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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 17:50

The D-Men sont la première incarnation de The Fifth Estate. Nous parlons de légendes du Connecticut et la localité est Stamford, hâvre magnifique pour la gentry de New York. Malgré son inclusion dans la Nouvelle-Angleterre, le Connecticut présente assez peu de similarités avec ses voisins puritains. Ainsi les futurs Fifth Estate joueront une pop music mélodieuse, claire, aiguë, souvent dotée d'inflexions latines, d'arrangements easy-listening et ne rechignant pas à une pincée de blue-eyed soul. Tout cela nous les fait considérer comme une émanation banlieusarde du son de Long Island. Mais en 1964, The D-Men subissent encore l'influence du Nord. Leur "No Hope For Me" doit autant à l'esthétique virginale et optimiste de Mike Brassard qu'à la tendresse spécifique des scènes de l'Iowa et du Minnesota.

 

D-men 2

 

Les éléments sont les suivants : la recette éprouvée du beat suspendu pour les couplets (comme dans "Kathy Run Around" d'Uncle & The Anteaters, ou "At The Club" des T-Bones), moyen très sûr d'imiter le battement du coeur, le refrain de l'emballement, strictement ascensionnel, les voix riches en protéines dont la hauteur est juste et l'élocution, précise, l'orgue idiosyncratique des Etats du Nord que l'on entend jusque dans les Chessmen du Canada. Jugée moins dans ses parties, et plus dans son ensemble, "No Hope For Me" est une idylle adolescente purgée de son drame. The D-Men savent en effet qu'ils ne travailleront pas demain et que la rentrée suivante à l'Université les comblera d'opportunités avec les jeunes ladies. Alors "No Hope For Me" se chante gaillardement, dessinant pour nous les patinoires et les parquets de basketball sur lesquels le groupe dut jouer -et dans l'orchestre et dans l'équipe.

 

D-Men - No hope for me

 

D-Men

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Published by Jean-Pierre Paul Poire - dans Centre d'études psycho-bataves
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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:06

        Ancien chanteur des magiques Hard Times de San Diego, groupe qui a avec une délicatesse nonchalante caramélisé la pop californienne, Rudy Romero publie un unique album solo en 1972. S’il est en partie marqué par l’esprit singer/songwriter communautariste bien de son époque (jusque dans les rumeurs : George Harrison aurait gratté quelques accords pendant les sessions, la belle affaire), c’est bien un homme seul qui l’habite, du moins y entend-t-on les mouvements de son unique cœur surpeuplé, une dernière fois, avant que Rudy Romero ne s’évanouisse lentement dans l’alcool et le laisser-vivre, sous le regard impuissant de ceux qu’il a aimés. Dans le meilleur morceau de l’album, c’est bien l’ivresse et le laisser-aller qui règnent de concert.

 

http://991.com/newGallery/Rudy-Romero-To-The-World---Wh-519646.jpg

 

        « Love comes when it wants to anyway » est la plus belle illustration du fatalisme béat à l’œuvre dans le disque. Ce fleuve harmonique de quatre minutes trente, qui s’imprime ensuite pour toutes les semaines de l’existence, est mené par une voix d’une justesse constante, timide et inébranlable, relâchée et éperdue. De toutes manières, l’amour vient sans s’annoncer, il ne nous reste plus qu’à le subir délicieusement, puisque “We don’t have to find an answer or a meaning about being here together”. Contrairement à son phrère de pure joie et déchéance, Dennis Wilson, Rudy Romero n’est pas à la recherche du « quelque chose » qui a poussé Dumb Angel à son dernier plongeon. Avec lui la fêlure est pleinement assumée et la rêverie, bercé par les aléas de cette vie qu’on n’a pas choisi de susurrer, préférée aux dents de scie du sublime.

 

 

 

Rudy Romero - Love comes (when it wants to anyway)

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 15:55

AUTORITÉS


Un ancien système, dans lequel le Psycho-Batave n'était pas souverain, croisait essences et
itinéraires spirituels. Il présentait l'avantage de rendre compte des transversales entre nos principales
catégories mais en soi, le système n'offrait pas une grande plasticité à la matière que nous y
traitions. D'où la nécessité d'une refonte : le Psycho-Batave qualifie désormais l'ensemble de ce que
nous y faisons figurer ; au lieu d'essences et d'itinéraires spirituels, nous parlerons de postures et
d'expressions. La posture désigne une attitude fondamentale d'un sujet face au monde.
L'expression désigne l'action particulière du sujet dans le monde, une même posture préparant
toujours plusieurs expressions potentielles.


Dans le Psycho-Batave, il y a quatre postures : le Ui, soit la recherche d'un accord avec
autrui et/ou la nature ; le Pat, soit le pouvoir d'un sujet sur autrui ; le Mood, soit le repli du sujet
dans son intériorité ; la Toge, soit la contemplation d'un ordre supérieur. Seuls le Ui et le Pat sont
des postures aux prises avec l'expérience. Le Mood et la Toge sont des postures qui, chacune à sa
manière, évitent de se mesurer au réel. La Toge pousse ce refus au dernier degré puisqu'elle délaisse
même le sujet. Quant au Mood, s'il conserve en effet le sujet, celui-ci n'a plus d'autre objet que luimême.
Il est devenu un absolu.

 

http://www.merrellfankhauser.com/exilesbig.jpg

Merrell Fankhauser, fameux détenteur du Ui

 

 

POSTURE PSYCHO-BATAVE I : LE UI


Le Ui est la posture primordiale du Psycho-Batave, lorsque celui-ci est adéquat au monde, et
il connaît six expressions. La première d'entre elles dans l'ordre de la théorie mais également dans
celui du temps est l'Original Ui, dont les caractères principaux sont l'innocence, la spontanéité, la
simplicité et un certain art de la faveur. Procèdent de ce Ui des origines, d'une part le Friendly Ui et
le Ui of Intimacy qui tous deux réalisent le Ui dans le cadre des relations avec autrui, relations
amicales pour le premier et amoureuses pour le second, d'autre part le Healthy Ui, le Ui of the
Meadows et enfin, l'Heroic Ui, trois expressions du Ui dans la nature. Le Healthy Ui est la
célébration de l'inexpugnable santé des forces de la nature. Le Ui of the Meadows est la jouissance
de l'effusion dans un espace découvert -l'article de Jean Pop II sur The Five Americans demeure la
meilleure lecture pour entendre cette expression si subtile du Ui. On y apprendra que le désir
d'horizontalité ne nie pas la verticalité, comme on le croit généralement, mais qu'il s'oppose plus
sûrement aux pièges de la profondeur. L'Heroic Ui, enfin, se situe à la crête du Ui : s'il affirme plus
que toute autre expression du Ui l'euphorie et même l'extase de la présence au monde, il confère au
sujet une importance accrue et en ce sens, peut se rapprocher en certaines occurrences d'expressions
du Pat ou d'expressions du Mood, soit les deux postures du sujet proéminent. L'Heroic Ui peut aussi
bien revêtir -en apparence- la Toge, lorsqu'il est tenté de représenter un monde plein de majesté.
Toutefois, le monde de l'Heroic Ui est bien le nôtre, qui a été magnifié, alors que le monde de la
Toge est résolument celui des Dieux.

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Published by Jean-Pierre Paul Poire - dans Centre d'études psycho-bataves
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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 11:48
La carte de notre périple est enfin en ligne. Dessinée par notre collaborateur Uder Mermouch, elle lui a valu la médaille de l'ordre de Saint-André. La carte restera disponible dans le module prévu à cet effet en haut à droite, dans une meilleure définition.

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Published by Loretta (secrétaire de Jeanpop2) - dans Centre d'études psycho-bataves
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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 18:45


Le Jeanpop2 Crew et l'ensemble du Centre d'études Psycho-Batave a décidé de faire peau neuve et de dorénavant consacrer l'émission à une exploration minutieuse du territoire américain.
En attendant que notre Phrère Uder Mermouch établisse une carte du périple, en voici les jalons essentiels :

1- Memphis/Nashville, Tennessee : deux visages du Vieux loup originel.
2- La Vieux-loup Belt : Mississippi, Alabama, Géorgie, Arkansas, Kentucky, les Carolines.
3- La fière Virginie : le vieux loup au contact du Psycho-Batave.
4- L'extravagante Louisiane : avant Allen Toussaint/après Allen Toussaint.
5- L'éclairée Floride : foyer du Psycho-Batave confédéré.
6- La Nouvelle-Angleterre du sud : Massachusetts, Connecticut et Rhode Island. Inquiétude et établissements bancaires.
7- La Nouvelle-Angleterre du nord : Vermont, New Hampshire et Maine, ainsi qu'upstate New-York. Santé canadienne et pêche.
8- New-York, sophistication Italo-Américaine et street credibility.
9- New Jersey, Maryland, Delaware : le royaume lavette et l'imitation des grands.
10- Washington D.C. : le Psycho-Batave dans le marbre.
11- Pennsylvannie : Le Psycho-Batave tendre au contact de l'acier.
12- Ohio et Indiana : Le son de l'acier et l'odeur de pneu.
13- Illinois : le Gras Etat.
14- L'étonnant Michigan : Le pont jeté entre l'Italo-Américain et le Psycho-Batave.
15- Seconde influence de la santé canadienne : les joies simples du Minnesota, de l'Iowa et du Wisconsin.
16- Le désert Psycho-Batave I : Quelques grains de génie dans le sable. Utah, Les Dakotas, Nebraska, Idaho, Colorado.
17- Le désert Psycho-Batave II : Etats féconds mais contraires au génie. Oklahoma, Missouri et Kansas.
18- Le désert Psycho-Batave III : Etats ni géniaux ni féconds mais Etats d'Amérique quand même. Montana, Wyoming, Nevada.
19- Le mérite immense de deux Etats de 1959 : Hawaii et Alaska. Le cas Bermudes.
20- Le Frat Land : Washington et Oregon. Son évolution vers un Psycho-Batave à la chair ferme et raffinée.
21- Texas : Le Psycho-Batave à crocs, la folie sèche et psychédélique des prairies.
22- Arizona : Le Psycho-Batave élégiaque sous l'influence de l'abandon mexicain.
23- Nouveau-Mexique : l'abandon mexicain sous l'influence du Psycho-Batave élégiaque.
24- L'Affaire californienne ! Le Psycho-Batave au bout de lui-même.

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 18:00

Cher ami,


           
Je pense que vous seul saurez fournir à la lettre que je vous adresse quelque approfondissement qui échappe à mon écoute récente et hallucinée d’Animal Song par Frabjoy & Runcible Spoon. Vous connaissez cette chanson, je l’ai retrouvée dans vos affaires pendant votre exil, du temps où Lou Ride manœuvrait dans le but d’éparpiller l’ensemble de votre précieuse collection… Bref, je viens d’en décortiquer les paroles et resterai longtemps confondu par ce qui s’y trame. Car il me semble que Frabjoy & Runcible Spoon y campe avec une imagination fertile – mais ne s’agirait-il pas plutôt d’une vision ? –  quelque scène dont nous ne sommes pas sûr qu’elle ait pu un jour avoir eu lieu, sinon dans des temps incertains, et surtout dans un endroit, et avec au-dessus dans le ciel ce suspend lumineux, qui m’attire, telles ces aubes qui ne stagnent qu’en rêve. Les premiers mots de la chanson ne disent pas autre chose : The day is beginning where the water is sun. Quant à la musique, de cette lumière d’eau et de feu, les premières phrases en dépouillent toute altération. La suite est un tableau liquide confié aux bords du pacifique. Mais pourquoi le Pacifique ? Frabjoy & Runcible Spoon sont anglais… Et croirez vous que ce tableau n’est pas autre chose qu’une nativité, transposée sur les rives – mais sur quelles rives ? – de cet océan. Il y a là plusieurs images qui, furtives, avivent ma curiosité : Une aube suspendue, sous laquelle une femme met au monde un fils, un castor à côté bâtit une maison, un perroquet répète les mots du soleil levant, un lion contemple du haut d’une colline l’ensemble des scènes, un criquet s’envole en saluant, et tout ce petit monde, ces témoins, de réveiller dès leur évocation clavecins, chœurs, cithares, tous éthérés… Je suis interloqué ! Quel genre d’inauguration se dessine là ? Et je vous le demande quel génie ou personnage héroïque a bien pu naître à l’aube au bord du pacifique sous l’approbation totémique d’un lion, d’un perroquet, d’un castor et d’un criquet ? Evidemment ce ne sont que les paroles d’une chanson… Mais alors que je vous livre mes interrogations, je veux croire aux images auxquelles elles se sont attachées et puis sentir que vous êtes à même de me livrer les clés du monde glorieux et fragile dont elles sourdent, qu’une civilisation plus expéditive aura vite fait de ravaler et d’éclipser. Et à moins que mon imagination ne se soit aventurée trop loin, je vous serai gré de m’expliquer, s’il y en eut, qui furent ses héros, ses prêtres, ses gardiens… Ce monde, cette lumière, cette musique teintée d’eau et de soleil qui se confondent, je penserai avec plaisir que Frabjoy & Runcible Spoon l’auront comme moi rêvé, sans jamais n’y avoir mis les pieds, bien qu’assurément ils en auront, par delà les mers, saisi les éclats. Alors ?

Je vous salue !

Votre ami Sred Sweign.

 


 
Sweign, ami poète irremplaçable,

Encore un fois, c’est la montagne qui parle avec vous. Montagne qui s’étonne de l’étendue de la plage, de la liquidité du sable, de l’horizon imbrisé, comme miraculeusement, artificiellement, intolérablement épargné par les angles et les saillies qui vous défigurent et vous lacèrent. Vous ne le savez peut-être pas encore : c’est devant le Pacifique que tout finira. La vie, fragment de soleil dans le vase d’or, chuintera son dernier soupir au bord des vagues.

            Mon discours allégorique à l’excès vous surprendra peut-être. Peut-être irez-vous jusqu’à croire que je ne me vêts plus que de peau de lama, et que l’argent que j’ai durement amassé jusque là flotte désormais sur les eaux brunes du Gange. Vous seriez bien loin de la vérité. Il y a seulement que j’étudie de très près ce sybaritisme inquiet californien qui n’a retenu du mysticisme fondamental que le sens de la catastrophe et l’art de chanter son contraire pour mieux supporter son idée, jusqu’à jouir de son imminence. C’est ainsi que le protéiforme Marcus, pour le coup jouisseur à la gorge serrée, mentionne dans son monument de torpeur « Grains of sand » cette « dazzling light within a pool of liquid night » qui fait écho à la « lumière de la lumière, semblable à un flambeau enfermé dans un cristal » de Zoroastre. Cette lueur fragile, symbole d’évidence et promesse d’extinction est présente dans toutes les rêveries chirographaires de ces entités californiennes. Mais pas seulement, comme vous l’avez si justement remarqué. Nous y reviendrons.

            Vous parlez très bellement d’aube suspendue, de nativité, d’un moment déterminant et qu’on oublie pourtant aussitôt, puisqu’il nous dépasse. L’homme ne peut que s’égarer devant les forces élémentaires. Le sybarite inquiet a renoncé à les comprendre. Sa présence au monde, il la porte comme un don et un fardeau. Foncièrement irresponsable et cependant guide spirituel d’autres individus qui n’en sont plus vraiment, il enivre ses disciples quitte à ce qu’ils se noient, car après tout seul compte l’orgueil du dernier crépuscule. Il est capable du grotesque et du sublime, il est généreux et égocentrique, affable et imprévisible, loup et soleil. Sa présence au monde est socialement maximale, il n’est pas un reclus. Ce n’est pas Brian Wilson, c’est David Crosby.

            Crosby représente mieux que personne ce type, dans tous ses égarements. Incertitudes panique, pertes de conscience, comas de la personnalité, morts de la mémoire, tout ce qui érige le présent en unique valeur, non à la manière des Epicuriens mais des libellules, se reflète dans ses titres : « What’s happening ? », « Deja-vu », « If I could only remember my name »… C’est le même déboussolement, de ceux qui font s’endormir aux feus rouges, qui est subi dans le « Where are we ? » des Californiens Thomas & Richard Frost (qui contient cette métaphore décisive : Southern California drifting), mais c’est aussi lui qui plombe le merveilleux homonyme « Deja vu » des sublimement nommés Now, comme pour insister sur le temps immobile d’un monde tout en superficie qui n’attend plus que sa catastrophe.

            Now sont originaires de Memphis, Tennessee. Et on retrouve chez eux la même liquidité des guitares qui caractérise les plus grandes compositions de Crosby, telle « Everybody’s been burned ». The Madhatters, formation météorique de Mankato, Minnesota, surent capter avec leur « You may see me cry » toute la déréliction sud-californienne à l’œuvre chez Crosby, notamment dans ces chœurs hagards qui figurent néanmoins l’arc-en-ciel. Eighth Day, groupe mixte de l’Ohio, signa avec « Building with a steeple », le plus beau pastiche de The Mamas & The Papas, hippies perdus dans l’espace… Alors pourquoi pas un groupe Anglais ? D’où que la Fin soit chantée, c’est sur les plages du Pacifique qu’elle laissera échouer sa dernière réponse.

            Je vous embrasse, phrère.



Frabjoy & Runcible Spoon - Animal song

Now - Deja vu

The Madhatters - You may see me cry

Eighth Day - Building with a steeple

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 13:49
Il est dressé procès-verbal des délibérations eu égard à l’attribution du titre
 de membre honoraire de la liste du PAT par le Conseil Psycho-Batave.  
 La loi Psycho-batave en fixe le contenu minimal. Par le biais de son règlement 
 d'ordre intime, le Conseil peut prévoir un contenu plus large.  
 Le procès-verbal reprend dans le désordre : 
   
 tous les objets mis en discussion;  
 la liste non exhaustive de l’attribution de membres honoraires du PAT  
 la suite réservée à tous les points pour lesquels le Conseil n’a pas pris de 
 décision.  
 Il doit reproduire clairement et de manière funky, toutes les décisions mais il 
 ne doit pas retranscrire les discussions dans leur intégralité.   
 La rédaction du procès-verbal incombe au Secrétaire communal Psycho-batave (art. 
 108)  
 Il est normalement donné lecture en chanson du procès-verbal de la séance 
 précédente à l'ouverture de chaque séance (art. 89), sauf stipulation contraire 
 du règlement d'ordre intime. 
   
 Le procès-verbal de la réunion précédente du Conseil communal est mis à la 
 disposition des Conseillers communaux 7 jours francs au moins avant le jour de 
 la séance (art. 89). Durant toute la réunion suivant celle à laquelle le PV se 
 rapporte, les Conseillers communaux peuvent formuler des observations quant à sa 
 rédaction, mais également chevaucher en charmante compagnie. Ces observations 
 doivent faire l'objet d'un vote; si elles sont adoptées, le Secrétaire communal 
 PB présente séance tenante ou, au plus tard lors de la prochaine réunion, 
 éventuellement dans la quinzaine si l’oubli est le fait de quelque plante 
 psychotrope, un nouveau texte conforme à la décision du Conseil PB. Si cette 
 réunion se déroule sans observations ni hématomes, le procès-verbal est 
 considéré comme approuvé. 
   
 Chaque fois que le Conseil PB le juge convenable, le procès-verbal est rédigé 
 séance tenante, en tout ou en partie, et signé par les Conseillers communaux 
 présents, en présence d’un groupe de bal perruqué et postiché interprétant 
 bruyamment le répertoire de Byrds période 1965-1966 (art. 89). 
   
 Après son approbation, le procès-verbal des réunions du Conseil PB est transcrit 
 à la plume dans un registre par le Secrétaire communal. Le procès-verbal 
 transcrit des réunions du Conseil PB est signé par le Bourgmestre et par le 
 Secrétaire communal; cette signature doit intervenir dans le mois qui suit la 
 réunion du Conseil communal à l'issue de laquelle le PV a été considéré comme 
 approuvé.
 EXTRAIT :   
 - Attendu que, suite à la séance plénière du Conseil PB 2007, la liste 
 soit communiquée de manière non exhaustive  
 - Attendu que, la rédaction de la susdite liste fut sujette à des houleux 
 débats au sein du conseil PB   
 - Attendu que, d’autre part, l’apparition de contrefaçon du PAT fut 
 clairement établie et démontrée par Me Blaizard, dans notamment le show-business 
 et la restauration de type pizzeria  
 - Attendu que, finalement le Conseil PB n’a pas excédé ses prérogatives 
 dans l’attribution de la fumante liste 
    
 Par ces motifs, la liste est telle que : 
   
 1/ Paul Hogan, Australian actor  
 2/ Jean Casimir-Périer, French Président  
 3/ Vernon Dalhart, American Vocalist 
 4/ Serge Falconi, Corsican Fireman
 Se voient attribuée la qualité de détenteur du PAT © à vie. 
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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 19:18

Dans les registres étendus du Psycho-Batave Tendre, a fortiori du Psycho-Batave Lavette, et pour une part considérable, de l’Italo-Américain et du Pédé Progressif, The Beatles, dès leur surgissement en Amérique, en janvier 1964, ont exercé l’influence la plus écrasante et la plus saine. Il n’est pas excessif de souligner que bien des formations parmi les plus subtiles de la période 1964/1967, ont désiré être The Beatles. Il n’est pas question ici de démontrer une énième fois la valeur du groupe, simplement de constater qu’il est une référence, au moins aussi invoquée que The Byrds ou bien The Rolling Stones. Certes, l’Amérique n’a pas attendu The Beatles pour devenir la terre du Psycho-Batave ; en témoignent le Northwest Sound et la Northern Country Scene. Quelque chose du Vieux-Loup a néanmoins trépassé avec l’apparition de The Beatles, et ce trépas, qu’on peut déplorer, est toutefois la condition de possibilité de variétés plus pures du Psycho-Batave : le Psycho-Batave Sublime et le Psycho-Batave Batave, ainsi que de mixtes fragiles : les susnommés Psycho-Batave Tendre, et son coreligionnaire Psycho-Batave Lavette.

Or, paradoxe de la monomanie ou bien glissement vers une forme d’exclusion typique du Pédé Progressif, The Beatles sont à peu près méprisés, raillés et souillés par une très grande partie des connaisseurs de la musique Psycho-Batave. On peut invoquer des raisons aussi diverses que : l’opposition journalistique entre le « wock » et la « pop », la sensiblerie de Paulo, Ringo Starr ne joue pas comme le batteur de the cream, la prétention du groupe de studio, le manque de drogues, les concerts ne sont pas aussi incendiaires que ceux de the who, Paul McCartney est une tantouze, ça manque de riffs d’enfer, mais où est le feeling du « blues » ?, c’est du formatage radiophonique, ils étaient meilleurs à Hambourg, Paul McCartney n’a pas de couilles, etc. L’attachement à The Beatles signifie bien pour la majorité une faillite dans le jugement ; il porte la griffe de l’inauthenticité. Même The Beach Boys, qui appellent sans trop de difficultés les qualificatifs les plus fâcheux, se trouvent à présent épargnés, grâce, en premier lieu au zèle des Pédés progressifs qui, au prix d’une réduction du groupe au seul Brian Wilson, ont imposé la légende très romantique d’un créateur tourmenté, et se repaissent inlassablement du faux contraste entre l’art de Brian et la futilité des autres, en second lieu, plus tacitement, grâce au prestige iconographique de l’Amérique surf d’avant 1964 qui séduit les fétichistes, parmi lesquels les plus sympathiques Vieux Loups (il faudrait cependant déterminer le degré de réelle estime qu’ils portent au groupe ; il n’est pas sûr qu’en France, tout cela ne s’explique au fond que par l’épaisse dérision dont nous pouvons faire preuve, hélas). The Beatles ne jouissent pas de pareille compensation.

Comparons avec le docteur Freud. Il y a un discours de spécialistes, un discours académique qui reprend le premier à son compte, et un discours diffus qui rassemble des gens cultivés et des gens qui s’estiment tels. Ce dernier discours, bien évidemment, se conçoit par haine farouche du second, qui vaut mieux toutefois puisqu’il imite le premier et meilleur de ces trois discours. Ce discours, le troisième, eut d’illustres défenseurs, dont Vladimir Nabokov. En substance, il consiste à traiter Freud de « charlatan viennois ». Nabokov pensait par ailleurs que William Faulkner n’était qu’un « chroniqueur à deux sous ». Peu importe. La désinvolture critique est excusable chez certains. Néanmoins, l’image du charlatan viennois nous est restée, et, avec elle, des synthèses imprécises, erronées, stupides : insistance sur le rôle de la sexualité, récriminations contre les déterminismes de nature psychologique, ricanements à l’encontre du rêve. Freud, pour ceux qui l’ont pratiqué, est un continent, mais interrogez ceux qui le considèrent comme un aimable primitif, ils vous brandiront l’une de ces trois synthèses. Ou bien ils feront leur malin en vous parlant de Carl Jung, censé représenter le fils rebelle. Bien sûr que Carl Jung est un génie. Ses véritables lecteurs savent que ses hommages à Freud ne sont pas dictés par l’intimidation, et qu’après tout, pour inventer le concept d’Inconscient collectif, il faut valider le concept d’Inconscient. Je crains qu’au fond, ils ne pensent rien de Freud ni de Jung, mais qu’il leur apparaît nécessaire d’égratigner le premier et d’encenser le second. Voilà ce qui nous intrigue, et qui nous permet de renouer avec notre problème initial : la détestation de The Beatles par ceux qui ont toutes les raisons de les chérir.

                                    

Freud et The Beatles, chacun dans son domaine d’expression, inaugurent quelque chose, et, si l’on souhaite exister auprès de ce quelque chose, ou bien dans sa périphérie (la psychologie ou bien les sciences humaines, pour la psychanalyse), il se révèle déterminant de se positionner par rapport aux fondateurs. Ce positionnement, dans les deux exemples, est affublé d’un coefficient très négatif, si tant est qu’on revendique pour soi une liberté critique qui fait toujours défaut aux autres. Les autres sont toujours soustraits à notre regard. Le meurtre symbolique du Père, voilà le cliché psychologique que votre note, Poire, ressert sans vergogne. Non. Ce sont les conséquences de ce premier meurtre qui me passionnent. Que je résumerais ainsi : il n’y a rien à opposer à un Père si ce n’est un autre Père, étant entendu qu’une figure excède toujours son représentant accidentel. Les Pères les plus intimidants et qui se révèlent les plus forts sont donc brutalement assassinés. Puisque nous traitons la notion pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une figure, on peut légitimement raffiner au point de considérer comme un Père toute forme esthétique dominante. Or on domine de plusieurs manières, certaines écoeurantes, laides, malhonnêtes, fausses et autoritaires, d’autres qui se réclament de la Beauté et de la Vérité. The Beatles dominent dans les registres énoncés plus haut, registres qui s’ajustent historiquement à d’autres registres, et leur règne fut tel que ceux qui excellèrent dans ces registres connexes en souffrirent.

Du point de vue d’un Vieux-Loup conscient de ses propres conceptions, l’attitude la plus honnête qu’on puisse observer est l’indifférence. Une révolte anti-Beatles pour celui qui se pique de Psycho-Batave est parfaitement déplacée. Les Psycho-Bataves du monde entier, qui pèchent sans doute par excès de réflexion, communiquent très mal ce qui les anime. Les années 1963/1967, pour l’essentiel, ont été confisquées par les Vieux-Loups, dans le meilleur des cas par quelques Psycho-Bataves A Crocs éclairés, mais hélas très soucieux de mettre à distance les autres familles du Psycho-Batave. Ainsi, le superbe corpus Psycho-Batave Lavette, ou Tendre, ne possède pas à proprement parler de chantre critique. Tim Warren considère peut-être avec amour certaines formations Lavette et Tendre de Nouvelle-Angleterre, son discours laisse entrevoir sa fascination pour le raté, l’anomalie et la maladresse, qui sont certes les voies d’accès au Lavette, mais dont on doit dénoncer le risque principal : verser dans l’amusement, la dérision. Rien ne le prépare à envisager le Psycho-Batave Lavette sous la forme d’une combinaison esthétique sinon inspirée par The Beatles, du moins rendue concevable par eux. Comprenons-nous : si un Vieux-Loup s’entiche de Psycho-Batave Lavette et Tendre, la logique exige qu’il surmonte son aversion pour The Beatles, ou bien son intérêt sera justifié d’une bien pauvre manière, ramené à un goût futile pour ce qui, de son point de vue, est une variété d’ineptie rigolote des années 1963/1967.

Au sein du Psycho-Batave, des Pères très secondaires, et pas du tout menacés d’ailleurs, méritent qu’on les abatte. Je veux parler de Pères liés malheureusement à l’Histoire du Psycho-Batave, liés par ceux qui, en dépit d’une vaste culture Psycho-Batave, continuent de les invoquer, alors qu’ils marquent plus sûrement l’entrée dans une autre époque. Bien des formations de l’immédiat après-1966 entretiennent le trouble, et bénéficient encore de nos jours de notre aveuglement critique. Certains révèrent en elles le Vieux-Loup ou le Psycho-Batave, mais ces formations relèvent en vérité d’une espèce très sournoise du Pédé Progressif. L’avènement du Pédé Progressif dès l’été 1967 revêt un caractère si colossal, qu’il dut être difficile pour un groupe faisant preuve de bonne volonté, et sans doute seulement de bonne volonté, de commettre autre chose que de la musique Pédé Progressif. Et il arriva ce qui arrive toujours quand un Evénement spirituel se produit : les formes de rébellion étaient déjà comprises à l’intérieur de ce qui les provoquait, et le Pédé progressif engendra ainsi une pseudo-contestation encore plus lamentable que ce qu’elle contestait, et qui appelle, avec le recul, le nom-même que cette contestation réprouvait. Les Vieux-Loups portent leur croix. L’un des noms les plus respectés par eux est une forfaiture Pédé progressif, qui n’en a pas la musique, peut-être, mais en traduit exactement l’esprit. Et bien sûr, les Psycho-Bataves doivent se débattre avec un cas tout aussi inextricable, quoique le retour au giron Pédé progressif soit, dans ce cas précis, il est vrai, plus apparent. Nous avons évoqué le sujet à plusieurs reprises. Ce groupe affreux symbolise le théâtre de rue et la RFA. Le Dan disait de lui que ses musiciens n’étaient pas du tout compétents.

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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 10:39

Akron, Ohio

Le 9 février 1969

 

            Lirez-vous cette lettre à temps, Randall Webb, ou bien pressé par vos intuitions nombreuses, l’aurez vous dédaignée comme tant d’autres, qui peut-être ne vous sont d’ailleurs pas même parvenues ? Je vous ai écrit quatre lettres l’année passée, quatre ruminations que je ne crois pas mal tournées sur les notions d’auteur et de classicisme Psycho-Batave, quatre ratiocinations de la plus verbeuse espèce et qui devinrent plus arrogantes et plus prétentieuses à mesure qu’elles butaient sur votre silence. Cette coquetterie d’oracle vous aliéna ma confiance et mon respect, quand je vous savais toujours vivant et domicilié chez votre mère. Je réfléchis alors sur la nature de ce qui pouvait décourager un esprit comme le vôtre au point qu’il suspende toute création pendant une année entière, car aucun article par vous signé ne fut publié cette année-là. Et si cette fâcheuse stérilité vous frappe aujourd’hui, je ne vois qu’une raison pour l’expliquer : l’année 1968 a entièrement sapé et anéanti la doctrine Psycho-Batave. Dans l’unique lettre que je possède de vous, les Byrds sont évoqués, et 1968 les a vus se dévoyer dans une nostalgie infantilisante du country-western alors même que les Nashvilliens de stricte observance les ont conspués au Grand Ole Opry, dans cette lettre également, vous louez le single « Autumn Almanach » des Kinks, et 1968 signifia à la fois leur apogée artistique et le début d’un déclin commercial qui se poursuivra, mais surtout vous considérez cette définition si européenne de l’auteur qui, hélas, s’est depuis incrustée dans la conscience de nos musiciens, a pétrifié leur geste, a nourri la pompe de leur expression et a, je le crains : de manière durable, empuanti leurs sonorités. Et dans ce moment historique de la reconnaissance d’une dignité artistique et d’une validité commerciale du genre, germeront d’horribles pousses parmi lesquels un style introspectif, hypocritement intimiste et maussade, et un style tout d’enflures mêlé de flûtes de Pan, de Tolkien et de Penderecki. Il ne sera alors guère étonnant que quelques-uns, qui auront conservé le savoir de 1966, se changent en gardiens du temple, mais cela tournera vite à l’acrimonie et au désespoir –le plus sage est d’oublier ou bien de déplacer le Psycho-Batave dans des formes moins sujettes à l’engouement et au consensus, quoique traversées d’un dessein universel, parce que le contrôle du monde reste bien sûr notre priorité. Défions nous aussi de tout ce qui se targuera d’ignorer ou même de railler les codes au profit d’un prétendu naturalisme pulsionnel, démon qui investira plusieurs tendances de la musique future. Cette année 1968 écoulée,  j’écoute avec sang froid une poignée d’enregistrements Psycho-Bataves qui convoquent une émotion spéciale entre toutes, puisque ces disques, soucieux d’une inscription dans leur époque, qui à défaut d’être stimulante est la leur toutefois, ont enturbanné leur essence Psycho-Batave, plus du tout à la façon des excellents Topsy Turbys, pour lui conférer un aspect plus « psychédélique », et si le projet Psycho-Batave autorise et même prône la compromission et l’amour du succès, je considère alors ces tentatives non seulement comme les plus belles mais aussi comme les plus exactes, mais songe en même temps avec amertume qu’aucun disque Psycho-Batave n’avait recours à de tels travestissements entre juin 1965 et octobre 1966. Ce Psycho-Batave déclinant a ses vertus et je pense en particulier aux étonnants Lincoln St Exit, créateurs de « Paper Place » et de « Who’s Been Driving My Liitle Yellow Taxi Cab », enfants du Nouveau-Mexique et donc héritiers d’un sens exacerbé mais point trop conscient de la fatalité. Vous remarquerez combien l’imagination plastique des hipsters se gargarise de plates références aux dessins d’enfants, supposés vierges de lâchetés et fertiles en visions, qu’on trouvera ensuite très intelligent d’assombrir ça et là, ou bien, et cela est presque pire, de rendre « doux-amer ». Les enfants ou les fous, ceux-là fournissent l’esthétique à venir, et vous comprenez qu’un géant tel que John Wayne sera communément insulté. Revenons aux Lincoln St Exit. En dépit de la vulgarité des titres de leurs chansons, celles-là n’ont pas abdiqué les grandes caractéristiques du style Psycho-Batave, tel que vous l’avez circonscrit il y a maintenant trois années : concision, sens harmonique tempéré, joie mélodique, drame épuré, bref la logique de l’indépassable, et j’ajouterai : un chanteur, non point habité, mais doté d’une attitude, l’attitude se comparant à la prestation limitée et parfaite d’un second rôle, opposée au charisme de la vedette. Oui, The Lincoln St Exit rejoue tout cela, dans l’infini égarement d’une galaxie froide, et en retire une certaine puissance polaire et dévitalisée, une manière de traînasser ou de tourner en rond, qui ne sont pas seulement imputables au mood du Nouveau-Mexique. Que vous n’ayez pas pris la mesure de l’adieu glacé du Psycho-Batave me confond de rage et de honte, Randall Webb. Pour ma part, je m’attellerai à quelques oeuvrettes de circonstance, où il sera question de cave, et j’entends prouver par les actes ce que mon discours suggérait plus haut : la possibilité de déplacer le Psycho-Batave dans d’autres formes d’expression, et de le représenter dans sa force initiale, celle de 1966. Et vous, allez-vous relever la tête ?

           

 

                                    

 

 

 

 

Daytona Beach, Floride

Le 14 juillet 1970

 

Monsieur Marty,

J’ai retrouvé dans un classeur votre lettre datée du 9 février 1969. Les précédentes que vous mentionnez ont dû être égarée. Ou je ne me souviens pas. Peu importe.

Je dois vous avouer que je suis las de pleurer la fin du printemps Psycho-Batave, et que l’émiettement de cette théorie, qui me paraît aujourd’hui empreinte de vague poésie adolescente jusque dans le flou même qui la caractérise, ne m’empêche plus de dormir. Surtout ne perdez pas de vue que je ne suis ni l’inventeur, ni le prophète du Psycho-Batave. Ne faîtes pas de moi un martyr, je ne suis qu’un homme simple qui a aimé trop ardemment.

            Bobby Fuller, dont vous parliez avec éloquence dans votre première lettre, a été victime de cette martyrisation, c’est certainement ce déplacement de l’homme, de son quotidien magique à un Valhalla irrespirable, qui a précipité la fermeture des paupières Psycho-Bataves. Il m’est arrivé parfois de vouloir interpréter les paroles de Bobby Fuller, celles de « Let her dance » en particulier, de mettre en parallèle la jalousie faussement magnanime qui y est affichée et la mort brutale du chanteur. J’ai également eu la tentation d’habiller cette chanson de couleurs qu’elle ne pût supporter plus de quelques secondes. Alors, je me suis tourné vers d’autres chansons de Bobby Fuller, j’ai admiré l’acrobatique composition de « Never to be forgotten », les savants décrochages rythmiques de « Don’t ever let me know », et je suis toujours revenu à la blancheur de « Let her dance », cette bourrasque dans laquelle il n’est plus question de style mais de courir, morceau d’évidence à la neutralité surhumaine.

Alors vous pensez bien qu’échanger ne serait-ce que ce souvenir contre des miettes d’art, ce serait trahir.

Bien à vous.

 

           Randall Webb

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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 18:41

Longtemps différée, parce qu’aux limites du dicible, la théorie du Psycho-batave s’édifie peu à peu. Certes aucune définition ni aucune Histoire ne peuvent être encore invoquées, mais la conviction qu’il n’est pas une seule et autoritaire manière de jouer Psycho-batave a néanmoins permis une typologie, précaire ou bien pérenne, le Temps en jugera.

            On ne mène pas de carrière Psycho-batave, on ne bâtit pas d’œuvre Psycho-batave non plus. Certains parmi les plus viscéraux Italo-Américains, parmi les plus radicaux Vieux-Loups, ont été visités l’espace d’un acetate, d’une chanson, voire d’un couplet, par l’intuition Psycho-batave. Cette pesée des moments s’oppose au discours globalisant qui a prévalu lors des études sur les styles Pédé Progressif, Vieux-Loups et Italo-Américains. Elle nous oblige à une considération fine et nuancée pour ce qui échappe aux grandes organisations discursives. On pourra reprocher à notre entreprise de nier précisément le coefficient de fuite et de volatilité du Psycho-Batave en enfermant celui-ci dans des classifications. Nous pensons au fond de nous que nulle forme, qu’il s’agisse de l’aphorisme, du haïku ou bien de la dissertation, de la thèse, ne peut s’envisager autrement que comme un appareil de capture, qu’il faut par conséquent aller au-devant de tels scrupules, parmi eux celui de rigidifier, celui de dénaturer, et opter ainsi pour la formalisation la plus affirmée : l’organisation en familles, en clans, en lignages.

            Nous verrons combien certains regroupements obéissent à des logiques très éloignées, combien en outre certains ressemblent à des dégradations de choses déjà vues, déjà catégorisées, combien enfin certains récusent tout privilège de la manière musicale dans la dénomination d’un style. Ce que nous proposons, s’il déroge et à la méthode et à la compréhension juste et raisonnée d’une matière fluente, n’en aspire pas moins à devenir le socle d’une réflexion féconde et immortelle.

           

            Sommaire :

  1. Le Psycho-Batave à Crocs : un Psycho-Batave oedipien.
  2. Le Psycho-Batave Tendre : le traumatisme adolescent au rang d’art suprême.
  3. Le Psycho-Batave Lavette : la violence de l’amateurisme.
  4. Le Psycho-Batave Batave : le PB classique.
  5. Le Psycho-Batave d’Elite : l’infime possibilité d’une « œuvre Psycho-Batave ».
  6. Le Psycho-Batave Sublime : foudres Psycho-Bataves dans un ciel Italo-Américain.
  7. Le Psycho-Batave Contrarié : un traitement Psycho-Batave d’une matière anti-Psycho-Batave.

 

Le Psycho-Batave A Crocs

            Premier dans le temps, mais pas dans la vérité intime du genre, le Psycho-Batave A Crocs est une forme transitionnelle entre le Vieux-Loup mûr et régnant des années 1962/1964 et le Psycho-Batave Batave, c’est-à-dire classique, de 1966. L’ancrage dans le rythm’n blues est ici déterminant et suffirait presque à singulariser le Psycho-Batave A Crocs parmi toutes les autres émanations du Psycho-Batave. Nul ne sera surpris d’apprendre que le Northwest recèle les plus excitantes propositions du style Psycho-Batave A Crocs : devant la vitalité et la constante invention de cette scène, le chercheur doit faire preuve de prudence et de patience avant d’identifier le Psycho-Batave A Crocs, et s’interroger avec précision sur le degré d’orthodoxie du rythm’n blues pratiqué. Ainsi les merveilleux The Sonics, aussi parfait soit leur art, restent et demeurent des mètres-étalons du style Vieux-Loup. En revanche, d’autres légendes comme The Moguls, moins imprégnés de rythm’n blues, soucieux de travailler l’accroche mélodique et la modulation du rythme, rentrent dans notre catégorie.

            Les centres mondiaux de « production » du Psycho-Batave à crocs restent le continent Australien, qui a vu naître et mourir The Purple Hearts, The Fabulous Blue Jays, ou les esthètes primitifs The Chants R&B (dont les déflagrations rouge Mexique sont encore tangibles dans le ciel noir), le Texas, où de dangereux molosses nommés The Sparkles, Larry and The Blue Notes, The Zakary Thaks font la loi, et certains points du Canada qui furent le champ de bataille de The Painted Ship ou Luke and The Apostles.

            Mais une nouvelle fois, c’est dans des scènes moins connotées, moins dédiées à un style qu’elles auront contribué à faire naître, que nous trouverons les spécimens les plus marquants de cette première forme historique de Psycho-Batave. En premier lieu, cette Californie inqualifiable, où s’ébattait le redoutable Adrian Lloyd qui formula un rythm’n blues à la fois systématique, frénétique, et désenchanté. En second lieu, la Floride, qui hérita du véritable rêve californien, où rugirent les impérieux Little Willie & The Adolescents : là encore, le rythm’n blues, certes avare de mélodies, atteint un rare niveau d’intensité, exceptionnel de sécheresse et de Pat. Qu’il s’agisse d’implosion ou d’épure, le rythm’n blues Vieux-Loup s’est métamorphosé en Psycho-Batave A Crocs.

 

TONY WORSLEY AND THE FABULOUS BLUE JAYS "How can it be"

Le Psycho-Batave Tendre

Si le Psycho-Batave Tendre reste conjointement une spécialité et un symptôme de la Nouvelle-Angleterre (The Rising Storm, The Squires, The What Fours en sont les plus nobles représentants), on retrouve sa désolation surannée, sa charge traumatique et fièvreuse partout dans le monde. Un peu en Angleterre (The Zombies, parrains du genre), en Hollande, en Grèce, même dans les Bermudes (les abyssaux The Savages), à chaque endroit où l’adolescence s’épuise en rêveries automnales. Souvent relégué aux faces B, le genre se caractérise par un rythme alangui, un son profond et grave, saturé de réverbération, des voix douces et perdues, (parfois la bouche pleine de terre comme chez les Turcs Yabancilar) que viennent supporter les ululements blêmes d’un orgue.

                        

On connaît aussi au Psycho-Batave Tendre un versant Californien, tout droit issu du genre dit Sunrise Pop. Dans ce cas, aux composantes livides et somnambuliques du style Nouvelle-Angleterre sont  substituées une chaleur et une décontraction, certes précaires, mais inusités au pays des Psycopaths. Les maîtres du Psycho-Batave Tendre Californien sont The Dovers (encore que par la cohérence et la consistance de leur oeuvre, ils participent de l’Elite Psycho-Batave explicitée plus bas), mais également Hard Times, les Floridiens The Maundy Quintet, les Texans The Loose Ends ou certains groupes majeurs Européens, tel les Hollandais The Outsiders ou les Suédois The Beathovens, qui surent apposer leur griffe sur ce style très Américain.

Souvent cible de moquerie des vieux loups les plus réfractaires, l’essence Psycho-Batave Tendre est pourtant l’atout des plus grandes formations de l’univers, même quand ces dernières ne jouent pas exclusivement dans ce registre. Ainsi We The People, Kenny And The Kasuals ou The Unrelated Segments, oeuvrant d’ordinaire dans des registres plus rauques, y ont-ils excellé.

Notons également que, même teinté de psychédélisme pré-moustache, le Psycho-Batave Tendre reste étrangement immaculé, comme inoxydable aux volutes pesticides de l’année 1968 (cf . The Solid Ground, « Sad now »).

          

THE SAVAGES "Quiet town"

Le Psycho-Batave Lavette

Le Psycho-Batave Lavette est une déclinaison, d’aucuns diraient une dégradation, du Psycho-Batave Tendre. On y retrouve peu ou prou les principales caractéristiques de ce style : joliesse mélodique, douceur harmonique, rythme pondéré, mélancolie de bon aloi, mais toutes participent d’un nouvel agencement qui en modifie le sens décrit plus haut.

            Fruit des régions les plus désolées et les moins populaires d’Amérique, le Psycho-Batave Lavette rejoue ainsi le Psycho-Batave Tendre sur un mode spécial, fait de pauvreté et d’anémie. Tout y est fruste, décharné et estropié. Baltimore, centre mondial du Psycho-Batave Lavette, offre d’innombrables exemples de ces chansons simplement composées et qui peinent à définir et leur respiration et leur justesse. Nous citerons comme maîtres d’œuvre du Psycho-Batave Lavette The Fabulous Monarchs, The Vendors, The Shandells, The Boards, The Younger Brothers ou encore The Nomads. Tous ces génies donnent l’idée d’un Psycho-Batave Tendre poussé dans ses retranchements, hardcore. Ainsi le punk, qui peut être autre chose qu’un état d’esprit, est illustré d’une manière à la fois exacte et abstruse par ce Psycho-Batave Lavette, qui livre la sentimentalité la moins déguisée à l’amateurisme forcené de ses musiciens.

            Une analyse mieux conduite montrerait aisément qu’en fait d’intention, le Psycho-Batave Lavette, malgré son origine effective, le Maryland, est tout entier animé du fameux esprit du New Jersey, mais dans un cadre bien différent de celui qu’on attendrait. En effet, on parle d’esprit du New Jersey pour qualifier une tentative désargentée de sonner aussi pleinement qu’un grand groupe Italo-Américain de New York, ou de toute autre cité moderne et repue de culture. Dans le cas du Psycho-Batave Lavette, l’esprit du New Jersey se manifeste à l’égard du Psycho-Batave Tendre … qui lui-même manifeste souvent cet esprit, cette fois dans son cadre familier.

 

THE SHANDELLS "Please stay"

Le Psycho-Batave Batave  

C’est la catégorie classique, celle à l’aune de laquelle les autres s’échelonnent. C’est également la plus éphémère, puisqu’on peut la circonscrire aux uniques années 1966 et 1967. Le genre Psycho-Batave Batave, dont la pureté est justement révolue à jamais, prend ces sources à l’aube du psychédélisme pré-moustache, à une époque charnière où les repères estompés des anciens jours Vieux Loup allaient être redessinés par la plume crasseuse Pédé Progressif. C’est dans ce no man’s land d’à peine plus d’un an que furent enregistrés les jalons du Psycho-Batave, promesses d’un nouvel âge qui ne restèrent précisément que des promesses inentamées.

Le genre compte parmi ses plus valeureux officiers des groupes du monde entier : les Hollandais The Jay Jays (« I keep tryin »), The Cavemen de Floride (« It’s trash »), The Talismen du Nord-Ouest (« She was good »), The Burgundy Runn du Nouveau-Mexique (« Stop ! »), les Anglais The Eyes (« When the night falls »), et bien sûr les Australiens The Easybeats, les seuls qui se permirent de signer plusieurs titres Psycho-Bataves Batave au cours de leur carrière tentaculaire.

Le Psycho-Batave Batave se caractérise par la vitesse, la profusion mélodique, un sens chromatique étendu et un certain penchant à ne pas aborder les chansons par le bout le plus commode, sans pour autant jouer la carte de l’expérimentation hippie. Alors que le Psycho-Batave A Crocs cogne et laisse des contusions, Le Psycho-Batave Batave frappe comme une décharge électrique, d’où sa faculté d’étourdissement et son essence de mystère.

 

THE JAY JAYS "I keep tryin"

Le Psycho-Batave d’Elite

         Il s’agit d’une variété très originale de Psycho-Batave, ne serait-ce que parce qu’elle qualifie des groupes à albums ou presque, et non des chansons spécifiques, ou des Légendes dans leur Etat Natal (un ou deux titres). De The Music Machine ou The Remains, il faudra ainsi dire que l’œuvre intégrale, c’est-à-dire le groupe dans chacune de ses manifestations, relève du Psycho-Batave d’Elite, et pas seulement telle chanson plutôt que telle autre. Nous parlons de Psycho-Batave d’Elite quand, à l’image du Psycho-Batave Batave, toutes les conditions du Psycho-Batave se trouvent réunies : célérité, concision, plein mélodique et harmonique, le sentiment de l’indépassable, mais qu’en sus, l’auditeur flaire dans la musique un énorme potentiel commercial. Evidemment, si ce potentiel se réalisait, la musique connaîtrait soit un affadissement dans le Vieux-Loup tardif, soit un épanouissement dans l’Italo-Américain décomplexé. La fin dernière du Psycho-Batave se situe hors du Psycho-Batave, réussite ou non.

                                  

            Le problème posé fait vaciller notre théorie : si le Psycho-Batave est moment, alors quel sens y a-t-il à invoquer une œuvre, voire une carrière Psycho-Batave ? Justement, le propre de groupes comme The Music Machine, The Dovers, Sonny Flaharty And The Mark V ou encore The New Colony 6 est de s’être mesuré à leurs limites internes, et d’avoir tenté le scandale d’un Psycho-Batave de la durée. Tous ces groupes ont brillamment constitué un corps de chansons Psycho-Bataves, chaque fois dans une manière restreinte (The New Colony 6) par crainte de voir la formule se dissiper, et tous ces groupes ont rapidement implosé, plutôt que de faire évoluer leur génie vers le stade adulte et rentable de l’Italo-Américain. Mort heureuse de The Dovers, qui, au contraire de tous les autres champions du Psycho-Batave d’Elite, n’obéirent pas même à l’impératif de la manière restreinte ! Fort logiquement, il n’y eut pas d’album.

THE MUSIC MACHINE "No girl gonna cry"

Le Psycho-Batave Sublime

On l’a dit, l’homme Psycho-Batave est la plupart du temps l’homme d’un seul geste. Ce geste prend l’ampleur d’un accident quand il est asséné dans un contexte d’ordre et de mesure. C’est ainsi qu’une formation d’obédience Italo-américaine peut, UNE fois dans sa carrière, donner naissance à un morceau d’une intensité à fendre les arbres.

            Quand le style Italo-américain, qui déjà œuvre dans le « Bigger than life », tend à se dépasser encore lui-même, on entre dans les sphères du Psycho-Batave sublime. Très précisément Sublime parce qu’à la fois grandiose et d’une amplitude telle que ses vibrations s’en ressentent de manière quasiment effroyable, offrant au genre sa qualité pétrifiante.

            Les conditions du dépassement du genre Italo-américain, de son glissement vers le Psycho-Batave sont variées et ont à voir avec la manière : fièvre baroque (« Seven rooms of gloom » de The Four Tops, mètre étalon du genre), sauvagerie carnassière (« Come back » de Ken Williams), euphorie volcanique (« Working on a building of love » des Chairmen Of The Board) ou épopée boréale (« Hold on » de The Radiants), on a affaire ici à une fréquentation des extrêmes, et l’exécution violemment paroxystique du style Psycho-Batave sublime, son souffle de la dernière chance, tranchent nettement avec l’agencement harmonieux, de mise chez la formation Italo-américaine.

Précisons également que certaines formations Italo-américaines, souvent blanches et milliardaires, eurent l’intuition Psycho-Batave Sublime pour trois minutes dans leur existence : The Beach Boys avec « Til I die », The Four Seasons avec « The Night », approchèrent de la vastitude ténébreuse du genre qui nous intéresse, mais ils ne firent que le frôler, peut-être parce qu’incapables du moindre abandon, de l’infime décrochage qui permirent à un Ken Williams de défier pour quelques instants les foudres Top-Notch de la création.

THE FOUR TOPS "Seven rooms of gloom"

Le Psycho-Batave Contrarié

            Considérons enfin le Psycho-Batave dans son avatar le plus naturel, une fois admis le caractère fantasmatique qu’une telle notion finit par revêtir. Rare et soudain, le souvenir de son séjour terrestre étant peut-être irrévocablement perdu, le Psycho-Batave a aussi existé comme pur horizon, comme point de mire, ou comme pulsion, pour ceux dont la formation, la culture et le statut les tenaient à l’écart de toute forme de foudroiement. Le Psycho-Batave Contrarié désigne ce sentiment larvé du Psycho-Batave à l’œuvre dans certaines chansons, qui pour trop de raisons ne relèvent pas de l’esthétique Psycho-Batave, mais qui, soit cernent de près la notion sans jamais la traverser, soit laissent se profiler une ombre derrière elles. En tout cas, l’auditeur sait intuitivement que délestée de son encombrant cahier des charges (le concept-album, le protest-singer, les cabarets de Greenwich Village, bah !), telle chanson vise, de manière à peine consciente, au Psycho-Batave. Aussi peut-on simplement définir le Psycho-Batave Contrarié comme le traitement Psycho-Batave d’un matériau anti-Psycho-Batave, qui, de fait, opposera toute sa résistance à une transmutation pressentie et jamais réalisée.

            A se pencher sur le cas du Psycho-Batave Contrarié (on peut ici utiliser l’adjectif nominalement, pour désigner la personne), on en apprend long sur le Psycho-Batave, puisqu’il en incarne l’essence sans le résultat. Ainsi Phil Ochs, Dennis Wilson, Marvin Gaye, Tim Hardin, Sred Sweign, Richard Manuel, Roy Orbison, dont la quête, aussi informulable que la circonstance qui fit plonger Dennis Wilson dans le Pacifique, ne fut qu’anecdotiquement entravée par la drogue, la mode ou la moustache. Sentiment de destruction qui n’est jamais aussi présent qu’aux premiers jours du printemps.

Le Psycho-Batave Contrarié, à l’image du Psycho-Batave d’Elite, imprègne des œuvres entières, des vies entières, et tous ceux qui en portent le sceau ambigu font l’effet d’assiégeants ou de mercenaires que leur vacance livre à la séduction, à la capture, à la perte de soi dans un monde étrange.

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