<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
         xmlns:err="http://jelix.org/ns/xmlerror/1.0">
 <channel>

		<link rel="hub" href="http://overblog.superfeedr.com" xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" />
		<link rel="self" href="http://www.jeanpop2.com/rss-articles.xml" xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" />
	
    <title><![CDATA[Le Centre d&#39;Etudes Psycho-Bataves de Jeanpop2 (Lettres de M. Poire)]]></title>
    <link>http://www.jeanpop2.com/categorie-112743.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Lettres de M. Poire&quot; du blog &quot;Le Centre d&amp;#39;Etudes Psycho-Bataves de Jeanpop2&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Thu, 16 Feb 2012 12:46:28 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Thu, 16 Feb 2012 12:46:28 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.jeanpop2.com</copyright>            <category>Lettres de M. Poire</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[L'arche Psycho-batave de Jeanpop2 : The Specters (3ème partie)]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-659429.html</link>        <description><![CDATA[<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ainsi parla Jeanpop2 : </p>
<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &quot;Poire, je vois la candeur McCartn&eacute;enne de vos yeux se changer en stupeur, la stupeur des veilles de grandes r&eacute;volutions, d'&eacute;piques d&eacute;couvertes. Vous ne comprenez pas. On vous a d&egrave;s le plus jeune &acirc;ge appris &agrave; faire le In and out Psycho-batave au son de Larry and The Blue Notes. Vous avez &eacute;galement exp&eacute;riment&eacute; le sexe Italo-am&eacute;ricain envelopp&eacute; des volutes ouat&eacute;es de Smokey Robinson. Dans vos heures de Vieux loup, l'&eacute;cume aux l&egrave;vres, vos d&eacute;hanchements sont rythm&eacute;s par The Chants R&amp;B ou The Sparkles. Mais jamais vous n'imaginiez commettre la chose au son du &quot;Depression&quot; de The Specters. Laissez-moi vous raconter alors l'histoire de ce morceau :</p>
<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces quatre adolescents&nbsp;du Massachussets, lestes, d&eacute;complex&eacute;s, avaient exp&eacute;riment&eacute; les ravissements du in and out, d&eacute;fiant la permissivit&eacute; des chauves, au bordel local. Ils en tir&egrave;rent leur s&ucirc;re virilit&eacute; et un morceau en hommage &agrave; cette psycho-batave&nbsp;whorehouse. Bien &eacute;videmment, les chauves et les grises s'offusqu&egrave;rent de la&nbsp;hardiesse &nbsp;des paroles de cette ritournelle bourr&eacute;e de Pat. Ils s&eacute;qu&eacute;str&egrave;rent&nbsp;alors leurs&nbsp;prog&eacute;nitures, leur impos&egrave;rent un r&eacute;gime au pain sec et &agrave; l'op&eacute;rette des Appalaches, jusqu'&agrave; les forcer de laisser de c&ocirc;t&eacute; la chanson honteuse. Apr&egrave;s cette humiliation, plein de&nbsp;honte et de fiert&eacute;, le groupe s'enferma en studio pour composer la chanson qu'ils voulurent par r&eacute;action la plus m&eacute;lancolique du monde. Et &eacute;coutez, Poire, ils l'ont&nbsp;accomplie, et cette m&eacute;lancolie est le bonheur d'&ecirc;tre triste, d'&ecirc;tre vivant, d'&ecirc;tre la pointe rouge de la pyramide dans ce long d&eacute;sert priv&eacute; de pittoresque, braise dans cet hiver&nbsp;sans &eacute;toiles.</p>
<p align="center"><img height="189" alt="" src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/parents-et-mary-anne.jpg" width="275"/></p>
<p align="center"><em><font color="#993366" size="1">Les parents et la petite soeur du chanteur de The Specters</font></em></p>
<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Parfaitement, Poire, vous avez tout saisi ! Cette chanson&nbsp;toute en faux-semblants, est un leurre ! Ma t&ecirc;te est surmont&eacute;e d'un masque et tout ceci n'est que mascarade intense, &agrave; l'image du divin &quot;Depression&quot; ! Souvenez-vous, le jeu de l'ombre et de la proie ! Maintenant, amusez-vous et laissez-moi me faire gober le dard ! &quot;</p>
<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A ces mots, Jeanpop2 s'&eacute;loigna en accomplissant de vertigineux sauts de cabri pour aller rejoindre un groupe de femmes lascivement&nbsp;expectatives. Je r&eacute;alisai soudain qu'entrain&eacute; pas sa loghorr&eacute;e, mon ami et ma&icirc;tre ne m'avait pas laiss&eacute; le temps de lui pr&eacute;senter Randall Webb. C'est alors qu'en me retournant je vis ce dernier fort occup&eacute; avec trois femmes noires, et ce de mani&egrave;re absolument fr&eacute;n&eacute;tique. Randall Webb faisait le in and out comme on &eacute;trangle un tigre, son poitrail ruisselait et il hurlait son plaisir entre ses dents sans aucun &eacute;gard pour le sublime &quot;Depression&quot; qui peinait alors &agrave; remplir l'espace.</p>
<p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soudain Randalll Webb s'immobilisa, tourna son visage d&eacute;figur&eacute; par la douleur et s'affaissa d'une pi&egrave;ce. La musique avait cess&eacute;. Tous les visages converg&egrave;rent vers le corps de la b&ecirc;te et il&nbsp; passa dans l'air comme l'haleine empoisonn&eacute;e de l'&eacute;t&eacute; 1969.</p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 03 Aug 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">039a7bb8faaa97bb9be9f99d5601d432</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-659429-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'Arche Psycho-batave de Jeanpop2 : The Specters (2ème partie)]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-539773.html</link>        <description><![CDATA[<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un petit homme affûté, au visage congestionné mais au centre duquel les yeux lançaient des éclairs, nous servit de guide. De sa voix aigrelette, où le comique le disputait à la violence, il nous expliqua que sa position actuelle était due aux nombreux services quil avait rendus par le passé à Jean Pop 2, sans compter quil ny avait pas meilleure assurance que lui lorsquil sagissait de redresser les côtes aux mauvais payeurs, le nombre de ces derniers sétait dailleurs accru en quelques années, à croire que plus personne ne savait ce quétait le respect, à qui on le doit et comment on le manifeste, ces choses devraient être sues depuis lenfance, or on nen faisait quà sa tête, dans le pur mépris des règles, comment voulez-vous quon garde son sang froid en permanence, il faut parfois semployer très tard à creuser des trous alors quon préférerait jouer aux cartes avec les amis (<I>là-dessus, Legendre parut se mettre à réfléchir. Puis plus rien.</I>), ou dîner avec une gentille fille, je veux dire pas le genre à dire en public quelle trouve du charme à Nat King Cole, elle voulait dire «&nbsp;du talent&nbsp;», naturellement, mais soudain vous devez vous trouver dans un certain hangar, dans une certaine forêt, sans chandelles,<SPAN style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </SPAN>sans alcool, en bras de chemise, et le sens de vos activités se rappelle à vous&nbsp;: je réponds aux circonstances, je ne considère pas que jabrite en moi une maxime morale qui serait supérieure à la vie elle-même, faites gaffe, ce costume ma coûté dix mille dollars, au fait, chaussez ces masques, mignons nest-ce pas, il sagit de The Specters, je ne vais pas vous mentir, ces gars-là nont pas joué le jour de mon mariage, mais enfin, il semble que leur musique soit à lhonneur ce soir.</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><IMG src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/pesci.jpg"></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><EM><FONT color=#800040 size=1>"Un petit homme affûté, au visage congestionné..."</FONT></EM></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.4pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="mso-spacerun: yes">&nbsp;</SPAN>La conversation du guide était si éblouissante que je ne retins aucune impression visuelle de notre progression à lintérieur du navire. Hormis le souvenir dun escalier et celui de mousseline rouge, les détails me fuient. Aussi jignore combien de temps et par quels détours nous parvînmes à la grande et lumineuse salle de réception. Là, enfin, nous vous vîmes. Ce nétait pas vous dans un premier temps mais le tableau vivant qui sanimait sous nos pas, et dont linsigne beauté nous contraignit bientôt à nous arrêter, au risque de vous perdre vous ainsi que lobjet de notre visite. Je pourrais invoquer à titre de comparaison la fête donnée par M. Arkadin dans sa retraite espagnole, simplement parce que dans les deux cas les convives étaient masqués. Mais la fête de M. Arkadin répond encore à la description classique de la mascarade&nbsp;: belles étoffes, musique à boire, danses athlétiques, rires sonores, prolifération des couleurs et des formes, jeux et charades. Jean Pop 2, lui, créait sous nos yeux ce quà défaut nous serions tenté dappeler une mascarade Psycho-batave. On ne dansait guère, on faisait le In &amp; Out en étouffant tout gémissement pour ne pas couvrir le séraphique «&nbsp;Depression&nbsp;» de The Specters, qui était diffusé en boucle par les haut-parleurs couverts de lierre et de pétunias, dissimulés derrière de petites fontaines. Parce que Jean Pop 2 marquait autant quil le pouvait sa fascination pour le film «&nbsp;Profondo Rosso&nbsp;», il avait fait accrocher divers tableaux représentant des sabbats ou des bûchers et quelques miroirs de type grotesque. On trouvait aussi des coffres arabes en bois sombre où des scènes denlèvements au sérail étaient gravées, des éléphants de porcelaine dans lesquels on avait fiché des flambeaux. Et au milieu des accouplements se tenait une vieille femme fardée, des colifichets en or tombaient sur sa poitrine et elle nous contemplait avec effroi, en ouvrant très grands les yeux sous son large chapeau noir. «&nbsp;Vous lavez tué, mon petit&nbsp;!&nbsp;» fit-elle posément, sans quelle parût sadresser particulièrement à notre groupe. A notre gauche, un homme qui chevauchait une dame tordait son propre corps dans des postures qui névoquaient pas la jouissance physique&nbsp;; de brèves saccades faisaient saffaler la silhouette qui se reprenait aussitôt, les mains venaient recouvrir le masque puis se crispaient comme si elles avaient voulu en rider la partie supérieure, enfin la tête se détachait, balançait en arrière avant de se coller au torse, qui était pris de légers spasmes. Etrange cérémonial qui devait augmenter les plaisirs de lamour. Cet homme, je lappris plus tard, pleurait. Javais entendu son nom, Sred Sweign, au début de ma convalescence lorsque la chance me fit croiser le chemin dAdrian Lloyd à Donnafugata. Pour le moment je ne soupçonnai pas qui cet homme sensible pouvait être et je neus guère le loisir de minterroger&nbsp;: jallais menquérir de son identité quand vous, Jean Pop 2, sans doute furieux de ce que je montrasse de la curiosité, élevâtes soudain la voix. «&nbsp;Poire&nbsp;! Laissez Sweign pleurer tout son soûl, laissez-le explorer pour son compte les limites de lenthousiasme, Sweign est un poète&nbsp;: il pleure plus quil ne respire, tous les poètes sont ainsi, tous les poètes pleurent et sil ne pleurent pas, ils courent droit à la honte, à léchec, à la souillure, Sweign pleure et je me réjouis du fait quil pleure comme au premier jour, comme ce soir à Cracovie où il dansa seul avec une femme africaine sur la musique de The Four Seasons, la chanson sappelait «&nbsp;The Night&nbsp;» et lorsquil pleura en lécoutant, Sweign et moi avons compris quil était devenu un poète, maintenant The Specters, qui égalent en intensité The Four Seasons, font pleurer Sweign et toutes ses facultés poétiques sont en alerte, ses dons innombrables se mettent en branle, son imagination se gonfle des songes les plus capiteux. Poire&nbsp;! Laissez Sred Sweign épuiser le sel de ce quil est et préparez-vous à recevoir ma péroraison de plein fouet&nbsp;! Elle ne sera pas celle dun poète, bien quelle regorge de trouvailles poétiques&nbsp;; elle sera une péroraison Psycho-batave&nbsp;!&nbsp;». Je vous observais, à seule fin de nourrir ces lignes, mais le lecteur me croira-t-il lorsque je lui rapporterai que seul vous aviez chaussé le masque du chanteur principal de The Specters, que la pochette du pressage original de la chanson «&nbsp;Depression&nbsp;» vous faisait un turban façon Orgue du Fantôme, que vos joues étaient badigeonnées de mousse à raser, quenfin votre sceptre Psycho-batave était gainé dans un fourreau en peau de daim&nbsp;? Je ne notai pas sur les traits sévères de Randall Webb ni sur ceux, avachis, de Legendre, un quelconque étonnement à ce spectacle que, de mon côté, je scrutais indéfiniment, avec ardeur et passion, et vous fûtes lié un instant à mon premier sapin de Noël, dont je ne perdis jamais le souvenir et à léclat duquel seul je peux comparer le surgissement de Jean Pop 2. </P>]]></description>
        <pubDate>Sat, 02 Jul 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">aabff512f678d2287b9de5af479d3b2b</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-539773-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L'Arche Psycho-batave de Jeanpop2 : The Specters (1ère partie)]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-488748.html</link>        <description><![CDATA[<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Copenhague sévanouissait dans les fumées de la locomotive et je veillais sur la silhouette massive de Randall Webb en songeant combien celui-ci, par son absolue dévotion à lart de Roy Orbison, nous avait conduits tous deux aux portes de la mort. Le Psycho-batave avait-il imprégné cet homme au point quil jugeât sa vie et la mienne moins dignes dintérêt depuis que la réalité sétait chargée dabattre méthodiquement toutes ses conceptions, et dans ce cas je devais admirer Randall Webb qui avait trouvé un principe de pensée au nom duquel la vie pouvait être condamnée, ou bien mon guide, par son alliage si improbable de force et de fragilité, trahissait-il un affaiblissement de ses facultés, et alors je ne devais pas hésiter à men séparer. Legendre, qui était réapparu comme par miracle au moment où le sifflet du départ avait retenti, rajustait les couvertures dans lesquelles Randall Webb, en proie à la fièvre, sétait enroulé. Parce que cela lui était imposé, Legendre affectait de sadresser au malade en lappelant «&nbsp;barine&nbsp;» et aussi souvent que possible, devait le tancer gentiment, comme si Legendre avait été un serviteur de la famille depuis plusieurs générations et quil avait vu grandir le jeune et nouveau maître. Des disputes pouvaient éclater où Randall Webb se plaignait que lon manquât de vivres et de jeux, à quoi Legendre répliquait que le maître ne donnait pas assez dargent pour se les procurer, mais alors Randall Webb fulminait et assurait que largent avait été dépensé pour boire, ce à quoi Legendre réagissait avec vigueur en protestant de son honnêteté. Apprise par cur, répétée chaque jour, la dispute finissait par prendre un tour inquiétant en même temps quelle atteignait des sommets de lart. Notre voyage dura et je fus exclu de ce petit théâtre dans lequel aucun rôle nétait prévu pour le triste Poire. Cette mise à lécart me profita&nbsp;: je rédigeai la Lettre de Copenhague, récapitulai pour moi-même les événements des mois précédents, et me posai en seul gardien de lextérieur. <I>Abandonnant Legendre et Randall Webb à leur psychose russe, je contrôlai maintenant notre destinée</I>. Cest alors que je vous fis parvenir la Lettre, dès que nous fûmes arrêtés pour la première fois après que la neige eût immobilisé notre wagon. Larrêt se prolongea tant, ou bien vos moyens postaux dépassent lentendement, ce que je crois volontiers, que votre réponse me fut connue avant que le train ne se remît en marche. Je reproduis ici votre réponse, pour le plaisir et linstruction du lecteur, trop heureux de lire la prose sensible de Jean Pop 2 quand il doit chasser lennui que provoque en lui la lecture de la prose modeste de Poire&nbsp;: «&nbsp;Cela est attendu et dautres choses encore. Venez puisquil nest plus question que de venir. Venez et comprenez ce que vous verrez. Le navire fera halte à Riga, chaussez les masques que lon vous tendra, attendez que je prenne la parole. Venez. Comprenez.&nbsp;»</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify" align=center><IMG src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/legendre.jpg"></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify" align=center><EM><FONT color=#ff0000 size=2>Legendre à notre arrivée à Riga</FONT></EM></P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sept jours se passèrent avant que nous ne gagnâmes Riga où votre «&nbsp;navire&nbsp;», car cen était un, qui avait croisé sur les mers du Sud, qui avait essuyé les coups de canon et le sang des prêtres, votre navire avait accosté, pareil au vaisseau fantôme de la légende, le pont désert, lair tumultueux au-dessus, le cri assourdissant des mouettes, et plus dune fois, jaccusai mes sens dun mirage que mon cur voulait dissiper. Randall Webb magrippait pour me signifier sa joie de retrouver sa terre natale et Legendre pleurait ses pauvres parents qui depuis le voyage du maître devaient être battus par le régisseur cruel, un certain Koraguine. «&nbsp;Ah&nbsp;! La terre est noire du seigle que lon va récolter. Bientôt nos parties de traîneaux vont reprendre dans la forêt de trembles. Jespère quAratchéïev a fini son service.&nbsp;» «&nbsp;Que dirons-nous à la maîtresse sur vos pertes à la roulette, barine&nbsp;?&nbsp;» «&nbsp;Nous lui dirons ce que nous avons lhabitude de lui dire&nbsp;: plus un homme de mon rang perd de roubles, plus son honneur se trouve conforté. Jai entendu cela au bal du Ministère, cétait dans la bouche de ce vieux sanglier de Tratcheski&nbsp;» «&nbsp;Vous ne laimez pas beaucoup, ce Tratcheski, barine. Il vous a fait du tort dans la vente des terres de Tromitskoïe.&nbsp;» «&nbsp;Oui, cest vrai. Mais il lui arrive dêtre spirituel.&nbsp;» Jétais, si vous vous rendez à la vérité de ce que je vous représente, votre seul interlocuteur concevable au moment où nous pénétrions dans le navire. </P>]]></description>
        <pubDate>Mon, 20 Jun 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">4de033836cc16f43ef64517fe3ce70c6</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-488748-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Copenhague : Roy Orbison, le terme et l'au-delà de l'amour]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-341563.html</link>        <description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <font size="2">Copenhague, aux murs roses et aux th&eacute;&acirc;tres dor&eacute;s, vit se d&eacute;rouler l&rsquo;&eacute;pisode le plus m&eacute;lodramatique de notre qu&ecirc;te. Que la ville f&ucirc;t devenue un haut-lieu du psycho-batave ne constituait pas la raison de notre halte, qui &eacute;tait que Randall Webb y avait un fr&egrave;re, Tobby Webb, tailleur qui jouissait d&rsquo;une belle r&eacute;putation dans toute l&rsquo;Europe du Nord. Les deux fr&egrave;res ne s&rsquo;&eacute;taient pas parl&eacute;s depuis pr&egrave;s de quinze ans, sans qu&rsquo;aucun motif de discorde ne v&icirc;nt &eacute;clairer la nature de cette longue et p&eacute;nible s&eacute;paration. A ce que je pus d&eacute;duire des propos sibyllins tenus par Randall Webb lors de notre voyage en train de luxe, il semble que ce dernier ait toujours essuy&eacute; le m&eacute;pris de sa famille, qui souhaitait &eacute;videmment qu&rsquo;il embrass&acirc;t une carri&egrave;re respectable. Tobby, qui &eacute;tait le cadet, consola la famille Webb de la d&eacute;fection du fils a&icirc;n&eacute;, en choisissant la voie de la couture, o&ugrave; il ne tarda pas &agrave; cr&eacute;er d&rsquo;immenses b&eacute;n&eacute;fices, gr&acirc;ce, notamment, insiste Randall Webb, &agrave; une certaine malignit&eacute; commerciale qui serait la signature du temp&eacute;rament Webb. &laquo;&nbsp;Poire, je travaille depuis le jour de ma naissance &agrave; l&rsquo;&eacute;radication pure et simple de cette tare familiale&nbsp;&raquo;.
<p>&nbsp;</p>
</font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Je sentais &agrave; mesure que nous approchions de Copenhague que l&rsquo;esprit de Randall Webb &eacute;tait tout entier tendu vers la rencontre imminente avec Tobby Webb, et je m&rsquo;&eacute;tonnai de trouver mon jovial compagnon dans de si sombres humeurs. L&rsquo;incessante activit&eacute; intellectuelle de Randall Webb s&rsquo;ab&icirc;mait dans de muettes ruminations qui ne laissaient pas de m&rsquo;inqui&eacute;ter. Mon trouble augmenta en apprenant de Legendre que celui-ci avait perdu toute sa bourse par l&rsquo;effet d&rsquo;une sournoise machination ourdie par Randall Webb qui, d&eacute;sireux de tromper la vigilance de Legendre, l&rsquo;avait invit&eacute; &agrave; un cercle de jeu (sous une identit&eacute; avantageuse, cela va de soi), o&ugrave; des gens du meilleur monde, du moins d&rsquo;un monde diff&eacute;rent de celui de Legendre, s&rsquo;adonnaient au whist et au piquet jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aube. L&agrave; Legendre, enthousiasm&eacute; par le vin de Tokay et les femmes galantes, &eacute;bloui par l&rsquo;extr&ecirc;me facilit&eacute; qui nimbait les gestes et les paroles de ses partenaires de jeu, oublia toute mesure, et ses impitoyables adversaires le plum&egrave;rent jusqu&rsquo;au dernier sou. Randall Webb avait quant &agrave; lui amass&eacute; un profit consid&eacute;rable&nbsp;; aussi proposa-t-il bruyamment de rembourser une partie des dettes de Legendre. Le pauvre ma&icirc;tre d&rsquo;h&ocirc;tel se croit &agrave; pr&eacute;sent le d&eacute;biteur de Randall Webb et c&rsquo;est le plus sinc&egrave;rement et le plus loyalement qu&rsquo;il sert d&eacute;sormais les volont&eacute;s de son bourreau, tout en vouant une haine inextinguible &agrave; ceux qui le ruin&egrave;rent au piquet et au whist. Cette conspiration morale qu&rsquo;avait planifi&eacute;e Randall Webb ne faisait cependant briller aucune lueur de malice dans son &oelig;il t&eacute;n&eacute;breux&nbsp;: plut&ocirc;t que c&eacute;l&eacute;brer son triomphe, comme il e&ucirc;t normalement fait, Randall Webb observait un <em>calme australien.</em>&nbsp;<font color="#ff0000">(<em>voir &agrave; ce sujet l'article&nbsp;<a class="" href="http://jeanpop2.over-blog.com/article-78932.html" target="_blank"><font color="#ff0000">&quot;Rock Australien et fin du monde&quot;</font></a></em>&nbsp;)</font></font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"></span>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2"><img src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/webb-family.jpg" alt=""/></font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font color="#ff0000" size="2"><i>La famille Webb en 1952 : en haut &agrave; gauche, Randall ; dans les bras de sa m&egrave;re, Tobby.</i></font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"></span>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Nos bagages furent d&eacute;pos&eacute;s dans une consigne, car nous devions reprendre notre chemin sit&ocirc;t le d&icirc;ner achev&eacute;. Pas un seul mot ne me fut adress&eacute; durant le trajet, de la gare au restaurant, et ce silence, en v&eacute;rit&eacute;, me reposa en ce qu&rsquo;il n&rsquo;annon&ccedil;ait nulle &eacute;preuve me concernant mais une &eacute;preuve personnelle pour Randall Webb, dont j&rsquo;allais &ecirc;tre le t&eacute;moin abasourdi. Tobby Webb nous avait pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s. C&rsquo;est un homme de petite taille, aux joues tombantes et au front dur, qui par de lents battements de cils communique une sorte de torpeur &agrave; ce qui l&rsquo;entoure, sauf bien entendu &agrave; Randall Webb, qui, avant m&ecirc;me de s&rsquo;asseoir, agrippa un serveur bo&icirc;teux pour passer commande&nbsp;: &laquo;&nbsp;Une pintade aux morilles et une bouteille de whisky irlandais&nbsp;&raquo;. Nous pr&icirc;mes place et pas un de nous ne parla. La commande arriva, Randall Webb d&eacute;vora sa pitance et vida en quelques traits la bouteille de whisky irlandais. Alors il toisa son fr&egrave;re avec rage et humeur, et il le fit avec tant d&rsquo;abn&eacute;gation que Tobby Webb trembla lorsqu&rsquo;il &eacute;mit un triste &laquo;&nbsp;Quoi&nbsp;?&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Mon fr&egrave;re&nbsp;! Poire, mon fr&egrave;re Tobby&nbsp;! Tu as d&ucirc; imaginer que c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;envie, une banale affaire d&rsquo;envie, qui a caus&eacute; notre rupture, comme si quelque chose d&rsquo;aussi vivant qu&rsquo;une rupture peut avoir un sens lorsque nous appliquons ce terme &agrave; notre famille, il s&rsquo;agirait plut&ocirc;t d&rsquo;un ensevelissement, voil&agrave; qui ressemble aux mani&egrave;res qui sont les n&ocirc;tres, &agrave; vos mani&egrave;res puisque je renie absolument tout de cet infect pass&eacute; qui me lie &agrave; toi, &agrave; P&egrave;re et &agrave; M&egrave;re, je te suis hostile comme au premier jour, Tobby, non pas, je le r&eacute;p&egrave;te, parce que tu as assum&eacute; le r&ocirc;le que P&egrave;re m&rsquo;avait destin&eacute;, je l&rsquo;ex&egrave;cre autant que je te vomis, je te suis hostile parce que ton idiotie, ton inculture, ta haine profonde de l&rsquo;art et de l&rsquo;esprit me poursuivent encore, et je comprends qu&rsquo;on doit vivre tout le temps avec ceux qui furent nos premiers ennemis, les premiers destructeurs de la beaut&eacute; et de la sensibilit&eacute; que sont les membres d&rsquo;une famille, qui vous rivent toujours &agrave; celui que vous &eacute;tiez avant de penser pour la premi&egrave;re fois, avant de devenir une personne int&eacute;ressante, qui int&eacute;resse les autres et parfois m&ecirc;me les s&eacute;duit, une personne valant bien plus que les habitudes grossi&egrave;res qui la constitu&egrave;rent pendant qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;veillait sous le regard de ses parents, comme si ces habitudes anciennes avaient un quelconque rapport avec la personne que je suis devenue, par mes propres soins, invent&eacute;s par moi-m&ecirc;me, mon originalit&eacute; que j&rsquo;ai d&ucirc; arracher &agrave; la gangue familiale, et que jamais je n&rsquo;ai &eacute;t&eacute; tent&eacute; d&rsquo;abandonner, lorsque la vie m&rsquo;a accabl&eacute;, qu&rsquo;elle s&rsquo;opposait r&eacute;solument &agrave; mes d&eacute;sirs, qu&rsquo;elle retardait ma cr&eacute;ation, j&rsquo;aurais pu juger pu&eacute;riles et vaines les imaginations que je nourrissais et j&rsquo;aurais alors song&eacute; &agrave; rabattre mon orgueil, &agrave; devenir tel que vous me r&ecirc;viez, or tout, absolument tout me retenait de c&eacute;der &agrave; cet appel mi&egrave;vre et fun&egrave;bre &agrave; la fois de la famille, de l&rsquo;id&eacute;e de famille, c&rsquo;est-&agrave;-dire de rapports r&eacute;gl&eacute;s et improductifs entre les &ecirc;tres, je n&rsquo;ai jamais accord&eacute; foi &agrave; cette utopie, pas que je n&rsquo;en eusse &eacute;t&eacute; capable, car tout le monde, quand l&rsquo;&eacute;nergie sommeille au point de s&rsquo;&eacute;vanouir, tout le monde lorsqu&rsquo;il est au plus bas de la volont&eacute; et du d&eacute;sir, tout le monde peut sombrer dans la famille, elle est ce qui nous r&eacute;cup&egrave;re quand notre esprit nous quitte ou quand il s&rsquo;effraie de sa dissipation, l&rsquo;amour que je n&rsquo;inspirais pas et qui finissait par m&rsquo;ali&eacute;ner des jeunes femmes dont j&rsquo;aurais au moins souhait&eacute; l&rsquo;amiti&eacute;, l&rsquo;amour m&rsquo;inclinait souvent &agrave; choisir la famille, non pas notre famille, mais le comportement familial, la d&eacute;cence et la sobri&eacute;t&eacute;, parce qu&rsquo;&agrave; chaque fois que je n&rsquo;inspirais pas l&rsquo;amour, je finissais par d&eacute;go&ucirc;ter celle que je convoitais, et il n&rsquo;est pas s&ucirc;r que ce d&eacute;go&ucirc;t puisse s&rsquo;expliquer par un geste ou une parole que j&rsquo;ai eus, il &eacute;tait bien souvent une r&eacute;ponse d&eacute;fensive et &eacute;loquente de la part de la jeune femme &agrave; des sollicitations qu&rsquo;elle ne voulait pas combler, mais chaque fois, ce d&eacute;go&ucirc;t me jetait dans des transes insupportables, et c&rsquo;est seulement l&agrave;, au bout de cette d&eacute;tresse du c&oelig;ur mais aussi de l&rsquo;esprit, que je songeais &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de famille, pas notre famille, pas non plus une famille que j&rsquo;aurais fond&eacute;e, mais le comportement familial de d&eacute;cence et de sobri&eacute;t&eacute;, or il m&rsquo;apparut que cette id&eacute;e de famille jamais ne me conviendrait, que je pr&eacute;f&eacute;rais le d&eacute;go&ucirc;t tel qu&rsquo;il m&rsquo;accablait parce que mon essence est celle d&rsquo;un cr&eacute;ateur, la cr&eacute;ation imaginaire est ce pour quoi je vis, je ne peux plus diriger mes forces et mes pens&eacute;es sur une activit&eacute; autre que la cr&eacute;ation, tout en moi converge vers la cr&eacute;ation, la critique et l&rsquo;amour sont les deux mannes principales de ma cr&eacute;ation et je suis &agrave; pr&eacute;sent certain que la critique et l&rsquo;amour veulent l&rsquo;annihilation de l&rsquo;id&eacute;e de famille, en quoi toute la haine de la cr&eacute;ation se trouve r&eacute;sum&eacute;e, la famille, l&rsquo;id&eacute;e de famille appelle depuis toujours la mort de la cr&eacute;ation, se conformer &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de famille signifie tuer la cr&eacute;ation, c&rsquo;est substituer &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie spirituelle un fonctionnement biologique quasi v&eacute;g&eacute;tal qui vous fait accomplir les activit&eacute;s les plus laides, qui vous fait prononcer les mots les plus hideux, qui vous fait concevoir les id&eacute;es les plus sottes et les plus d&eacute;gradantes, c&rsquo;est tuer ce que j&rsquo;appelle la cr&eacute;ation et que seules une certaine informit&eacute;, une certaine cruaut&eacute; venant de moi et venant d&rsquo;autrui peuvent stimuler en m&ecirc;me temps qu&rsquo;elles me blessent et me pr&eacute;cipitent dans le ridicule, c&rsquo;est cette informit&eacute; et cette cruaut&eacute; qui n&eacute;anmoins me sont utiles du point de vue de la cr&eacute;ation, pas l&rsquo;ignominie de l&rsquo;id&eacute;e de famille, que, pour moi, tu personnifies plus qu&rsquo;un autre, Tobby.&nbsp;&raquo; Et brusquement, Randall Webb jeta une liasse de couronnes dans la soupi&egrave;re, puis, me tirant &agrave; lui, nous quitt&acirc;mes l&rsquo;endroit avant que j&rsquo;eusse fix&eacute; dans ma m&eacute;moire la r&eacute;action de Tobby Webb, duquel j&rsquo;avais oubli&eacute; de me soucier pendant la tirade de son fr&egrave;re. Au pas de course, nous atteign&icirc;mes un canal solitaire que cependant la nuit &eacute;toil&eacute;e peuplait de feux volatiles qui sont autant de t&eacute;moignages de la mobilit&eacute; des affaires humaines. Randall Webb t&acirc;chait de suivre les unes apr&egrave;s les autres les formes et les places successives d&rsquo;une m&ecirc;me lueur. &laquo;&nbsp;Poire, prenez ce que vous trouverez dans la poche gauche de mon veston, et remettez-le moi&nbsp;&raquo;. J&rsquo;ob&eacute;is. &laquo;&nbsp;Un Magnum 45, Poire, l&eacute;g&egrave;rement modifi&eacute; au niveau de la crosse, dont vous pouvez appr&eacute;cier la rondeur et le poids. Ainsi model&eacute;e, la crosse de ce Magnum 45, qui a abattu des drogu&eacute;s, des hippies et des jazzmen, adh&egrave;re &agrave; la paume, elle ne laisse pas l&rsquo;air s&rsquo;infiltrer et plus essentiel, elle assure la meilleure trajectoire. Ce Magnum 45, que l&rsquo;on m&rsquo;a procur&eacute; en 1971, c&rsquo;est-&agrave;-dire peu apr&egrave;s ma rupture avec l&rsquo;essai po&eacute;tique, je compte l&rsquo;utiliser contre vous, Poire, et contre moi. <i>Nous</i> m&eacute;ritons de mourir, <i>nous</i> m&eacute;ritons d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;livr&eacute;s d&rsquo;un monde o&ugrave; le Psycho-batave n&rsquo;a plus cours. C&rsquo;est fini, Poire. D&egrave;s 1964, Roy Orbison savait que c&rsquo;&eacute;tait fini puisqu&rsquo;il chantait &laquo;&nbsp;It&rsquo;s Over&nbsp;&raquo;, et plus j&rsquo;y pense, plus je comprends que la chanson d&rsquo;amour, dans le cas de Roy Orbison, est au fond davantage qu&rsquo;une chanson d&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain , comme l&rsquo;est la majorit&eacute; des chansons d&rsquo;amour, et plusieurs parmi elles, m&ecirc;me si elles se concentrent sur un objet d&eacute;fini, n&rsquo;en sont pas moins de tr&egrave;s grandes chansons d&rsquo;amour. Seulement Roy Orbison a hiss&eacute; son exigence au-dessus des exigences communes, pas en fuyant l&rsquo;objet d&eacute;fini et en s&rsquo;attachant de fa&ccedil;on ostentatoire &agrave; l&rsquo;objet ind&eacute;fni, Roy Orbison n&rsquo;&eacute;tait pas du genre &agrave; m&eacute;priser l&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain, il ne chante d&rsquo;ailleurs que cela, et il chante en plus ce qui exc&egrave;de l&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain. Au terme de cet amour, si l&rsquo;on se place sur la ligne des &eacute;v&eacute;nements, on trouve la <i>perte</i>, et au-del&agrave; de cet amour, si l&rsquo;on se place sur l&rsquo;horizon du sens, on trouve l&rsquo;<i>abandon</i>.</font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"></span>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify" align="center"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<img src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/roy-orbison.jpg" alt=""/>&nbsp;</font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Que Roy Orbison chante le terme et l&rsquo;au-del&agrave; de l&rsquo;amour, je l&rsquo;ai compris apr&egrave;s plusieurs &eacute;coutes quotidiennes de la chanson de 1964 &laquo;&nbsp;It&rsquo;s Over&nbsp;&raquo;. Je m&rsquo;interrogeais en particulier sur l&rsquo;usage de la seconde personne. Il serait r&eacute;ducteur de n&rsquo;y voir qu&rsquo;un masque, d&rsquo;ailleurs Roy Orbison emploie la premi&egrave;re personne dans toutes ses chansons &agrave; l&rsquo;exception de la chanson de 1964 &laquo;&nbsp;It&rsquo;s Over&nbsp;&raquo;. Si Roy Orbison a recours &agrave; l&rsquo;emploi<span style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </span>de la seconde personne, l&rsquo;explication la plus satisfaisante est qu&rsquo;il &eacute;labore un discours sur la nature humaine, parce qu&rsquo;il &eacute;tait temps pour lui d&rsquo;ajouter &agrave; l&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain la dimension suppl&eacute;mentaire de <i>l&rsquo;amour en tant que composante</i> <i>substantielle de notre nature</i>. De toute mani&egrave;re, pour ce qui regarde l&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain, dont il avait m&eacute;dit&eacute; le terme avec autorit&eacute;, Roy Orbison ne pouvait d&eacute;passer la splendeur po&eacute;tique de &laquo;&nbsp;Cryin&rsquo;&nbsp;&raquo; o&ugrave; l&rsquo;on peut entendre&nbsp;:&nbsp; &laquo;&nbsp;I love you even more than I did before/But Darling, what can I do&nbsp;?/For you don&rsquo;t love me/And I&rsquo;ll always be/Cryin&rsquo; over you&nbsp;&raquo;. Il faut toujours pr&ecirc;ter une attention non mesur&eacute;e, une attention d&eacute;lirante &agrave; ceux qui savent chanter &laquo;&nbsp;You don&rsquo;t love me&nbsp;&raquo;, pas &laquo;&nbsp;You won&rsquo;t love me&nbsp;&raquo; ni &laquo;&nbsp;You can&rsquo;t love me&nbsp;&raquo; mais &laquo;&nbsp;You don&rsquo;t love me&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est l&agrave;, Poire, ce que votre c&oelig;ur peut crier de plus douloureux et de plus atroce. Roy Orbison, apr&egrave;s avoir traduit d&eacute;finitivement le terme de l&rsquo;amour priv&eacute;, circonstanci&eacute; et intra-mondain, a chant&eacute; l&rsquo;au-del&agrave; de l&rsquo;amour, qui est l&rsquo;abandon, qui est l&rsquo;amour en tant que composante substantielle de notre nature, l&rsquo;amour en tant que composante substantielle et destructrice de notre nature, qui abrite en elle les moyens de sa propre destruction, qui favorise et ne pr&eacute;tend au fond qu&rsquo;&agrave; sa propre destruction. En 1964, Roy Orbison, sur les mesures d&rsquo;introduction de la chanson &laquo;&nbsp;It&rsquo;s Over&nbsp;&raquo;, chante&nbsp;&laquo;&nbsp;Your baby doesn&rsquo;t love you anymore&nbsp;&raquo;, en &eacute;grenant les syllabes de l&rsquo;adverbe &laquo;&nbsp;anymore&nbsp;&raquo;, ce qui a pour effet non seulement de cr&eacute;er une temporalit&eacute; mais aussi d&rsquo;annuler cette temporalit&eacute;. L&rsquo;amour qui passe s&rsquo;ach&egrave;ve et la possibilit&eacute; de l&rsquo;amour cesse, l&rsquo;amour s&rsquo;ach&egrave;ve apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;roul&eacute; et la possibilit&eacute; de l&rsquo;amour ne se pr&eacute;sentera plus. Apr&egrave;s avoir v&eacute;cu et chant&eacute; la perte, Roy Orbison se confronte &agrave; pr&eacute;sent &agrave; l&rsquo;abandon, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il se confronte au monde en tant qu&rsquo;homme qui a d&eacute;pass&eacute; ce monde, lui qui, finalement, r&eacute;sume et le style Italo-am&eacute;ricain d&rsquo;o&ugrave; il s&rsquo;est invent&eacute; et l&rsquo;esp&egrave;ce humaine dont il est une r&eacute;ussite absolue et en m&ecirc;me temps terrible, Roy Orbison est une r&eacute;ussite absolue et terrible, il porte au plus haut l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;&ecirc;tre humain sensible mais c&rsquo;est un coup fatal pour l&rsquo;&ecirc;tre humain en g&eacute;n&eacute;ral. Ce coup est tellement mortel que les interlocuteurs de Roy Orbison dans la chanson de 1964 &laquo;&nbsp;It&rsquo;s Over&nbsp;&raquo; ne sont pas des &ecirc;tres vivants ni m&ecirc;me des succ&eacute;dan&eacute;s ou des inventions d&rsquo;&ecirc;tres vivants. En 1964, Roy Orbison s&rsquo;adresse au vent, aux &eacute;toiles filantes, aux couchers de soleil, aux arcs-en-ciel et ceux-ci en retour s&rsquo;adressent &agrave; lui en la plus formidable sentence m&eacute;taphysique qui soit&nbsp;: &laquo;&nbsp;That&rsquo;s all, that&rsquo;s all&nbsp;&raquo;. La r&eacute;p&eacute;tition de &laquo;&nbsp;That&rsquo;s all&nbsp;&raquo;, Poire, signifie que nous devons penser les deux sens de l&rsquo;expression, &agrave; savoir que tout est fini, <i>et </i>que ce n&rsquo;&eacute;tait que cela, l&rsquo;amour et la possibilit&eacute; de l&rsquo;amour se sont &eacute;teints, et avec eux, la nature humaine, qui repose sur l&rsquo;amour et que l&rsquo;amour terrasse, <i>la nature humaine ne signifie pas plus que l&rsquo;amour qu&rsquo;elle contient</i>, qui l&rsquo;anime et la perturbe &agrave; la fois. Poire, au nom de Roy Orbison, je vais maintenant vous &ocirc;ter la vie en me servant de ce Magnum 45 &agrave; crosse modifi&eacute;e, puis je me supprimerai.&nbsp;&raquo;
<p>&nbsp;</p>
</font></span></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Tout en discourant, Randall Webb avait continu&eacute; de fixer les miroitements de l&rsquo;eau. Alors, avec une rapidit&eacute; et une pr&eacute;sence d&rsquo;esprit que je ne soup&ccedil;onnais pas en moi, je le poussai dans le canal et m&rsquo;enfuis. Lorsque je fus arriv&eacute; &agrave; la gare, je me rappelai soudain que la clef de la consigne devait &ecirc;tre rest&eacute;e dans la poche du veston de Randall Webb. Je devais plaider mon cas devant la personne pr&eacute;pos&eacute;e aux consignes mais je ne la trouvai pas. A cette heure aussi avanc&eacute;e de la nuit, les officiers et les membres du personnel se faisaient rares&nbsp;; des solliciteurs nombreux et tr&egrave;s bruyants se disputaient les services des quelques malheureux qui travaillaient l&agrave; cependant. Je m&rsquo;assis sur un banc pour attendre mon tour quand une main glac&eacute;e vint se poser sur mon &eacute;paule&nbsp;: &laquo;&nbsp;Poire, mon cher Poire, venez dans mes bras&hellip; Je n&rsquo;en peux plus, tout cela m&rsquo;&eacute;puise, vous allez me conduire &agrave; Jean Pop 2.&nbsp;&raquo; Randall Webb, son Magnum 45 &agrave; la main, pleurait comme un enfant et comme une vieille femme.
<p>&nbsp;</p>
</font></span></p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 10 May 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">845f02dae53fcbd237042f2d2cdb85d3</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-341563-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Saxe : The What Fours et le psycho-batave tendre]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-307013.html</link>        <description><![CDATA[<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.4pt; TEXT-ALIGN: justify">La nature perverse et capricieuse de Randall Webb se manifesta avec éclat lorsquil mannonça la prochaine étape de notre périple&nbsp;: Dresde, ancienne capitale de la Saxe, région hostile et martiale a priori contraire au surgissement de lessence psycho-batave. Mon sang se glaça dépouvante lorsque le sardonique Webb ficha son doigt richement paré sur lendroit de la carte où figurait Dresde. Impossible, avais-je protesté, lAllemagne est le sanctuaire du rock gothique, du rock planant, du rock hard&nbsp;! Là-bas, le système philosophique salimente de plomb, lhumour se dégrade en farce rustique, la séduction nopère que par vociférations et coulées de sueur&nbsp;! Randall Webb, naturellement, se gaussa de mes craintes quil mit sur le compte dune méconnaissance de ce quétait lAllemagne, et surtout du pouvoir cathartique quun tel pays ne manquerait pas dexercer sur mon esprit «&nbsp;capucin&nbsp;», cest le mot quil a employé presque aussitôt, comme sil avait préparé depuis longtemps, à force de mobserver, et sa décision de nous exiler en Saxe et son argumentation dont le coup principal était bien ce «&nbsp;capucin&nbsp;» qui matteignit comme une gifle, un esprit «&nbsp;capucin&nbsp;» comme le mien, poursuivait Randall Webb, devait éprouver sa valeur au contact dune terre rugueuse, étrangère au style et à la pensée, à moins que cette dernière ne tourne en système, quelle ne convertisse son agilité en une productivité insatiable, quelle ne se fasse léquivalent dans le domaine spirituel dune usine darmement et, ajoutait-il, rien ne servirait mieux les intérêts de votre cause que de savoir comment transmuer quelques intuitions brillantes en une machine de guerre, comment améliorer certains propos mondains, certaines outrances privées au point den faire des missiles et des tanks, rappelez-vous Guitar Wolf&nbsp;:&nbsp; «&nbsp;Missile Me&nbsp;», concluait-il, satisfait de son point dorgue à lheure où vous et moi pleurions la perte de Billy Wolf. Quel autre choix avais-je&nbsp;? Randall Webb nous acheminait à la résolution de lessence psycho-batave et en refusant de le suivre, je mettais un terme à toute notre entreprise. Alors nous partîmes.</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Comme de juste, le meilleur hôtel nous accueillit, mais nous le dûmes cette fois aux relations personnelles de Randall Webb, qui se défiait prodigieusement de Legendre. Celui-ci, que le zèle et lempressement avaient déserté, trompait sa déception en multipliant ses assauts en direction des femmes de chambre, quil aimait brunes et grasses. Bien que ses fonctions auprès de nous se trouvassent réduites, je ne le renvoyais pas, en prévision des jours où Randall Webb rejoindrait son destin. Legendre nourrissait une aversion sans pareille pour notre compagnon mais lorsque Webb grondait au sujet de ses chaussures qui navaient pas été cirées, des journaux qui navaient pas été déposés sur la table, des cartes de visite qui navaient pas été distribuées, son emportement était tel que Legendre, étouffé de terreur, exécutait sans délai la tâche quil avait négligée. Après que loffense eut été réparée, Randall Webb se lançait dans un sermon abstrus sur les valeurs et les devoirs de la domesticité, sermon que Legendre devait ensuite répéter mot pour mot et dont il devait enfin gloser les parties les plus délicates. Enflammé par ses prouesses oratoires, Randall Webb, dune démarche puissante et athlétique, venait me trouver dans le salon de musique où javais pris lhabitude de déjeuner. Chaque matin, jessayais de convaincre lorchestre de ne plus jouer ces insipides ballades fabriquées à Philadelphie dans le plus total irrespect envers le mood italo-américain, je leur expliquai que The Impressions, en revanche, méritaient toute leur attention et quils devraient par conséquent, sappliquer à en jouer luvre intégrale. Je sentais alors quune main retenait mon épaule&nbsp;: «&nbsp;Vous ne les aurez pas comme ça&nbsp;! Ces Allemands ont la tête dure&nbsp;! Ici les femmes trouvent billy paul sexy. Vous comprenez maintenant pourquoi je vous ai emmené ici&nbsp;? Rien ne vous est acquis, Monsieur Poire, tout vous résiste&nbsp;: cest lAllemagne&nbsp;! Ah&nbsp;! Ah&nbsp;! Ah&nbsp;!&nbsp;» Et cétait sans doute afin de défaire quelques liens supplémentaires avec mes patries délection que Randall Webb nous guidait ensuite vers le cours de tennis de lhôtel. Nos matches se confondent pour moi, qui perdis à répétition, toujours sur le même score, dune manière identique. Mais à lissue dune de ces défaites, dont le but consistait autant à mhumilier quà grandir le génie de Randall Webb, se produisit une confession des plus sobres et des plus stimulantes à la fois, une de ces confessions dont vous, Jean Pop 2, aimez à recueillir les fruits féconds, je veux parler dune confession sur la nature de lessence psycho-batave.</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><IMG src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/forests.jpg"></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p><EM><FONT color=#ff0000>La Nouvelle Angleterre&nbsp;en 1966.</FONT></EM> </o:p></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><o:p></o:p>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Léquipement sportif de Randall Webb, bien que datant de lannée de 1975, ne présente aucun manque&nbsp;: trois raquettes, une en bois, deux en métal, du matériel de tension, des boissons protéinées, des serviettes-éponges, des bracelets de force. Son attitude sur le cours se signale par une extrême nervosité et la volonté constante de battre ladversaire sur ses points faibles, qui dans mon cas concernent tous les secteurs du jeu. Randall Webb pratique un tennis offensif à base de volées spectaculaires&nbsp;: il ne ménage pas ses efforts, sans considération pour la valeur du jeu adverse, et va même jusquà contester quelques points chanceux que jinscrivais à mon insu. «&nbsp;Vous navez pas gagné un seul jeu, Poire&nbsp;! Votre ébahissement devant mon inventivité, mon charisme et mon endurance vous prive de tous vos moyens. Il est vrai que sil métait donné de jouer contre <I>moi</I>, je ne doute pas que je perdrais moi aussi&nbsp;: mais heureusement, je ne suis pas mon propre adversaire. Ah&nbsp;! Ah&nbsp;! Ah&nbsp;!&nbsp;Noubliez pas la douche, Poire.&nbsp;» Lorsque plus tard je devais rejoindre Randall Webb au salon de thé, et que je ly trouvais engloutissant des quantités inhumaines de pâtisseries, celui-ci repassait en détail chaque phase de notre match et analysait avec beaucoup de minutie les raisons techniques et tactiques qui faisaient sa supériorité sur le court. Je devais convenir quil avait été, du premier point au dernier point, un joueur dexception, que si je souhaitais porter mon jeu au niveau du sien, cela me demanderait des années de recherche et de labeur, quenfin je gagnerais à minspirer de ses postures psychologiques qui sont celles dun champion, parce que, M. Poire, insistait Randall Webb, on ne saurait prétendre au psycho-batave si lon ne devient pas un champion, si lon ne mobilise pas son énergie au service de la victoire totale et cruelle, toute victoire psycho-batave est totale et cruelle, elle chante les qualités éminentes du vainqueur et fait comprendre à ladversaire quil nest pas de taille, que faute de pratiquer le style psycho-batave, il ne quittera jamais lornière de la médiocrité, aussi je vous pulvérise sur un court de tennis parce que pour lheure, vous méritez dêtre pulvérisé. Or, une fois, Randall Webb dérogea à son principe de suffisance. Il me parla de lété 1966, où lui fut révélée labsolue <B><I>tendresse </I></B>du style psycho-batave.</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>«&nbsp;Lannée 1965 a été pour moi celle du Texas&nbsp;; des miracles musicaux avaient lieu chaque jour de la sainte semaine dans des bourgades dont vous ignorez tout. Au bout dun temps, les miracles sespacèrent et je sus quil me fallait quitter le Texas. Je me souvins alors que javais une tante dans le New Hampshire. Ma tante, qui a toujours été la meilleure personne pour moi, me proposa dans une lettre, que je garde par-devers moi, de venir dans ce quelle appelait «&nbsp;le royaume du psycho-batave <B><I>tendre</I></B>&nbsp;», ma tante, voyez-vous, refusait de considérer une entité comme le psycho-batave tant que lon ny avait pas introduit de nuances, elle me faisait remarquer que les très nombreuses essences végétales de la Nouvelle-Angleterre lui avaient appris à raffiner nimporte quel concept, à tel point que leffort inverse, celui de la synthèse, lui répugnait hautement, elle me disait&nbsp;: «&nbsp;Randall, ne pense pas rassembler sous un concept unique des réalités éparses, nimagine pas que le psycho-batave soit un, car celui que jai sous les yeux, et il sagit bien dun style psycho-batave, celui-là ne doit rien à The Barons, à The Cynics. Il y a, en Nouvelle-Angleterre, une variété de psycho-batave très singulière, quil me faut baptiser le <B><I>psycho-batave tendre</I></B>.&nbsp;»</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><IMG src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/cassietta-webb.jpg"></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><EM><FONT color=#ff0000>La sublime Cassietta Webb, tante de Randall Webb</FONT></EM></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jétais intrigué, Poire. Peu après, je vérifiai les théories de ma tante en assistant au concert de The What Fours, dans un club appelé The Marble Faun. The What Fours venaient du Massachussets, doù était également originaire lami dont je fis la connaissance ce soir-là, Boulter Lewis. En vérité, si ma tante avait été laiguillon de la curiosité, Boulter Lewis avait été la foudre de la connaissance. Boulter me procura les assises théoriques du psycho-batave tendre, et par là, je compris que jallais devoir modifier lorientation de mes recherches. Lui et moi, nous vîmes The What Fours, dont la prestation timide ne devait pas laisser de souvenir autre que la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;». Boulter et moi, nous ne retînmes de ce concert que la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;», nous névoquâmes ensuite ce concert que pour discuter à linfini le charme de la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;», et ce que Boulter ne voulut pas voir, cest que très tôt javais considéré la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;» comme le sommet du psycho-batave tendre, dans mes écrits ultérieurs la seule chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;» donnait une idée de lincomparable magie du psycho-batave tendre, cela, Boulter qui était natif de la région, ne pouvait le comprendre parce quil vouait une admiration égale et instruite à plusieurs groupes de la Nouvelle-Angleterre, parce que, pour une sensibilité aussi analytique que la sienne, il ne convenait pas délire parmi un genre le groupe qui en assumerait le mieux lidée, Boulter mais aussi ma tante ne tolèrent pas que les idées subsument les êtres, Boulter et ma tante traitent les groupes psycho-bataves comme les espèces végétales du Vermont, avec un raffinement maladif, avec une science experte de la nuance, <I>mais</I> je venais dailleurs, javais un goût et une science tout aussi experte que la leur de <I>lidée</I>, et à moi seul, que la Nouvelle-Angleterre navait pas bercé dès son enfance, était réservé de sublimer la Nouvelle-Angleterre, <B>de la faire tenir en tant que fantasme</B> <B>dans une forme entre toutes</B>, et cette forme, Poire, qui désormais enfante pour moi le génie poétique de la Nouvelle-Angleterre, cest The What Fours, plus précisément la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;» de The What Fours. La chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;» possède un titre parfait puisquil comporte un chiffre, un état de la lumière et la couleur des forêts, et rien dans la musique ninfirme cette perfection initiale, à commencer par la superbe mélodie du couplet, sa progression en accords mineurs et la résonance inquiète, pourtant limpide, de son motif de guitare. Si je fixe mon esprit sur cette inquiétude si originale, invoquée à nouveau dans le merveilleux pont, je découvre quelle a été suscitée par le paysage-même de la Nouvelle-Angleterre, une promenade en forêt au cours de laquelle le promeneur décèle des signes antiques, des scènes de sorcellerie, tout un passé puritain alliant la forêt et la mort. Les jeunes hommes puritains qui composaient The What Fours ont été visités par le fantôme légendaire de leur pays, une visite non glorieuse mais morbide parce quelle a causé linquiétude, parce quelle a révélé à dinnocents puritains la violence de leurs ancêtres puritains, cette visite a brisé lillusion dune nature amicale et dune Histoire paisible, elle a inauguré le règne de linquiétude plutôt que de lindignation, simplement parce que les jeunes hommes puritains qui composaient The What Fours excellent dans lart de la politesse, de la dissimulation et de la révérence, personne nattendrait deux lemportement vulgaire dun pédé progressif de San Francisco, personne nattendrait deux une réaction autre que linquiétude, qui est le sentiment métaphysique premier. Cest pourquoi, Poire, par cette connivence avec leffroi, comme si lon pensait sa ressemblance avec lobjet de notre crainte, comme si lon se savait familier de ce que lon redoute, cest pourquoi la chanson «&nbsp;Eight Shades Of Brown&nbsp;» reste le chef-duvre inégalé du psycho-batave tendre.&nbsp;»</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><o:p>&nbsp;</o:p></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Randall Webb me fit signe de le laisser, et jobéis. Il semblait que le phénomène dinquiétude, davantage quun objet détude, avait surtout caractérisé lhistoire personnelle de Randall Webb. Je ne devais donc pas sous-estimer la valeur affective de certaines de ses confessions. Quelque prochain jour, je pourrais être forcé de prêter assistance à un homme que tous ses succès arrogants navaient au fond pas guéri de son incurable mélancolie.</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><o:p>&nbsp;</o:p></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bien à vous, Jean-Pierre Paul-Poire</P>]]></description>
        <pubDate>Thu, 28 Apr 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">8994d497a742ed03ffcfde26592c127b</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-307013-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Bratislava : la photographie de Larry and The Blue Notes]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-252252.html</link>        <description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pays rude mais accueillant, la Slovaquie avait &eacute;t&eacute; distingu&eacute;e par mon ami Randall Webb pour servir de cadre &agrave; nos entretiens. J&rsquo;ignore ce qui le lie &agrave; cette partie de l&rsquo;Europe centrale, qui je l&rsquo;avoue m&rsquo;est parfaitement inconnue, et que je n&rsquo;imaginais pas propre &agrave; ravir les sens de mon ami. C&rsquo;est du moins l&agrave; que nous arr&ecirc;t&acirc;mes pour un temps notre p&eacute;riple. Nous e&ucirc;mes &agrave; souffrir les lamentations de Legendre, d&eacute;cid&eacute; &agrave; n&rsquo;ob&eacute;ir qu&rsquo;&agrave; un seul ma&icirc;tre, alors que l&rsquo;&eacute;tiquette exigeait de moi que je louasse ses services &agrave; Randall Webb. M&ecirc;me en doublant les appointements, je ne pus obtenir de Legendre qu&rsquo;il accompl&icirc;t ses t&acirc;ches r&eacute;guli&egrave;res. Alors Randall Webb, peu satisfait de mon manque de s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, repr&eacute;senta &agrave; mon valet les tortures qu&rsquo;il avait inflig&eacute;es &agrave; lou reed, il laissa entendre que l&rsquo;impertinence ne connaissait qu&rsquo;un moyen d&rsquo;&ecirc;tre ch&acirc;ti&eacute;e et que son bras pouvait s&rsquo;abattre avec la m&ecirc;me dext&eacute;rit&eacute; <span style="mso-spacerun: yes">&nbsp;</span>sur lui ou sur des individus comme lou reed. Legendre, dont la nature &eacute;tait nourrie de toutes sortes de superstitions, consid&eacute;ra avec crainte les paroles de Randall Webb, et c&rsquo;est de bien mauvaise gr&acirc;ce qu&rsquo;il reprit son service aupr&egrave;s de nous.</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Nous passions nos apr&egrave;s-midi s&eacute;par&eacute;ment. Le soir seulement, nous nous retrouvions dans des circonstances toujours identiques et veillions fort avant dans la nuit claire de Bratislava. Nos entretiens, qui roulaient sur le th&egrave;me de l&rsquo;essence psycho-batave, ennuyaient bien vite les visiteurs occasionnels, et tous se retiraient sans attendre un signe de notre part. Trois heures s&rsquo;&eacute;coulaient, et Randall Webb quittait la pi&egrave;ce richement meubl&eacute;e adoucie par le feu de l&rsquo;&acirc;tre. Il gagnait alors un h&ocirc;tel particulier, dont l&rsquo;enseigne figurait un opossum m&eacute;lancolique, en compagnie d&rsquo;une jeune prostitu&eacute;e &agrave; la peau brune, qui n&rsquo;&eacute;tait jamais la m&ecirc;me. Je devais pendant ce temps vaquer &agrave; mes propres occupations et le rejoindre deux heures plus tard, &eacute;quip&eacute; d&rsquo;un dictaphone. Ce bizarre rituel pouvait s&rsquo;expliquer de la mani&egrave;re suivante&nbsp;: comme il apparaissait que Randall Webb n&rsquo;&eacute;tait ni plus brillant ni plus inspir&eacute; au terme de ses fornications, cette mise en sc&egrave;ne devait m&rsquo;&ecirc;tre destin&eacute;e, &agrave; moi seulement, qui &eacute;tais le sujet de l&rsquo;exp&eacute;rience. Randall Webb souhaitait donc que je le visse partageant sa couche avec une professionnelle du plaisir, afin que je comprisse deux choses&nbsp;: 1) son &eacute;nergie &eacute;tait intacte 2) quand le sexe &eacute;tait en jeu, Randall Webb, tel Donald Fagen en 1976, convoquait les meilleures. Bref, il fallait que je saisisse l&rsquo;exigence de la d&eacute;marche. Quelquefois, Randall Webb m&rsquo;appelait pour me faire assister &agrave; la fin de ses &eacute;bats, mais il &eacute;tait trop fier pour m&rsquo;inviter &agrave; prendre sa place et je devais appr&eacute;cier avec aigreur les prouesses de mon camarade, &agrave; qui cependant je ne reprochais jamais son attitude. Un de ces soirs de vexation, Randall Webb me sembla pr&eacute;occup&eacute;. Apr&egrave;s avoir raccompagn&eacute; son h&ocirc;tesse &agrave; la porte de l&rsquo;h&ocirc;tel, il revint et me d&eacute;signa un portefeuille vert sombre plac&eacute; en &eacute;vidence sur un gu&eacute;ridon dessin&eacute; par le grand Boulle. Il me dit d&rsquo;en examiner le contenu. Je d&eacute;couvris une photographie p&acirc;le sur laquelle cinq jeunes gens, quatre align&eacute;s et le cinqui&egrave;me &agrave; mi-hauteur au centre, fixaient avec beaucoup de concentration et de calme l&rsquo;objectif. Leurs tenues &eacute;taient noires, leurs cheveux indiquaient avec certitude que nous &eacute;tions en 1965, l&rsquo;ann&eacute;e des chefs. Ce qui me sid&eacute;ra imm&eacute;diatement &eacute;tait la perfection du maintien, la discipline gestuelle dont faisaient montre les cinq personnages, et l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le cinqui&egrave;me, ressemblait trait pour trait &agrave; Franz Kafka, pourtant originaire de Prague. A les contempler tous les cinq, je sus que j&rsquo;&eacute;tais en pr&eacute;sence d&rsquo;une ic&ocirc;ne de type psycho-batave, je pouvais entendre une musique rapide, fine et f&eacute;roce, une musique dont la gloire et la v&eacute;rit&eacute; pouvaient rendre fou, une musique dont vous et moi Jean Pop 2 connaissons le prix insigne et qu&rsquo;il faut guetter imperturbablement chaque fois qu&rsquo;elle se manifeste. Je levai les yeux et Randall Webb articula avec pr&eacute;cision&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vous tenez entre vos mains, Poire, un clich&eacute; psycho-batave de Larry &amp; The Blue Notes&nbsp;&raquo;.</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3"></font>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3"><img height="406" src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/larrybluenote.jpg" width="323" alt=""/></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3"></font>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>J&rsquo;en perdis le souffle. &laquo;&nbsp;Savez-vous, Poire, qu&rsquo;il ne se passe pas un seul jour sans que j&rsquo;examine cette obscure photographie&nbsp;? J&rsquo;aimerais pouvoir situer les &eacute;manations du g&eacute;nie sur les corps de ceux qui l&rsquo;ont port&eacute;, &agrave; moins bien s&ucirc;r que la perfection des traits et de la pose ne soit &agrave; l&rsquo;origine du g&eacute;nie. Larry &amp; The Blue Notes, auteurs de &laquo;&nbsp;In And Out&nbsp;&raquo; et de &laquo;&nbsp;Night Of </font></font><font face="Times New Roman" size="3">The Sadist&nbsp;&raquo;, sont originaires de Fort Worth : la sc&egrave;ne de Fort Worth, Poire, est la plus cons&eacute;quente de toutes les sc&egrave;nes, et vous ne devriez pas mourir avant d&rsquo;en conna&icirc;tre chaque nom. Mais, sachant que vous &ecirc;tes peu avanc&eacute;, en tout cas beaucoup moins que votre mentor Jean Pop 2, il y a peu de chance pour que vous atteigniez cet id&eacute;al. Vous devrez alors d&eacute;l&eacute;guer &agrave; vos enfants, surtout &agrave; vos b&acirc;tards qui seront plus nombreux, cette t&acirc;che noble et prom&eacute;th&eacute;enne. J&rsquo;ai cependant de l&rsquo;estime pour vous, car Larry &amp; The Blue Notes, je le sais, vous sont familiers et comptent parmi vos favoris. Heureux choix, M. Poire, heureux choix&nbsp;! C&rsquo;est objectivement, dans l&rsquo;absolu, que Larry &amp; The Blue Notes incarnent le style psycho-batave, on ne saurait chercher plus fid&egrave;les repr&eacute;sentants de la pure b&eacute;atitude psycho-batave. J&rsquo;esp&egrave;re que l&rsquo;emploi du terme &laquo;&nbsp;b&eacute;atitude&nbsp;&raquo; ne vous choque pas, il ne veut pas dire, loin de l&agrave;, que je suis sous l&rsquo;emprise d&rsquo;une drogue psych&eacute;d&eacute;lique. Mon vocabulaire peut &ecirc;tre impr&eacute;cis. &laquo;&nbsp;In And Out&nbsp;&raquo;&nbsp;! Rendez-vous compte&nbsp;: IN AND OUT&nbsp;! Pourquoi mon ami Boulter Lewis ne l&rsquo;a-t-il pas mentionn&eacute; dans son fameux article sur l&rsquo;Orgue du Fant&ocirc;me&nbsp;? Ce motif d&rsquo;orgue arabisant convient &agrave; la description &eacute;labor&eacute;e par Boulter, mais il est vrai qu&rsquo;il sert un propos peu d&eacute;licat, peu enfantin, qu&rsquo;un officier de police pr&eacute;f&egrave;re escamoter. Quand Larry rugit &laquo;&nbsp;Come on Baby&nbsp;&raquo;, pensez-vous qu&rsquo;il supplie ou qu&rsquo;il soumet la fille r&eacute;calcitrante&nbsp;? Parce que, voyez-vous Poire, non seulement le ton resterait le m&ecirc;me dans les deux cas mais en plus, ces deux comportements sont souvent corr&eacute;latifs. Alors je m&rsquo;interroge. Il peut se passer vingt bonnes minutes avant que je mette fin &agrave; mes objurgations, avant que j&rsquo;entreprenne l&rsquo;affaire&nbsp;; j&rsquo;attends de ma partenaire qu&rsquo;elle ne mette rien &agrave; ex&eacute;cution tant que le cri n&rsquo;est pas pouss&eacute; correctement, le &laquo;&nbsp;Come on Baby&nbsp;&raquo; de Larry doit &ecirc;tre imit&eacute; sans d&eacute;tour puisque c&rsquo;est par lui, et lui seul, que l&rsquo;op&eacute;ration sera psycho-batave, et je ne veux plus de caresses italo-am&eacute;ricaines, je veux le sexe psycho-batave, celui que Larry &amp; The Blue Notes ont cr&eacute;&eacute;. M&rsquo;avez-vous observ&eacute; en phase d&rsquo;action&nbsp;? Si int&eacute;rieurement vous raillez ma pratique, soyez certain que j&rsquo;ai manqu&eacute; le cri, tout part de lui, vous pouvez me croire, lorsque je donne le sentiment d&rsquo;accomplir avec succ&egrave;s la t&acirc;che impartie, c&rsquo;est que j&rsquo;ai approch&eacute; le hurlement de Larry, le &laquo;&nbsp;Come on Baby&nbsp;&raquo; de &laquo;&nbsp;In And Out&nbsp;&raquo;&nbsp;! Quant &agrave; vous, mon ami, puisque ceci ne vous &eacute;tait pas connu, pas sous cet angle en tout cas, eh bien vous n&rsquo;&ecirc;tes pas un &eacute;talon psycho-batave&nbsp;: devenez-le.&nbsp;&raquo;</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3"></font>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3"><img height="400" src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/in_and_out.jpg" width="600" alt=""/></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font face="Times New Roman" size="3">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em><font style="BACKGROUND-COLOR: #ffffff" color="#ff0000" size="2">Randall Webb doing The In And Out!</font></em></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></font></font><font size="3"><font face="Times New Roman">Une fois rentr&eacute;, je retardai le moment du coucher et repassai dans ma m&eacute;moire les principaux th&egrave;mes d&eacute;velopp&eacute;s par Randall Webb. Son accusation finale ne m&rsquo;avait pas bless&eacute; outre mesure, je savais qu&rsquo;il avait raison et que ma jeunesse m&rsquo;emp&ecirc;chait d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; la v&eacute;rit&eacute; du sentiment. Je me promis d&rsquo;y rem&eacute;dier en temps voulu, mais je disposai d&eacute;j&agrave; d&rsquo;un &eacute;l&eacute;ment que ni vous (&nbsp;?) ni moi ne soup&ccedil;onnions. Le psycho-batave d&eacute;borde de la sph&egrave;re de la cr&eacute;ation, il s&rsquo;immisce dans nos pratiques, enlumine nos actes et mod&egrave;le notre vigueur.</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">
<p><font face="Times New Roman" size="3">&nbsp;</font></p>
</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman">Bien &agrave; vous, Jean-Pierre Paul-Poire
<p>&nbsp;</p>
</font></font></p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 08 Apr 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">f1b5a16294cbb1d237f17a745e0f71a4</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-252252-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de F*** : le style martial de Randall Webb]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-226267.html</link>        <description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-INDENT: 35.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2">J&rsquo;&eacute;tais invit&eacute; par la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;alpinisme de la ville de F*** &agrave;<span style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </span>lire une communication sur l&rsquo;ascension p&eacute;rilleuse que j&rsquo;avais faite du mont Ruckenbrook. Legendre, comme &agrave; son habitude, n&rsquo;avait pas d&eacute;m&eacute;rit&eacute; dans sa recherche du logement le plus pratique et le plus confortable, et je pus ainsi rapidement m&rsquo;atteler au classement et &agrave; la mise en forme de mes notes relatant cette fabuleuse aventure. Je trouvai &eacute;galement le temps de faire parvenir un t&eacute;l&eacute;gramme &agrave; Randall Webb, et fixai notre rencontre pour le jour suivant mon installation &agrave; F***, qui devait pr&eacute;c&eacute;der d&rsquo;un jour ma conf&eacute;rence. La r&eacute;ponse ne tarda point, me laissant appr&eacute;cier la ponctualit&eacute; et l&rsquo;urbanit&eacute; que Randall Webb avait retir&eacute;es de sa longue pratique du garage rock psycho-batave. Gr&acirc;ce lui soit rendue, son rayonnement me permit de dormir tout mon so&ucirc;l, de sorte que je ne fus jamais mieux portant que ce matin o&ugrave; je partis l&rsquo;attendre, comme nous l&rsquo;avions convenu, au bord de la fontaine aux chouettes du jardin du prieur&eacute;. Au bout de quelques minutes, une forme masculine se dessina dans le taillis. Elle fit s&rsquo;envoler sur ma gauche trois pinsons venus boire &agrave; l&rsquo;eau de la fontaine.</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>L&rsquo;homme s&rsquo;approcha, et sans m&ecirc;me me saluer autrement que par un discret hochement de t&ecirc;te, m&rsquo;apprit qu&rsquo;il &eacute;tait venu dans l&rsquo;intention d&rsquo;&eacute;clairer la jeunesse sur l&rsquo;essence psycho-batave. Il dardait de petits yeux hostiles derri&egrave;re ses montures rectangulaires bleut&eacute;es. Je ne savais que trop &agrave; qui j&rsquo;avais affaire, mais plusieurs individus pouvaient conna&icirc;tre l&rsquo;infortune de partager une semblable physionomie. Aussi je demandai &agrave; qui j&rsquo;avais l&rsquo;honneur d&rsquo;&ecirc;tre si peu pr&eacute;sent&eacute;. L&rsquo;homme se rembrunit&nbsp;: &laquo;&nbsp;C&rsquo;est une plaisanterie&nbsp;?&nbsp;&raquo; Sa r&eacute;action et la froideur du ton me renseignaient assez. Pourquoi Dieu m&rsquo;avait-il mis en pr&eacute;sence de l&rsquo;&ecirc;tre le plus louche qui soit, et dont l&rsquo;action pernicieuse, depuis quarante ann&eacute;es, pouvait d&rsquo;un coup saper toute ma recherche&nbsp;? Pourquoi, en ce clair apr&egrave;s-midi, devais-je rencontrer lou reed&nbsp;? Ce dernier, s&eacute;duit par ce qu&rsquo;il croyait &ecirc;tre une fac&eacute;tie de ma part, d&eacute;cida pour une fois, et pour mon malheur, d&rsquo;&ecirc;tre volubile. Alors je dus endurer l&rsquo;&eacute;vocation p&eacute;nible de delmore schwartz, de jack kerouac, de po&eacute;sie urbaine, de new york city, de paul morrissey, de g&eacute;rard malanga, de joe dalessandro, de la factory, de masochisme, de stup&eacute;fiants et d&rsquo;inceste. Je profitai d&rsquo;un r&eacute;pit dans sa logorrh&eacute;e pour le prier de partir&nbsp;: &laquo;&nbsp;&eacute;coutez, cela ne m&rsquo;int&eacute;resse pas, allez trouver patrick eudeline, lui sera sensible &agrave; votre pr&eacute;tention et &agrave; votre po&eacute;sie en cuir, et puis j&rsquo;ai rendez-vous, vous risquez d&rsquo;effrayer la personne que j&rsquo;attends&nbsp;&raquo;. Je devais plus tard me repentir de cette interruption, car elle mit lou reed en fureur, et celui repartit de plus belle sur la transgression, la subversion, l&rsquo;artifice, l&rsquo;incompr&eacute;hension devant la violence de son art, l&rsquo;audace de ses conceptions sexuelles, son attachement &eacute;gal &agrave; la litt&eacute;rature et au rock, qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; faire se rencontrer, son exp&eacute;rience de la d&eacute;composition &agrave; travers la drogue et la mort. Il me jura que toute son &oelig;uvre d&eacute;finissait point par point ce qu&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;essence psycho-batave. Horrifi&eacute;, je m&rsquo;appr&ecirc;tais &agrave; quitter le lieu du rendez-vous quand une voix autoritaire retentit derri&egrave;re mon &eacute;paule&nbsp;: &laquo;&nbsp;Ne craignez rien, M. Poire, je connais le moyen de nous d&eacute;barrasser de f&acirc;cheux comme lui&nbsp;&raquo;. C&rsquo;&eacute;tait bien s&ucirc;r Randall Webb.</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">
<p>&nbsp;</p>
</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">
<p><img height="287" src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/lou_reed.jpg" width="200" alt=""/></p>
</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">
<p><font color="#ff0000" size="1"><em>lou reed en 1982</em></font></p>
</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify">
<p>&nbsp;</p>
&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><font size="2">&quot;Monsieur, vous avez pr&eacute;tendu dans une de vos chansonnettes hippies que le Rock'n'roll a sauv&eacute; votre vie, et je vais vous punir de l'avoir non sauv&eacute;, mais sali (en fran&ccedil;ais que vous &ecirc;tes) pendant plusieurs d&eacute;cennies que vous et votre descendance purulente et hagarde n'avez que r&eacute;ussi &agrave; rendre interminables et grises. Commencez par baisser le regard s'il vous plait. Que savez-vous de l'essence psycho-batave? Vous dont chaque mouvement ne traduit que le calcul le plus indigne, en cela de mille lieues &eacute;loign&eacute; de ce souteneur de g&eacute;nie qu'est Kim Fowley, unique v&eacute;ritable prince du trottoir dont vous n'avez jamais entendu parler pour cause de fr&eacute;quentation assidue de faux lettr&eacute;s incapables m&ecirc;me de faire de l'argent avec leur attirail sado-homo-bouquiniste... Silence, homme mal aimable, laissez-moi poursuivre! Par opposition &agrave; votre imaginaire atrophi&eacute;, d&eacute;nu&eacute; d'humour comme de v&eacute;ritable danger, Kim Fowley est celui qui soude ces deux p&ocirc;les, bien plus que le bouffon Screamin' Jay Hawkins, le fade Screaming Lord Sutch ou le comiquement excr&eacute;mentiel vous. Le rire de Kim Fowley, jamais formul&eacute;, lave souterraine, conf&egrave;re &agrave; ses productions la panique essentielle propre &agrave; ses sulfureuses visions dont vos r&ecirc;ves frigides ne vous livreront jamais le secret! Taisez-vous, homme de peu! Mauvais manipulateur! Mauvais bateleur!</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Regardez-vous. Votre vieillesse, imm&eacute;moriale, se d&eacute;voile enfin au plein jour. Vos rides n'&eacute;voquent ni l'exp&eacute;rience du contre-ma&icirc;tre, ni la fatigue du seigneur. Vos allusions culturelles, dict&eacute;es par vos cong&eacute;n&egrave;res homo&iuml;des, d&eacute;gagent la m&ecirc;me odeur de tombeau que votre bouche caverneuse, &agrave; ce qu'en disent vos multiples gitons. Que dites-vous? Votre songwriting? Econome? Clair?? HAHAHAHAHAHA!!! Entendez-vous les mots que prof&egrave;re ce faci&egrave;s de tortue, M. Poire?</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>- Hahahahaha!!!</font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>- Prenez d&eacute;j&agrave; ceci !(Randall Webb lui ass&eacute;na alors un crochet dans le ventre) Sachez que les voyants, ceux de la trempe de M. Poire, Jeanpop2 Lui-m&ecirc;me ou M. Sweign, ont tr&egrave;s bien compris, et ce depuis fort longtemps, votre petit jeu de substitution, qu'il s'agit maintenant de r&eacute;v&eacute;ler au monde : tout ce que vous avez commis &eacute;tait une pi&egrave;tre tentative d'atteindre au g&eacute;nie de votre ma&icirc;tre et bourreau, je veux bien s&ucirc;r parler de Reg Presley, l'&acirc;me de The Troggs, sublime groupe vieux loup capable &agrave; la fois de raffinement italo-am&eacute;ricain et d'abandon psycho-batave! La ferme, fille de joie! Reg Presley, idiot merveilleux, hante vos nuits, et ce non seulement pour l'attirance putride qu'il provoque sur votre vieux corps r&eacute;pugnant, mais parce qu'il d&eacute;tient les clefs de l'&eacute;conomie essentielle qui vous a toujours fait d&eacute;faut! Avez-vous seulement &eacute;t&eacute; capable d'imaginer un vers aussi pur que &quot;I want to spend my life with a girl like you&quot;? Non! Vous avez cru faire vibrer la corde t&eacute;nue du sentiment humain avec vos bavardages r&eacute;gionalistes! Vous &ecirc;tes &agrave; New-York ce que la musette est au pays dans lequel nous nous trouvons : un bubon! Vous ne parviendrez jamais &agrave; la ligne claire et l'universalisme de &quot;I just sing&quot;&nbsp;ou &quot;Give it to me&quot;, d'une part parce que c'est vous le v&eacute;ritable idiot (il ins&eacute;ra alors son couteau dans la narine poilue de son interlocuteur) et parce que vous ne m&eacute;ritez que de subir les s&eacute;vices que vous chantez de si loin, porc!&quot; (il retira alors son canif d'un mouvement sec, d&eacute;chirant le nez scl&eacute;ros&eacute; de la b&ecirc;te)<span style="FONT-SIZE: 11pt">
<p>&nbsp;</p>
</span></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="2"><span style="FONT-SIZE: 11pt"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>lou reed s'&eacute;croula en g&eacute;missant comiquement. Randall Webb le releva par le col pour lui lancer un uppercut impressionant, puis il lui &eacute;crasa la t&ecirc;te avec son pied. Je me contentai de quelques coups bien plac&eacute;s dans les tibias. Justice &eacute;tait enfin faite.</span>
<p>&nbsp;</p>
</font></p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 29 Mar 2005 00:00:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">1f4ca72c4479f87c06e4d354fa554591</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-226267-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Neuchâtel : rencontre avec Eldridge Holmes]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-133113.html</link>        <description><![CDATA[<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Grâce à la diligence de mes porteurs et à lingéniosité de mon maître dhôtel, lefficace Legendre, il ne me fallut que quelques jours pour prendre possession dun charmant logement sis dans une rue commerçante (vous savez comme jaime à me bercer de la musique des transactions et de la négoce) suffisamment éloignée des lieux où la société se rassemble pour me donner le loisir de mettre les récents événements en perspective. Ces derniers me jetaient dans un trouble que peut-être votre présence aurait apaisé. Je me voyais en quête dune essence imprescriptible que ceux qui lavaient élevée à létat de force créatrice appelaient lessence Psycho-Batave. Il était exclu que jinterrompe mon voyage dagrément si je navais de plus solides éléments à vous soumettre. <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>En considérant que les tombeaux et les revenants avaient part liée avec laffaire qui moccupait, je résolus darpenter les allées fleuries dun petit cimetière calviniste, dont javais découvert lexistence depuis la fenêtre de mon appartement. Le sort dût-il massister, il naurait pas décidé plus idéalement lemplacement du cimetière. Ainsi je mengageai parmi ces pierres où je lisais, plein dadmiration et dardeur, les noms immortels des meilleures maisons de Neuchâtel. Bientôt étourdi par ma lecture, qui faisait défiler sous mes yeux lHistoire dun peuple superbe, je me reposai sur un banc à lombre dun tilleul. Sans que je leusse deviné, un homme, posté derrière larbre, mobservait depuis le début de ma promenade. Il tenait un minuscule arrosoir aux armes de la ville. Sa figure honnête me prouvait quil nessaierait pas de me saluer à moins que je ne ly autorise, et comme je mattendais à ce que lhomme, qui était le gardien de lendroit, mapportât quelque révélation décisive, je linvitai à prendre place sur le banc. Cette franchise dans nos rapports ne doit pas vous étonner&nbsp;: les signes que le Destin multipliait sur mon passage mencourageaient à provoquer moi-même les incidents qui pouvaient méclairer. Une fois assis, le gardien dirigea mon attention sur les parterres que sa main experte avait composés. Cela pouvait signifier quil était un homme sensible et ordonné ou bien quil était un artiste dont je devais redouter la puissance des effets. Vous en jugerez en lisant la conversation qui suit&nbsp;:<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>«&nbsp;Je sais, Monsieur, que vous avez de lintérêt pour le récit des choses passées. Cest un ami de Milan qui me la appris, et il ma également vanté vos dons dauditeur, de sorte que je puis parler aussi longtemps que je le désire sans craindre de vous lasser et en ayant la certitude que vous donnerez tout leur sens aux mots que jemploierai. Cet ami ma assuré que laugmentation de vos connaissances constituait votre seul souci, que vous étiez homme à prêter une oreille bienveillante aux contes parce que vous excelliez à en extraire la vérité profonde, bref que je ne saurais mieux faire que de vous rencontrer et de déposer en vous la mémoire de faits exceptionnels. Maintenant, me croirez-vous si je vous dis mappeler Eldridge Holmes&nbsp;?&nbsp;» Je tentai alors de réfréner mon enthousiasme et mempressai de linterroger sur lessence Psycho-Batave, de peur que son récit ne me fasse oublier ce pourquoi jétais venu à Neuchâtel . Holmes pinça secrètement les lèvres et me considéra avec désappointement. «&nbsp;Est-ce ainsi que nous devons procéder, Poire&nbsp;? Laissez-moi plutôt vous raconter mon histoire. Ensuite, japporterai <I>une</I> réponse qui, je lespère, vous satisfera. Bien Avant de commencer, jaimerais massurer dun détail, concernant <B>lattribution des mérites</B>. La<SPAN style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </SPAN>relative modestie de mon uvre a toujours eu lheur de vous contenter, par ses qualités propres mais aussi parce quelle est comprise, en même temps que dautres aux charmes certains, dans luvre séminale de mon ami Allen Toussaint. Voulez-vous peser pour moi les contributions de chacun&nbsp;? Voulez-vous risquer <B>lattribution des mérites</B>&nbsp;? Comprenez-vous que tant que vous ne laurez pas fait, je najouterai pas un mot&nbsp;?&nbsp;».</FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><IMG height=287 src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/eldridge.jpg" width=250></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec contenance, je rétorquai&nbsp;: «&nbsp;M. Holmes, il mest impossible dattribuer les mérites de chacun du point de vue de la <I>fabrication</I>. Cependant, du point de vue des <I>résultats</I>, je peux affirmer que le génie de chacun, dans ce quil a de singulier, a été investi sans mesure. Aussi, chaque chanson signée E. Holmes peut se targuer de la double participation de lesprit divin, sous les formes convergentes du Producteur et du Compositeur.&nbsp;» Holmes me félicita&nbsp;: «&nbsp;Cest tout à fait exact&nbsp;! A dessein vous avez employé le terme «&nbsp;Compositeur&nbsp;» et naturellement, jai composé «&nbsp;Where Is Love&nbsp;», «&nbsp;Until The End&nbsp;», «&nbsp;Without A Word&nbsp;». Et à quelques accords et arrangements près, je pourrais revendiquer la composition de mes deux autres chefs-duvres «&nbsp;Wait For Me&nbsp;» et «&nbsp;Beverly&nbsp;». La composition, Poire, voilà ce qui me distinguait parmi les <I>soul singers </I>de mon pays&nbsp;! Allen avait sous son aile des interprètes fabuleux comme John Williams, Wallace Johnson, Bobby Lu Cure, beaucoup dautres Mais ils ne <I>composaient</I> pas. En revanche, cest parce quils nétaient pas des compositeurs quAllen sut les transformer en pures émanations de lénergie Psycho-Batave, ou si ce langage vous effraie, en maîtres de ce que la psychologie moderne a baptisé le fluide Sly Stone. Alors même que ce Californien obscène navait encore rien enregistré. Croyez-moi, nos descriptions cliniques du fluide correspondent parfaitement à ce quAllen Toussaint a élaboré pendant toutes ces années. Et il y eut deux réussites mémorables&nbsp;: Lee Dorsey, qui donne aujourdhui son nom à un pôle, et Betty Harris. Luvre entière de Lee et de Betty, en la moindre de ses parties, est irriguée par le fluide et lorsque celui-ci circule harmonieusement, se produit lextase du Psycho-Batave. Lee Dorsey et Betty Harris relèvent ainsi du Psycho-Batave le plus intense et le plus pur, et ce, jinsiste, pour chaque chanson quils ont interprétée. Doù ce frisson déternité que leurs duets ont suscité chez chaque auditeur, qui sentait obscurément quil sagissait pour Allen de vérifier lhypothétique addition des énergies Psycho-Batave. Plus tard, vers 1968, Allen systématisa ses intuitions en utilisant The Meters, premier orchestre intrinsèquement Psycho-Batave, qui rassemblait des musiciens munificents, dans le rythme et dans la mélodie, et qui, de plus, se révélèrent de prodigieux choristes, des choristes qui non seulement harmonisaient mais surtout intégraient leurs voix aux rythmes, quils rendaient sans pareil. Les combinaisons Meters/Lee Dorsey ou Meters/Betty Harris sont proprement <I>indépassables</I>. Dautres bénéficièrent, toujours sous la houlette dAllen, de la propulsion Meters et connurent ainsi livresse Psycho-Batave&nbsp;: ce fut le cas de mon ami Ernie K. Doe. Mais Eldridge Holmes, qui savait composer, lui ne fut jamais épaulé par The Meters. Certes, Allen navait pas attendu The Meters pour libérer lénergie Psycho-Batave&nbsp;; ces derniers, en somme, pouvaient faire naître lénergie qui manquait constitutivement à une chanson, ou bien, lorsque lénergie était déjà là, ne faisaient que laccélérer. De sorte que je navais nul besoin de The Meters. <o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">Un soir, Allen et moi dînâmes chez sa mère, femme admirable, spirituelle et simple dans ses manières. Le repas avait été égayé par les nombreuses anecdotes dont Mme Toussaint faisait son délice et je puis témoigner quaucune dentre elles ne présentait quelquaspect fâcheux pour les bons citoyens de notre ville. Une fois le repas terminé, Allen mentraîna dans le fumoir où il avait fait installer un piano à queue. Là il me joua quelques mesures quil prévoyait dinclure au beau milieu de notre chanson «&nbsp;Where Is Love&nbsp;» <EM><FONT color=#800040>(écoutez ce titre dans</FONT></EM> <EM><FONT color=#800040>le module "musique" en haut de la page)</FONT></EM>. Il sagissait dune suite daccords à leuropéenne, servant à introduire la partie finale, car en lespace de deux minutes, notre chanson se diaprait dau moins trois couleurs dont la succession créait le sentiment du drame. Après mavoir montré les accords, Allen sourit&nbsp;: «&nbsp;Eldridge, je toffre là le style Psycho-Batave. Tu as sans doute longtemps espéré que je te loffre, mais dans ton cas, jignore sil ne vaut pas mieux repousser loffre. Tu es différent, Eldridge, différent de Lee et des autres, létoffe dont tu es fait est différente et je doute de te servir comme tu devrais lêtre. As-tu entendu parler de Van McCoy&nbsp;? Eh bien, cet homme pourrait te servir bien mieux que je ne lai fait.&nbsp;» Allen refusa den dire davantage et je sus quil me donnait congé. Et parce que la honte, le dépit et la colère sétaient durablement inscrits en moi, je cessai de composer. La semaine suivante, je trouvai un engagement dans un petit cimetière calviniste de Neuchâtel, celui dans lequel nous nous tenons aujourdhui.&nbsp;» Est-ce tout&nbsp;? lui demandai-je. «&nbsp;Etre répudié par le père quon sest choisi nest pas une moindre déception, Monsieur Poire.&nbsp;» Combien juste mapparut alors sa retraite désespérée lorsque je songeai au père que je métais choisi, vous Jean Pop 2, et que je limaginai me chassant sous de terribles imprécations&nbsp;! Holmes, ajoutai-je, vous maviez promis une réponse. «&nbsp;Je vous lai donnée, mais lavez-vous au moins entendue&nbsp;? Au revoir, Monsieur Poire&nbsp;».<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">Abandonné à moi-même, je fus emporté très haut par une vision que je ne maîtrisai pas et dans laquelle mon propre corps disparut sous léboulement continu des sensations. Une forme gigantesque qui ne se laisse saisir ni par lil ni par loreille sétait substituée à ma conscience, ou plutôt à mon champ de perceptions. Il me semblait être terrassé par la force inouïe du Psycho-Batave.<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">Amicalement, Jean-Pierre Paul-Poire.<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><o:p><FONT face="Times New Roman">&nbsp;</FONT></o:p></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt 18pt; TEXT-INDENT: 17.45pt; TEXT-ALIGN: justify"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">Nota Bene&nbsp;: un homme ma écrit, il sappelle R. Webb et désire me parler. Le connaissez-vous&nbsp;? Me conseillez-vous de le rencontrer&nbsp;?<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>]]></description>
        <pubDate>Tue, 22 Feb 2005 00:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">7d7b83377bfded9cc2d76d0247c7f07e</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-133113-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Lombardie : rencontre avec Bergen White]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-97154.html</link>        <description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je poursuivais Concetta Livona de mes assiduit&eacute;s depuis cinq jours lorsque ses pas me guid&egrave;rent dans le mus&eacute;e de Brera. Dona Livona &eacute;tait l&rsquo;&eacute;pouse d&rsquo;un grand patron milanais que ses fonctions retenaient souvent &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger pour de longues p&eacute;riodes. Et pour une femme aussi &eacute;prise d&rsquo;aventures et d&rsquo;art que l&rsquo;&eacute;tait Concetta, la vie du foyer, m&ecirc;me lorsque celui-ci prenait la forme d&rsquo;un palais avec serviteurs et visites ininterrompues, ne suffisait tout simplement pas. J&rsquo;avais avec moi une lettre de recommandation que vous, Jean Pop 2, m&rsquo;aviez pr&eacute;par&eacute;e&nbsp;; de plus, la rencontre extraordinaire que j&rsquo;avais faite la semaine pr&eacute;c&eacute;dente &agrave; Donnafugata avait aiguis&eacute; mes sens et solidifi&eacute; mon esprit&nbsp;: les conditions semblaient r&eacute;unies et je n&rsquo;accordais &agrave; Dona Livona pas plus de sept jours avant de c&eacute;der. Aussi, cette fl&acirc;nerie au mus&eacute;e verrait mon triomphe.
<p>&nbsp;</p>
</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Dona Livona marchait d&rsquo;un pas alerte sans un regard pour les chefs-d&rsquo;&oelig;uvre qui nous &eacute;piaient, et, plus pr&eacute;occupant, sans para&icirc;tre deviner que son vainqueur l&rsquo;avait suivie. Elle finit par s&rsquo;arr&ecirc;ter un temps sous le d&eacute;licieux <i>Mariage de la Vierge</i>, votre tableau pr&eacute;f&eacute;r&eacute; de Rapha&euml;l. J&rsquo;y vis un signe, qui me mit suffisamment en confiance pour tenter une approche, quand, &agrave; l&rsquo;instant o&ugrave; ma main allait se poser sur son &eacute;paule, un homme l&rsquo;attira vivement &agrave; lui et couvrit son visage de baisers suaves. Nul doute que l&rsquo;homme &eacute;tait expert en la mati&egrave;re tant je ne pus d&eacute;celer la moindre grossi&egrave;ret&eacute; dans la mani&egrave;re dont il enla&ccedil;ait Dona Livona. Admiratif, je laissai le couple s&rsquo;&eacute;loigner, mais le tableau de Rapha&euml;l vint se poser sous mes yeux et me fit entrevoir toute l&rsquo;ironie de la situation&nbsp;: j&rsquo;&eacute;tais ce jeune homme &eacute;conduit, au premier plan, pliant sa baguette contre son genou. Je me jurai de rattraper l&rsquo;homme afin de lui infliger tortures et humiliations.
<p>&nbsp;</p>
</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Par chance, je le revis le lendemain, baguenaudant sous une porte coch&egrave;re. L&rsquo;aisance de son maintien me plut&nbsp;: il ne serait pas d&eacute;gradant de rosser l&rsquo;homme en pleine rue, avant de convoquer nos t&eacute;moins. J&rsquo;arrivai &agrave; hauteur de son visage, qu&rsquo;une moustache accorte et des cheveux &eacute;pais rendaient difficile &agrave; bien observer et sans mise en garde, je giflai l&rsquo;amant de Dona Livona puis, d&rsquo;un unique coup de pied, le renversai &agrave; terre. Je dressai fi&egrave;rement mon poing que je destinais &agrave; la dentition refaite de son propri&eacute;taire, mais avant que je pusse l&rsquo;abattre, l&rsquo;homme hurla&nbsp;: &laquo;&nbsp;Stop it&nbsp;! Io sono Bergen White&nbsp;!&nbsp;&raquo;
<p>&nbsp;</p>
</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt">
<p><font face="Times New Roman" size="3">&nbsp;</font></p>
</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>A mon tour, je fus &agrave; terre et je me confondis en excuses pour avoir molest&eacute; le <b>prince naturel de la s&eacute;duction blanche</b>. Je priai Bergen White d&rsquo;accepter une invitation pour un restaurant de son choix, l&rsquo;assurant de mon honn&ecirc;tet&eacute; et multipliant les gestes de r&eacute;v&eacute;rence. Mon repentir l&rsquo;&eacute;mut aux larmes et il choisit un caf&eacute; confortable, tapiss&eacute; de tentures rouges, pour cadre &agrave; la confession que vous allez lire.</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman"></font></font>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt" align="center"><font size="3"><font face="Times New Roman"><img height="314" src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/mele129.jpg" width="236" alt=""/></font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt" align="center"><font face="Times New Roman" color="#ff0000"><em>Le caf&eacute; o&ugrave; Bergen et moi convers&acirc;mes</em></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 54.0pt"><font size="3"><font face="Times New Roman">
<p>&nbsp;</p>
</font></font>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>&laquo;&nbsp;Je n&rsquo;ai pas cess&eacute; d&rsquo;habiter Nashville. Je poss&egrave;de deux autres r&eacute;sidences, l&rsquo;une &agrave; Zurich et l&rsquo;autre &agrave; Milan. Mais l&rsquo;&acirc;ge aidant, je crois h&eacute;las que mon app&eacute;tit sexuel s&rsquo;est accru, et qu&rsquo;il ne saurait &ecirc;tre satisfait ailleurs que dans une riche cit&eacute; d&rsquo;Italie. L&rsquo;&eacute;quilibre de mes p&ocirc;les, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit bien de cela, a &eacute;t&eacute; rompu par un &eacute;v&eacute;nement fort singulier&nbsp;: un soir de haute chaleur, comme seul le Tennessee en conna&icirc;t, je re&ccedil;us la visite de mon ami Curt Boettcher. Il s&rsquo;&eacute;tait magnifiquement v&ecirc;tu, le temps, me suis-je dit, n&rsquo;a pas de prise sur cet homme, quelque force doit le pr&eacute;server de l&rsquo;universelle d&eacute;b&acirc;cle. Je lui offris une coupe de cidre, un cigare, et nous pr&icirc;mes place sur la balancelle d&eacute;polie que mon grand-p&egrave;re avait fabriqu&eacute;e pour moi lorsque nous habitions Miami, Oklahoma. Les mots que m&rsquo;adressa alors Curt me firent une si p&eacute;nible impression que je les retins tous sans exception. &laquo;&nbsp;Encore cette odeur de bougainvill&eacute;e, comme autrefois. Tu es un homme fid&egrave;le, la reconnaissance ne t&rsquo;a pas d&eacute;figur&eacute;. Je t&rsquo;ai toujours appr&eacute;ci&eacute;, Bergen, je te consid&eacute;rais, avec appr&eacute;hension, comme celui que j&rsquo;aurais &eacute;t&eacute;, si le LSD ne m&rsquo;avait pas avili. Tu en savais long sur le soyeux, sur la blessure sentimentale, tu n&rsquo;ignorais rien des arcanes du <b>Philtre</b> <b>Italo-Am&eacute;ricain</b>. Et, en 1970, tu as </font></font><font size="3"><font face="Times New Roman">donn&eacute; &agrave; l&rsquo;art un unique t&eacute;moignage de ton g&eacute;nie, un disque admirable et f&eacute;cond que la concurrence, jalouse, ne daigna pas entendre. Celui qui m&rsquo;a mandat&eacute; estime que l&rsquo;humanit&eacute; ne te m&eacute;rite pas -et je partage ce jugement. Celui que je sers m&rsquo;a en outre r&eacute;v&eacute;l&eacute; que les hommes devenus gras et idiots ont laiss&eacute; &eacute;chapper la seule chose qui aurait pu les sauver, je veux parler de ce que tu connais mieux qu&rsquo;un autre, cette fameuse <b>Alchimie Psycho-Batave</b>. Rassure-toi, tu en d&eacute;tiens toujours les clefs, mais les hommes ne veulent plus y r&eacute;agir. Voil&agrave;. La bougainvill&eacute;e fleurit, elle r&eacute;pand son parfum, et toi et moi sommes peut-&ecirc;tre les seuls &agrave; nous en &eacute;mouvoir. Les choses sont ainsi. Il n&rsquo;est plus question pour toi de composer, ni m&ecirc;me d&rsquo;arranger ou d&rsquo;enregistrer, tu dois laisser les hommes s&rsquo;enferrer dans le pi&egrave;ge qu&rsquo;ils ont tendu &agrave; leur prochain. N&eacute;anmoins, comme Celui que tu conna&icirc;tras un jour est un &ecirc;tre de mis&eacute;ricorde, l&rsquo;<b>Alchimie</b> <b>Psycho-Batave</b> dont tu as tir&eacute; profit pour ta musique sera r&eacute;investie dans le domaine priv&eacute;. Autrement dit, tu vivras ce que tu as chant&eacute;&nbsp;: la volupt&eacute; inqui&egrave;te, l&rsquo;aisance dans la s&eacute;duction, l&rsquo;amour de standing international. Tout cela t&rsquo;attend, Bergen. Au revoir, mon ami.&nbsp;&raquo; J&rsquo;ai ob&eacute;i, M. Poire. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dans ma nature de f&acirc;cher un ami. Et encore moins un <b>revenant</b>.&nbsp;&raquo;
<p>&nbsp;</p>
</font></font></p>
<p class="MsoNormal" style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify"><font size="3"><font face="Times New Roman"><span style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>L&agrave;-dessus, nous nous s&eacute;par&acirc;mes. Je heurtai l&rsquo;&eacute;paule d&rsquo;un client, qui recula de frayeur&nbsp;: &laquo;&nbsp;Poire, c&rsquo;est bien vous&nbsp;! Alors on visite Milan pour affaires extraconjugales&nbsp;?&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Toujours aussi fatigant, Becquerel. Vous faites une transaction pour Jean Pop 2&nbsp;? Qu&rsquo;avez-vous trouv&eacute; cette fois&nbsp;?&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Ah&nbsp;! Ah&nbsp;! Poire, vous savez que je ne d&eacute;voile jamais mes trouvailles avant de les avoir authentifi&eacute;es, ce qui demande un certain temps&hellip;&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Je ne vous connais pas mieux apr&egrave;s toutes ces ann&eacute;es, Becquerel. Comment expliquez-vous cela&nbsp;?&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;Appelez-moi, Poire, nous irons prendre un verre quelque part si vous le d&eacute;sirez. Je dois maintenant faire d&eacute;velopper quelques pellicules. Au revoir, Monsieur Poire&nbsp;&raquo;.</font></font></p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 06 Feb 2005 00:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">21687c45dc007516e59a6f086a38984c</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-97154-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Lettre de Toscane : rencontre avec Adrian Lloyd]]></title>
        <link>http://www.jeanpop2.com/article-67986.html</link>        <description><![CDATA[<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la petite ville de Donnafugata, les rues ensommeillées abritent certain trésor, distrait de lhistoire et de la terre, propre à ravir létranger que le tourisme ne séduit plus. Entre deux façades zébrées par la vigne vierge, la salle de cinéma «&nbsp;Bullshito&nbsp;» murmure son existence, douce comme<SPAN style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </SPAN>celle dEndymion, lenfant Dieu. La projection du <I>Cimetière de la Morale</I>, le chef-duvre de Kenji Fukasaku, me convainc dentrer là où personne ne semble être entré depuis des décennies. Le film commence sans être précédé de réclames ni de hits de variété italienne. Pas même le maître de cérémonie quune telle oeuvre exige. Alors la traversée des neuf cercles de lEnfer est entamée. Notre héros, Ishikawa, sombre méthodiquement dans lauthentique misère de lhomme, je veux parler dune misère non-chrétienne, que nulle compensation spirituelle ne soulage, qui nest pas enclose dans quelque frauduleuse dialectique, et dont la fin, cest-à-dire la mort, est absurdement différée. </FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><IMG height=190 src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/cim_05.jpg" width=283></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Cest en quittant la salle que je remarque un spectateur que lobscurité mavait auparavant masqué. Son souffle-même, je ne lavais pas senti. Le spectateur se signale par la beauté dun geste singulier&nbsp;: en levant la paume de sa main droite, lhomme crispe avec lenteur ses premières phalanges. Dune voix blanche, celui-ci me demande dapprocher. Il est le directeur de la salle et me félicite dêtre entré, il espère que la projection ma plu et me suggère que si le film ma correctement imprégné, je ne mourrai pas idiot. Il ajoute que jai désormais lobligation métaphysique de mépriser les surgeons filmiques du temps présent. «&nbsp;Naturellement, vous ne pourrez plus adresser la parole à tout le monde. Il en va ainsi pour chaque film que je projette. Un film par an, cest une fréquence raisonnable pour qui tient compte du <B>pouvoir de distillation</B> <B>psycho-batave </B>(concept-clef de notre directeur) du cinématographe. Lan passé, javais choisi <I>LInnocent </I>de Luchino Visconti. Je nai eu quun seul visiteur du nom de Sred Sweign, peut-être le connaissez-vous&nbsp;?&nbsp;». Je regarde la coupe autoritaire de son nez et, répondant à quelque sollicitation divine, lui dis&nbsp;: «&nbsp;Oh Lorna, whats wrong with you&nbsp;?&nbsp;»<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Les traits de son visage se figent. Et pendant que je prends conscience de ma hardiesse, la tristesse des seigneurs se mire dans son il léonin. «&nbsp;Vous avez deviné Oui, le martèlement de «&nbsp;Lorna&nbsp;», sa folie grimpante et sans justification, je le perçois encore dans lhistoire dIshikawa, dans le crime des héros de Visconti, et dans la vigne vierge de Toscane. <B>Oui, je suis Adrian Lloyd</B>. Le rockn roll na pas survécu à lannée 1966, et jai dû changer de matériau. Ma vision du martèlement a été trahie par la nouvelle génération de musiciens. Ces sous-hommes ont cru pouvoir délaisser linstrument totémique érigé par Bo Diddley et le remplacer par des machines électroniques volées à la NASA avec lappui des Russes. Le battement sourd et rageur de «&nbsp;Lorna&nbsp;» montrait la voie mais tout le monde sen est détourné, les drogues psychédéliques ont abruti mes amis, la prétention et le labeur se sont installés et jamais plus on nentendit parler de <B>vitesse moléculaire</B>, de <B>flux malin et inexorable</B>, qui étaient les maître-mots de notre scène. Jai chanté «&nbsp;Lorna&nbsp;» au moment où The Benders chantaient «&nbsp;Cant Tame Me&nbsp;»&nbsp;et The Moguls, «&nbsp;Another Day&nbsp;» : il était alors possible de conjuguer nos talents pour réformer les murs musicaux, balayer le jazz qui commençait à porter la toge, en finir avec le folk qui louait livrognerie des pauvres et la sous-industrialisation des campagnes.</FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><IMG height=395 src="http://idata.over-blog.com/0/00/28/58/moguls3.jpg" width=550></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT style="BACKGROUND-COLOR: #000000" face="Times New Roman" color=#ffffff size=1><EM>The Moguls</EM></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt" align=center><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT style="BACKGROUND-COLOR: #000000" face="Times New Roman" size=1></FONT></SPAN>&nbsp;</P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous avions négligé une chose&nbsp;: faute davoir fait la connaissance des nababs du lounge-rock new-yorkais, de sympathiser avec The Canterbury Music Festival, The Blades Of Grass ou The Tokens dont nous célébrions les productions, nous ne pûmes repousser la bave psychédélique en utilisant les superbes studios denregistrement de New York. Là était notre erreur&nbsp;: ne pas avoir su assez tôt que ces gens que nous admirions pouvaient être nos alliés. Savoir déceler ses alliés, cest là un art magnifique, le plus grand de tous les arts, et un groupe aussi sublime que The Mystery Trend, échoué à San Francisco (ce nétait plus la ville de <I>Vertigo</I>), mourut lui aussi de ne pas avoir su trouver ses alliés. Les miens me sont apparus à un âge avancé, et cest eux que jinvoque dans cette petite salle de Donnafugata ils sont tous cinéastes, parce que lorgueil et une puissante désillusion mempêchent<SPAN style="mso-spacerun: yes">&nbsp; </SPAN>de les reconnaître dans le rockn roll. Vous pouvez men blâmer, mais mon histoire personnelle présente une série dévénements dont la gravité ferait pâlir le plus stoïque dentre les hommes.&nbsp;»<o:p></o:p></FONT></SPAN></P>
<P class=MsoNormal style="TEXT-JUSTIFY: inter-ideograph; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; TEXT-ALIGN: justify; tab-stops: 27.0pt 54.0pt"><SPAN style="FONT-SIZE: 11pt"><FONT face="Times New Roman"><SPAN style="mso-tab-count: 1">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </SPAN>Jai pensé, Jean Pop II, que cette rencontre devait vous être rapportée. Je nai pu décider Adrian Lloyd à vous écrire. Amicalement, Jean-Pierre Paul-Poire. <o:p></o:p></FONT></SPAN></P>]]></description>
        <pubDate>Thu, 20 Jan 2005 00:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">0cc16df9ce8a6f8a3b0010d8c1fe7cac</guid>
                <category>Lettres de M. Poire</category>        <comments>http://www.jeanpop2.com/article-67986-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
 </channel>

</rss>
