

            Au début de l’année 1976, le film de cave est devenu le genre majeur du cinéma mondial. Outre les Etats-Unis, le Japon, l’Italie, l’Angleterre, le Danemark, l’Australie, l’Egypte et le Chili apportent leurs lots de merveilles, qui pour la plupart raflent prix et récompenses dans les festivals. Bref, le film de cave est à la mode, chaque studio veut produire son film de cave, chaque chaîne de télévision veut sa série de cave, des chanteurs de variété sont imposés par la production au générique des films de cave, la presse écrite consacre des hors-série très documentés au film de cave, même les compagnies théâtrales montent des pièces de cave. Dans ce contexte tapageur, Marvin Marty est l’homme le plus sollicité de la planète. Seulement, plusieurs années de cocaïne ont rendu l’homme farouche, hostile à toute compromission, peu enclin au partage démocratique de ses idées. C’est pourtant sur le plateau du Saturday Night Live, le 20 juin 1976, que Marvin Marty apparaît pour la première fois en public, aux côtés de son agent et de son directeur spirituel. L’entretien se déroule sans accrocs jusqu’à cette innocente question : « Pensiez-vous que le film de cave allait être populaire au point que trois films de cave, dont votre dernier, Leave The Wine On The Table, trônent au box-office ? ». Réponse de Marvin Marty : « Je n’aime pas le peuple. Je préfère les tapirs. Je vous apporté un calendrier, que j’ai fait, où Maurizio Benutto et sa femme posent nus au milieu de tapirs. C’est ce que j’ai de mieux à offrir. Vous m’en prenez cent et je vous laisse un tapir royal. Qu’en dites-vous ? Ne m’obligez pas à vous donner la bastonnade, parce que je ne vous aime pas vous non plus, votre tête ne me revient pas, je suis sûr que vos enfants se comportent comme des porcs, ah ! finalement vous n’aurez pas mon calendrier, amenez-moi le producteur, le président de la chaîne, je veux leur expliquer que j’élève une race de tapirs meurtriers, ils me vénèrent et je les aime comme mes fils, une fois entraînés, nous dévasterons des villes et des Etats, nous nous emparerons de la Maison Blanche et alors je téléphonerai à Brejnev : « Hm… Hi Leonid ! Fait-on des films de cave en URSS ? … Non ? Alors tu peux dire adieu à tes champs de seigle, barine, car je lance les tapirs meurtriers sur ton pays … oui, je suis le nouveau Président des Etats-Unis … non, je n’ai pas été élu …il n’y a pas de première Dame, non … Eh ! Tu écoutes quoi sur ta sono ? …The Talismen ! Yeah !... En Russie, tout le monde écoute The Talismen ?!... Non, le groupe s’est séparé… Si je peux les réunir ? C’est impossible, Leonid, ils n’ont plus la force ni la conviction … Je ferai ce que je peux, bye Leonid. » ». Marvin Marty sera condamné pour obscénités sur la voie publique et atteint à la sûreté de l’Etat. Sa caution s’élève à 200 000 dollars. Les répercussions de la perte de contrôle de Marvin Marty sur les rentrées économiques du film de cave se font sentir au bout d’un an. De toute manière, la production devenait aussi pléthorique qu’elle se noyait sous les clichés. Les grands succès du film de cave au box office de l’année 1976 sont tous de médiocres redites, de superficiels divertissements, insupportables à force de stars, de luxe et de patriotisme : Land Beyond The Wine de Levon Lewiskevic, Brave Wine de Andy Melon, ou encore Wine Me Like I Wine You de Johnny Bo Lafollette. Le début de l’année 1977 voit la sortie du néanmoins très attendu nouveau film de Marvin Marty, Wine Killing !. La stupeur, la consternation sont telles que le film est retiré de l’affiche au bout de six mois d’exploitation ; dans le même temps, Maurizio Benutto décède d’ennui et de colère à la fois. Wine Killing ! sera sa dernière contribution au cinéma de Marvin Marty et l’occasion pour le professeur italien de renouer avec la sensibilité de son pays, puisque l’action s’y déroule dans un palais de Milan, où, les critiques l’ont tous pointé comme une excessive invraisemblance, des nobles organisent un barbecue. La cave est identique aux autres, et le prince Dulcione incarné par Franco Nero porte même une casquette de base-ball. Le fils disparu est aussi mort au Vietnam et un long flash-back à la fin du film nous explique comment un aristocrate milanais se retrouve au milieu d’une guerre opposant les Américains aux Vietnamiens (il cherche un talisman, semble-t-il). La suite consiste en une collection très graphique de tableaux véritables et humains, de courses-poursuites dans les allées du palais, de meurtres rituels et de séquences érotiques avec musique électronique. Le film est porté par un désir et une puissance manifestes, c’est même la plus belle création visuelle de son auteur, mais le lien avec la cave est brisé, et ce sont les efforts étranges de Marvin Marty pour rattacher Wine Killing ! au film de cave qui gâchent notre plaisir. Pourquoi n’avoir pas simplement rompu ces attaches ? Faute de s’être interrogé sur la forme nouvelle à donner à ses intuitions, Marvin Marty signe une œuvre inaboutie, fascinante par endroits mais grotesque en beaucoup d’autres. Puis c’est le silence. 1977 voit s’effondrer l’industrie du film de cave : Marvin Marty, dans une impasse, n’est plus là pour donner l’orientation générale et entraîne dans sa chute quantité de petits auteurs, doués pour l’imitation et le consensus, incapables à eux seuls de relancer la machine. Lemon, Matthews, Melon et les autres cinéastes entament des reconversions plus ou moins fructueuses dans des genres à succès. Marvin Marty, lui, se terre obstinément dans sa propriété de San Bernardino. Peu d’informations circulent, certaines photographies le montrent assis sous la véranda fixant un point à lui seul connu, d’autres nous le présentent couché sur la pelouse. Nous savons qu’ainsi, Marvin Marty essayait de revivre l’esprit originel de la cave, en adoptant des postures qui furent celles de ses acteurs, en faisant quotidiennement leurs trajets. Quand fin 1981, après presque cinq ans de réclusion, Marvin Marty annonce qu’il tourne un nouveau long-métrage, tout Hollywood lui témoigne son admiration et sa reconnaissance, mais les producteurs ont investi les gens ailleurs. Peu importe, Marvin Marty peut compter sur la fidélité de Gene Hackman et de Meryl Streep, Johnny Bo Lafollette s’est attelé au scénario et sert d’assistant à la réalisation, la direction artistique est confiée au fils de Maurizio Benutto, Maurizio Benutto Jr, de vieux amis comme Michel Piccoli, Jean Pop 2, Kenji Fukasaku viennent saluer le maître sur le plateau, et le film est réalisé dans un climat d’allégresse et d’ élégie à la fois. Sorti en 1982, Have Some More Wine, Suzy Joe pourrait être le véritable premier long-métrage de Marvin Marty : il s’agit d’une œuvre modeste et humaniste, où brillent, plus que la technique ou la philosophie, l’expérience et la sagesse de son auteur, et même la vie en personne, pas celle de tel homme ni celle de tous les hommes, mais la vie en tant que force agissante de l’univers. A regarder Have Some More Wine, Suzy Joe, on se fait la réflexion que tout cela est bien anodin, que cinq ans de mystère, c’est bien trop pour une œuvre aussi légère, que tout baigne dans une bizarre impersonnalité. Et justement, l’impersonnel visé par Marvin Marty est bizarre, parce qu’il n’a jamais été, parce qu’il est un projet, un fantasme d’impersonnalité, et comment pourrait-il en être autrement quand cet impersonnel procède d’une cave ? « Je vais bien. Gene, Meryl, Johnny Bo et moi allons marcher un peu. On parle de choses et d’autres, de ce qui a changé. Le film avance, on travaille dessus, et le résultat sera Psycho-batave en diable. » Le 12 septembre 1982, alors qu’il quitte une projection de Ténèbres de Dario Argento, Marvin Marty s’écroule sur le trottoir. Une femme tente de le secourir : « Chérie, je n’ai pas accompli de miracle, mais j’ai occupé mon temps du mieux que j’ai pu, et cela seul mérite que l’on m’appelle un homme. » Marvin Marty décède sur le chemin de l’hôpital.

                                                     

                                                       Marvin Marty en 1969

Filmographie :

Afternoon Of The Wine (1971) 

 

Keep The Wine Alive (1973)

Sad Was The Wine (1974)  

Leave The Wine On The Table (1975)

Wine Killing ! (1977)

Have Some More Wine, Suzy Joe (1982)

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Published by Legendre - dans Cinéma PB
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21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 11:51

 

Comme vous le savez, l'ancien M. poire fut limogé de l'émission pour trahison de la cause Psycho-Batave et non-allégeance au principe de légende dans son état natal.

 

 

Nous vous présentons le nouveau M. Poire, transfuge du gouvernement Turc, où il tenait le rôle de secrétaire personnel du BACHI BOULUK BACHI dans le corps des Janissaires d'Anatolie.

Saluez-le comme il se doit.

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Published by Loretta (secrétaire de Jeanpop2) - dans People
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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 17:30

Pierre Mückensturm

Saurez-vous repérer les deux Pierre Mückensturm sur ce cliché des Zombies?

Pour parler du Pierre Mückensturm, grand sec à lunettes indispensable à l'armée Psycho-Batave, Jeanpop2 et le nouveau M. Poire reçurent la visite de La Carpa, catcheur Mexicain en villégiature et fin connaisseur de la sève apollinienne distillée inlassablement par Sa Majesté Jeanpop2. Ainsi nos théories se trouvèrent-elles confirmées par ce vestige d'un monde mourant.

King Rock & The Knights "Scandal"

The E-Types "She moves me"

The Castaways "A man's gotta be a man"

The Black Diamonds "Not this time"

The Cobras "Try"

The Jay-Jays "Come back if you dare"

The Styx "My girl"

Rosnah & The Siglap Five "Gembira ria"

Wild Bill Kennedy & The Twiliters "Move it"

Mike & The Ravens "I've taken all I can"

The Deadbeats "Why did you"

Bobby Womack "What is this"

David Ruffin "I don't know why I love you"

Guy Kraines Trio "Come see the way"

The Chosen Lot "If you want to"

The Tikis "Show you love"

Tommy Tucker & The Esquires "Don't tell me lies"

The Blue Rondos "What can I do"

The Mystic Five "Are you for real, girl?"

Gerald Sims "Cool Breeze"

The Marvellos "Down in the city"

The Swinging Medallions "Double shot of my baby's love"

The Zombies "I must move"

The Blades Of Grass "Or is it the rain"

The Malibus "Cry" 

The Woodpeckers "Inside looking out" 

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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18 mai 2006 4 18 /05 /mai /2006 12:39

Une seule question :

A quoi songe Jeanpop2, ainsi recueilli devant la tombe du Général de Gaulle ? 

 

Les lots pour les vainqueurs seront les suivants :

1- L'acétate original du "Got a little woman" d'Adrian Lloyd

2- L'immortalité

3- Une machine à enfoncer des cassettes de Cheap Trick dans les oreilles.

Bonne chance !

Jeanpop2 et des groupies

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Published by Loretta (secrétaire de Jeanpop2) - dans People
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16 mai 2006 2 16 /05 /mai /2006 16:58

Recherche

Coup de théâtre : au cours de cette émission, par ailleurs fort brillante, M. Poire, qui s'était permis d'émettre un jugement tiède sur la musique des formidables Toto (Toto IV est une réussite), fut limogé de manière PB à Crocs par Sa Majesté. "Il sera remplacé dès la semaine prochaine" fut l'unique commentaire donné à la presse par un Jeanpop2 indéboulonnable.

The Shakemakers "Searchin' for shake"

Little Willie & The Adolescents "Lookin' for love"

The Omens "Searching"

The Boy Blues "Coming down to you"

The Undertakers "Searching"

The Romans "I'll find a way"

The Legends "How can I find her"

William Cummings "Your soul searching love"

Rufus Thomas "Lookin' for a love"

Glen Miller "Where is love"

David John & The Mood "Digging for gold"

The Stitches "I'm looking for my baby"

The Quests "I'll be your man"

The Shyres "Where is love"

The Pleasure Seekers "Never thought you'd leave me"

The Kyks "When love comes searching for me"

Lee Dorsey "Gotta find a job"

The Soul Invaders "My lucky day"

The O' Jays "Working on your case"

The Electras "Just a little soul searchin"

The Other Four "Searching on my love"

The Quests "Shadows in the night"

The Liberty Bell "Look for tomorrow"

The Fortune Seekers "Why I cry"

The Paupers "Searching for someone"

The Emperors "Looking for my baby"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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15 mai 2006 1 15 /05 /mai /2006 19:06

« - Une lettre de votre ami norvégien, Boulter ! Voilà qui est très sympathique.

-         Becquerel, si vous connaissiez un tant soit peu Sred Sweign, vous comprendriez que le terme « sympathique » est mal approprié pour un être de cette vigueur. En outre, je vous défends de manifester la moindre inclination pour lui, car Sweign est loin de vous apprécier, et vos talents de diplomate, votre art consommé de la mondanité ne vous seraient d’aucune utilité devant l’intégrité impeccable du contrôleur des douanes maritimes de New Bedford. J’ajoute que pour vous épargner la honte cuisante d’un rejet en public, dans l’hypothèse d’une rencontre entre vous et lui, je préférerais vous rosser moi-même, et dès maintenant si vous le souhaitez.

-         Vous exagérez, Boulter, vous me payez mal des services que je vous rends depuis près d’un mois. Dois-je endurer votre mépris, tolérer vos menaces, quand, grâce à moi, votre périple se déroule si idéalement, dans le confort et l’aisance ?

-         Je le pense, oui.

-         Puis-je en savoir la raison ?

-         Vous retirez aussi des avantages de ma compagnie, de ces avantages dont la moralité souffre contestation.

-         De quoi parlez-vous ?

-         Vous avez soudoyé Mme Poire.

-         Mme Poire ! Comment osez-vous !

-         Je l’aurais permis à Don Creux, dont la décontraction et le Pat étaient proverbiaux, mais à vous, qui mendiez fébrilement les attentions d’autrui, qui ne savez rien de l’humanité déclinante de 1975, qui participez de la supercherie plastique de New York, je ne saurais le permettre.

-         Vos jérémiades commencent à me peser, Boulter. Puisque le convoi ne part que dans trois heures et nous laisse ainsi désoeuvrés, je compte disposer de ce temps d’une manière plus agréable : je retourne à l’hôtel.

-         Frayer avec ce groupe d’Islandais ?

-     Aurais-je tort ?

-         Oui. Mais faites. C’est très bien, après tout.

 

 

 

Nous approchions, Becquerel et moi, du terme de notre voyage, et en dépit de la cruauté de nos rapports, je songeais pour moi-même que le boutiquier français m’avait été indispensable, non pas pour ce qu’il prétendait : le confort et la compagnie, mais pour un certain effet de balance que j’avais déjà apprécié avec mes amis Don Creux et John Ernest. La désertion du premier et la rudesse du second avaient constitué des épreuves, beaucoup moins pénibles que la pure incompréhension de François Becquerel pour la cause que je défendais et dont Jean-Pierre Paul-Poire suggérait qu’elle ne le serait véritablement qu’en en mesurant le désastre. Peut-être la mort de Randall Webb signifiait ce désastre. Mais je n’étais pas mort, Jean Pop 2 non plus, qui nous attendait, moi et Becquerel, au cœur du massif de l’Elbourz, et qui, à en juger d’après son inlassable entreprise de réhabilitation, devait bien consacrer son âme et son sang au Psycho-Batave. En prélude à cette fantastique rencontre, alors que nous reprenions des forces dans les montagnes de l’Arménie, je reçus cette lettre de Sred Sweign et pour ne pas être dérangé dans sa lecture, je me réfugiai dans une minuscule église faite de bois, d’or et de roc. Un fidèle m’apprit que l’Eglise d’Arménie était aussi appelée Eglise de l’Illuminateur, par référence à son fondateur Saint Grégoire l’Illuminateur, mais je crois savoir qu’il est impropre et presque blasphématoire de nommer une Eglise d’après son fondateur. La dénomination me plaisait néanmoins et je trouvais un certain Pat à quelques prêtres que je croisais, qui portaient avec aisance le collier de perles, la barbe assyrienne et les lunettes noires.

                  

                                          Who's got the Pat !

L’un d’eux évoqua pour moi la beauté des chants liturgiques de son pays, appelés charakan, et je ne pus hélas qu’approuver un type de jugement et de vision qui m’était parfaitement étranger. Mes conceptions en matière de musique vocale ne méritaient pas d’être exposés devant le prêtre. Par un heureux effet du hasard, elles allaient être mises en branle par la lettre que je tenais entre mes mains :

 

 

 

« Boulter Lewis,

 

 

 

La morne simplicité de mon existence à New Bedford est parfois troublée par l’apparition d’un événement singulier, mais le trouble est justement la forme inférieure du drame et il n’attend jamais très longtemps avant de se dissiper.

Par un matin d’avril, je reçus la visite d’un homme courtois et d’une hygiène corporelle étonnante malgré les frusques infectes qui le recouvraient. Le but de son voyage était la Californie du Sud, où, m’apprit-il, un homme de qualité devait être instruit de la vision de l’industrieux Jean Brech, le fameux auteur de films pour adultes, tout comme autrefois, on envoyait les étudiants allemands griffonner quelques esquisses à Rome. Et il ajouta que sa motivation était cependant principalement pécuniaire, aveu que je saluai avec enthousiasme : « M. Legendre, vous êtes le bienvenu, les films de Jean Brech ont joué un rôle décisif dans la formation de mon goût, et je me réjouis de constater qu’il en va de même pour vous, entrez, je vous prie. » Vous savez l’exiguïté de l’espace dans le logis que j’occupe, néanmoins Legendre se faufila dans la niche à la gauche du bureau de nacre, et ne me donna ainsi pas lieu de déplorer une trop grande intimité ou une trop infranchissable distance entre nous. Je le lui fis remarquer : « Legendre, le coin par vous choisi… il est idéal. Bravo. » « Sweign, quand j’ai aperçu ces reliques à mon entrée (il désignait le pauvre ornement de mes murs), je me suis simplement dit qu’il serait tout à fait plaisant de les avoir constamment sous les yeux le temps de notre conversation. » Je connaissais Legendre de fraîche date, je l’avais entendu prononcer la célèbre oraison funèbre de Randall Webb, et l’effet avait été des plus saisissants : cette rumination intense, tragique, l’étrange costume caucasien de Legendre, sa gestuelle outrée. Mais l’apparence de mon ami avait bien changé, la banalité, certes pouilleuse, de son accoutrement excluant d’ailleurs toute description. Comme j’étais fort désireux de déterminer le degré d’adhésion du Legendre actuel aux idées du Legendre d’alors, je m’empressai de lui signifier combien son exhortation à la sagesse Psycho-Batave avait compté pour moi dès lors qu’elle eut été prononcée, combien ma vie dans ses aspects les plus ramifiés s’en était trouvée réformée, oui « réformée » seulement parce que je n’avais pas été surpris ni même heurté dans mes convictions, mais l’oraison représentait sans doute l’achèvement fastueux de ma formation, je l’avais attendue et méditée d’avance, et je pouvais, avec l’aide des circonstances qui auraient fait de moi le dépositaire de Randall Webb, et un être plus appliqué, je pouvais rédiger à mon tour certaines parties de ce texte magnifique, alors je ne fus en vérité ému aux larmes que de ce qu’on ne me laissa pas créer par moi-même mais que ma vie telle qu’elle fut menée appelait ardemment, et Legendre réalisa ce pour quoi je crus bon de respirer chaque jour. Mon visiteur me rassura : le voyage pour Jean Brech Productions  n’est pas le déni ironique que l’on s’imagine, il est la poursuite athlétique et affirmative de l’idéal Psycho-Batave, il correspond, sur un mode extérieurement tapageur, à l’ancien idéal arcadien de synthèse réussie entre les plaisirs de la nature et les fumets de l’intelligence. « Mon vieux Sweign, à nouveau vous pleurez ! Je vous assure pourtant que ma visite ne se propose nullement d’être un tournant dans nos existences, laissons-là nos prières et nos invectives, toute la lourdeur prophétique et souvent inscrutable du Psycho-Batave, parlons simplement et sans l’affectation du simple qui nous est odieuse. Je souhaiterais que nous fussions bière en main, assis en tailleur, oui comme certains crétins de hippies, car, afin de soutenir un éclat  aussi exigeant que celui du Psycho-Batave, il faut parfois condescendre à adopter des comportements ridicules et obscènes, comme accompagner à la guitare un abruti brâmeur néo-réaliste de cabaret, dans l’intention d’obtenir un peu de ce que Jean-Pop 2 appelle son « teu-teu ». Vous et moi, nous n’aurons guère besoin de trop faire violence à nos inclinations, et cela est précieux pour ce qui nous occupe maintenant : tâcher de circonscrire une manière d’être simplement Psycho-Batave, un naturel Psycho-Batave qui devra renoncer aux scandales fondateurs de Randall Webb, à la brutalité inouïe de Boulter Lewis, et même à votre lacrymosité paroxystique. Oui, Sweign, vos pleurs doivent se matérialiser en ces Golden Teardrops chantés par The Flamingos, des pleurs faits étincelles de soleil ou ruissellement d’or, parce que ces pleurs-mêmes délicatement orchestrés et harmonisés avec suavité sont passés de l’état de témoignage psychique à celui d’objets sensoriels, offerts à la contemplation, pleurs dévitalisés, certes, mais affinés dans l’ornement, polis dans la stricte beauté du doo-wop Italo-américain, et là, mon ami, il ne faut pas accuser les larmes de trahir le cœur, mais accueillir leur tranquille métamorphose en splendeurs inertes de l’art, mon vieux Sweign, toute cette violence qui a marqué l’avènement du Psycho-Batave justifie que nous nous reposions aujourd’hui, vous et moi, nous tous, qui avons traversé les affects les plus durs et dont les combats n’ont pas même été rapportés  à la connaissance des hommes, puisqu’un combat philosophique ne l’est justement que parce qu’une idée est demeurée ensevelie et qu’elle réclame d’être portée hors de terre, et tant que ce combat se poursuit, l’idée dort sous la terre, et jamais, Sweign, jamais nous ne fédérerons un peuple, nous pouvons au mieux fabriquer une communauté avec ce que cela comporte d’infâme : les rites, le mystère, le déclin Vieux-Loup, aussi convient-il surtout, avant-même que le triomphe ne sanctionne nos efforts, d’apprendre une manière simple d’être Psycho-Batave, qui ne sera ni une épure du Psycho-Batave ni une nouvelle jeunesse du Psycho-Batave, mais en quelque sorte, ce que fut le rococo pour l’ensemble de l’art classique, une pacification de toutes les tensions de l’art classique, l’aboutissement de son idéologie, la résolution de son drame, de son conflit interne entre le charnel et le spirituel, la ligne et la couleur, l’homogène et l’hétérogène, dans la virtuosité heureuse, au prix de l’émotion qui nous a trop épuisés et a tué Randall Webb, bien sûr, Sweign, nous avons droit nous aussi à notre Rococo, à la facilité du Rococo, facilité de ce qui est sûr dans la technique et de ce qui est nul pour le sens, nous sommes la pointe d’un certain art de vivre et je nous accorde cinq années avant d’être balayés et de ne plus compter pour rien, et en outre, à cause de cette facilité que j’invoque, nous ne rachèterons pas notre disparition de la façon équivoque des décadents, l’on dit déjà que celui qui n’a pas vécu entre 1961 et 1966 ne connaît pas la douceur de vivre et la vérité de cette assertion risque de nous faire haïr pendant longtemps, mais je nous conjure, Sweign, de bailler dédaigneusement à la vindicte qui nous guette en sifflant Memories (Of The Past) des véritables génies de Baltimore, The Fabulous Monarchs. »

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 10:49

Douleur

C'est tout seul que Jeanpop2 inaugura l'été et présenta cette émission. M. Poire, en un passage éclair, apporta un disque rare et son patriotisme régénérant, et c'est déjà beaucoup.

Barbara George "I don't want to be hurted"

Buffalo Springfield "Burned"

The Beat Buddies "Pins in my heart"

The Vaqueros "Growing pains"

The Music Machine "Somethin' hurtin' on me"

The Perpetual Motion "You hurt me"

Rollin' Ramsaxes "You've hurt me so"

The Impressions "You always hurt me"

The Greeks "Love won't make you my friend"

Sonny Raye "Whip it on me"

We The People "You burn me up and down"

Luke & The Apostles "Been burnt"

The Werps "Love's a fire"

The Knickerbockers "Bite bite barracuda"

Earl Preston & the T.T.'s "Hurt"

Deans "Hurt by love"

Phil Flowers "One more hurt"

The Phillips Bros "I got hurt"

Helene Thomas "Pain in my heart"

Jackie De Shannon "Needles and pins"

The Bittersweets "Hurtin' kind"

The Midknights "Pain"

The Pretty Things "Can't stand the pain"

Oscar Mack "Put out the fire (let me go)"

Tommy Tate "I'm taking on pain"

The Bystanders "(You're gonna) hurt yourself"

Bergen White "Hurt so bad"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 17:52

Vu vos difficultés à répondre correctement aux trivias précédents, nous avons décidé de le rendre encore un peu plus abordable.

Question 1 :

Mick Jagger est le chanteur de quel groupe de rythm and blues britannique ? 

Question 2 :

Complétez les paroles de cette chanson de The Beach Boys : "Round round get around I get ..."

Question 3 :

Quel est le rapport entre sid barrette et the pink floyd ?

Question 4 :

Quel est le nom de ce groupe ?

 

Question 5 :

De quelle musique traditionnelle américaine jouée par les esclaves noirs le rock'n'roll provient-il ?

Question 6 :

Michael Jackson est-il innocent ?

Question 7 :

Comment s'appelle l'instrument à six cordes non seulement utilisé dans le rock, mais aussi dans le flamenco ?

 

Réponses du précédent trivia :

1- Sly Stone.

2- Robert Kennedy.

3- Le film "Splendor in the grass" qui inspira une chanson éponyme à la chanteuse californienne.

4- The Zakary Thaks, "Can you hear your daddy's footsteps".

5- The Chamber Brothers.

6- Un titre : "Frustration".

7- Unrelated Segments "It's gonna rain".

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 16:34

Transe/Goa

Olaf Sweign et un ami en transe

Jeanpop2 et M. Poire, altermondialistes avoués, se penchèrent ce soir sur la musique qui fait secouer la tête de Patrick Rural et vibrer les foules lors des technivals, ces grandes manifestations d'amour et de pacifisme. Ils n'en oublièrent pas pour autant leur rigueur coutumière et se serrèrent dignement la main au moment des adieux hebdomadaires. 

The Wheels "Bad little woman"

Hoyt Axton "Double double dare"

The Human Expression "Love at psychedelic velocity"

The New Colony Six "At the river's edge"

Bobby Fuller "Let her dance"

Bo Diddley "Gun slinger"

The Readymen "Shortnin' bread"

The Pointer Sisters "Send him back"

Eddie Holman "I love you"

Stanley Mitchell "Get it baby"

The Ugly Ducklings "Just in case you wonder"

Jim Jones & The Chaunteys "Baby (better get on home)"

The Iguanas "Again and again"

Bush "Feeling sad and lonely"

The Squires "It's the same all around the world"

The Lost Souls "Peace of mind"

The Undisputed Truth "Superstar"

 Good Time Charlie "Rover or me"

John Bradley "Everybody's gettin' soul"

Just Too Much "She gives me time"

The Chocolate Watch Band "Don't need your lovin'"

The Deacons "The Baldie Stomp"

The Elois "By my side"

The Action "Brain"

Scott Walker "Angels of ashes"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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17 avril 2006 1 17 /04 /avril /2006 17:03

Sagesse

"I'm living good". Cette déclaration émouvante de Louis Williams servit d'exergue à cette émission étonnante de quiétude. Une escale heureuse, une pause anticipée dans le combat Psycho-Batave.

The Odds And Ends "Be happy baby"

The Puppets "Baby don't cry"

The Us Group "Little bit of something (is better than a lot whole of nothing)"

The Age Of Reason "Dirty shame"

The East Side Kids "Listen to the wise man"

Sebastian & The House Rockers "The best man cryed"

Edward Hamilton "Baby don't you weep"

The Wet Paint "We call him a man"

The Merry-Go-Round "Time will show the wiser"

The Menn "Things to come"

Thee Midniters "Giving up on love"

The Five Royales "I'm on the right road now"

Oscar Toney Jr. "You can lead your woman to the altar"

Steve & The Board "Now I'm older"

Richie's Renegades "Don't cry"

The Bad Seeds "I'm nobody's man"

Solomon Burke "Take me (just as I am)"

George Blackwell "Can't lose my head"

Billy Keen "I finally got wise"

Scott Walker "The world's strongest man"

Tim Hardin "A satisfied mind"

The Five Keys "The glory of love"

The Thunders "Take me the way I am"

The Quinstrels "I got a girl"

The Troggs "Too much of a good thing"

The Furys "I'm satisfied with you"

Vous pouvez écouter l'émission en direct tous les mercredis de 20h à 21h30 sur le site de radio campus Orléans (voir les liens). Vous avez grand intérêt à le faire. vous pouvez aussi l'écouter en différé une semaine après sa diffusion.  

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